Pilule contraceptive, hausse de salaire, fin de certains tabous, changements dans l'éducation, liberté sexuelle... Mai 68 a-t-il changé quelque chose dans votre vie ? Témoignez-en sur L'Internaute. Participez
Un vent de liberté Evelyne, Mérignies Qu'a changé, concrètement, mai 68 dans
votre vie et dans votre entourage ? Un dialogue s'est ouvert, dans ma famille, dans ma profession. Un vent de liberté a soufflé sur ma vie. J'étais enfermée dans des principes moraux et religieux et, tout à coup, à 20 ans, j'ai entrevu un nouvel horizon. Je pouvais agir plus librement, donner mon avis, exister pleinement sans avoir peur de représailles ou de critiques.
Les
événements de Mai 68 vous ont-ils amené à changer d'avis sur certains sujets
(sexualité, éducation, autorité...). Lesquels et pourquoi ? Personnellement, c'est le domaine de l'éducation qui a bénéficié de ces événements. Avec "Il est interdit d'interdire" une nouvelle façon de voir les rapports humains était possible. L'autorité pouvait se décliner autrement que dans les rapports de force de l'adulte, par exemple, sur l'enfant dans les familles. Une concertation dans l'éducation nationale a pu commencer et l'enfant a été mis au centre du dispositif. J'ai eu la sensation qu'une plus grande justice s'installait et que les hommes commençaient à être libres et égaux en droits et aussi en devoirs. Ce fut une énorme prise de conscience de mon rôle de femme et de citoyenne.
Education, autorité, rapports homme-femme... Selon vous,
à quoi ressemblerait la société d'aujourd'hui si mai 68 n'avait jamais eu lieu
? Je crois qu'avec la mondialisation, il y aurait eu une "r-évolution".. Il fallait que les principes de notre république soient vivants dans les familles et la société. Ceux qui possédaient ont eu plus de mal à admettre ces changements que les autres. Les patrons comme les hommes jouissaient de tous les pouvoirs. Mais il y a encore beaucoup de problèmes non résolus dans notre société en pleine mutation. Il faut beaucoup de vigilance pour que ce qui a été gagné, comme la liberté d'expression, soit respecté ainsi que les droits des femmes et des enfants.
Nicole
J'avais 30 ans en mai 68 et les femmes n'avaient pas la liberté qu'elles ont à présent ! La pilule faisait son apparition et elle était "hyperdosée" d'où des nausées... J'ai fait grève durant 1 mois et il est vrai que nous avons touché notre salaire (mais cela on l'ignorait au départ : quelle audace ! ). En province c'était plus facile : quoique étant instit dans un patelin en Normandie, je n'osais plus aller à la boucherie ou à la boulangerie de crainte de rencontrer des parents d'élèves pressés de savoir "quand on allait reprendre la classe" ? Cela me fait sourire quand j'y pense ! A 30 ans on croyait encore à l'avenir ! Et maintenant qui sait comment cela finira ?
Jacqueline Médard
Je suis très surprise de lire que cette dame a fait grève et qu'elle a touché son salaire : comment s'y est-elle prise ? En effet, contrairement à ce que colportent certains journalistes, les jours de grève ne sont pas rémunérés. Et les familles de grévistes savent ce que grève veut dire
Anne Marie Capelle Prouvost
Analyse très juste de Evelyne mais pas vraiment d'accord avec Joel Peyrot.
Pour ma part, je me suis mariée en 11/1965, soit 3 mois après que le vote de la loi de 07/1965 donnant aux femmes le droit de se marier sans le consentement des parents, d'ouvrir un compte en banque sans l'autorisation du mari, d'avoir le droit de travailler sans en demander le droit à son père où à son mari.
Ma première prise de conscience d'une inégalité de la liberté.
En 1967, grâce à Lucien Neuwirth, ma soeur n'avait plus de crainte que sa famille (4 grossesses en 4 ans) ne s'agrandisse ! En 12/1967, j'intégrais une banque où les femmes devaient toutes travailler une semaine en blouse bleue, l'autre en blouse rose ! Les hommes étaient en tenue de ville. Aucune femme n'était cadre. J'ai même vu une collègue sommée de rentrer chez elle parce qu'elle avait eu l'outrecuidance de porter des pantalons sous sa blouse. Les "Jeunes" hallucinent !
Mai 1968 : secouer le carcan ancestral, donner le droit à disposer de sa vie. De 06 à 09/1971 série de grèves dont on ne parle pas beaucoup, cependant nécessaires ! Les applications des réformes trainaient trop ! Le "temps au temps" je suis d'accord mais je ne suis pas pour l'endormissement !
Mai 68 un vent de liberté, oui, mais il faut rester vigilant, il y a encore tant à faire dans ce domaine !
Deux métaphores me viennent à l'esprit : 1 - le "jeu de go" 2 - un troupeau d'animaux élevés en liberté que des cow-boy mènent au corral pour les marquer
Joel Peyrot
Oui ; les dix premières années mais aujourd'hui tout nous échappe et le fameux vent de liberté que vous prônez ; devient un vent mauvais socialement, économiquement avec avis de tempête dans deux ans à venir amicalement