Pilule contraceptive, hausse de salaire, fin de certains tabous, changements dans l'éducation, liberté sexuelle... Mai 68 a-t-il changé quelque chose dans votre vie ? Témoignez-en sur L'Internaute.
Qu'a changé, concrètement, mai 68 dans
votre vie et dans votre entourage ?
Avant 68, né en 1948, habitant le pire des villages (Oise), j'avais déjà commencé à changer ma vie (1967) : sortir du tombeau (famille mortifère, campagne = désert humain, village "mortel", mauvaise orientation, études à Compiègne = impasse). Je n'avais pas le choix (question de vie ou de mort). Je me suis libéré en venant à Paris grâce à ma grand-mère paternelle, et 1968 que j'attendais, que j'espérais, est arrivé à point nommé...
Les
événements de Mai 68 vous ont-ils amené à changer d'avis sur certains sujets
(sexualité, éducation, autorité...). Lesquels et pourquoi ?
Le tout et n'importe quoi, des basses couches de notre société au sommet du pouvoir. Petits bourgeois intellectuels, étudiants, faisant partie de l'élite, liquidant leur puberté (occupation du bâtiment des filles à Nanterre, occupation des universités, du quartier latin, pavés arrachés, depuis bitumés, voitures incendiées. La mode a commencé là), leurs "papas" au pouvoir paniquant, la "classe ouvrière" punie à la maison par papa (PC) et maman (CGT), les familles rurales attendant désespément le retour de l'image télévisée (déjà aliénation suprême). Mais beaucoup de jeunes (qui à l'époque n'étaient pas des délinquants) ont pu se libérer du carcan quotidien grâce à cette explosion de liberté, de joie, que fut mai 68. Murs "mentaux" abattus, parole et sexualité libérées, avant MLAC et MLF, luttes des "mal logés", droits des minorités, des immigrés, etc. Mais l'oppression du patriarcat balayé a été remplacée par une aliénation bien plus forte (la société de "consommation" et l'autorité parentale à "la mère", devenue toute-puissante), dans une société devenue irresponsable, impuissante, amorale, sans repères, sans limites, psychogène.
Education, autorité, rapports homme-femme... Selon vous,
à quoi ressemblerait la société d'aujourd'hui si mai 68 n'avait jamais eu lieu
?
En tant que tel, mai 68 n'a rien changé. La preuve, la société qu'il condamnait le commémore comme si de rien n'était. Les petits bourgeois "révolutionnaires" ont retourné leur veste, sont devenus de bons capitalistes, adorateurs des States (l'ennemi de l'époque), obsédés par leur image médiatique (Cohn Bendit et beaucoup d'autres, comme un Gérad Miller, passé du maoïsme pur et dur à la télé, devenu "psychanalyste" de salon et "bouffon de Ruquier", etc.). Grandeur et décadence, dirais-je, mais le ridicule ne tue pas, tant que les devises rentrent dans la poche (c'est pour cela qu'ils ont de grandes poches dans leur veste retournée). Perte de limites, de repères (Cohn Bendit, toujours lui, a commenté la coupe du monde de foot pour la télé allemande ; prêt à tout pourvu qu'il soit médiatiquement et politiquement visible. Alors que reste-t-il ? Pour quelques-un, de bons moments, une émancipation authentique, des convictions renforcées, une ouverture à l'autre, un souci du lien social (meilleure prévention de la délinquance), etc. Mais à quoi sert-il de prêcher dans un désert ? Au moins en 1968 nous avions un adversaire (le père, de Gaulle, une société bloquée, etc.). Reste le "spectacle", mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n'exprime que son désir de dormir, le spectacle gardien de ce sommeil (G. Debord, 1967). Socrate parle, dont il est un homme, et l'homme est mortel, ce que les hommes ont tendance à oublier, ainsi que l'avait constaté le fondateur de la psychanalyse (1915).