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ART ET SCIENCE
 
Décembre 2006

Les cosmétiques de l'Egypte antique

Les cosmétiques existent depuis belle lurette. Aux temps des pharaons, déjà, on poudrait les paupières de fard de couleurs. Mais qui dit cosmétiques dit aussi maîtrise de savoirs chimiques. Il y a 4000 ans, la science était déjà au service de l'esthétique.

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Les tombes des pharaons sont remplies d'objets merveilleux et extrêmement bien conservés. Parmi eux, on trouve parfois des coffrets à maquillage, composés de peignes, de stylets, de miroirs et aussi de récipients remplis de produits cosmétiques. Le fait que les Egyptiens de l'Antiquité se maquillent n'est pas une révolution historique. On le sait rien qu'en observant les fresques qui ornent leurs tombeaux. Tous les personnages ont les yeux ornés de fards bleu, vert, gris, noir ou encore blanc. En revanche, ce que l'on ignore c'est si ces produits cosmétiques sont purement naturels ou s'ils sont le résultat de manipulations chimiques.

Les réponses des technologies actuelles

Une question qui paraît difficile à résoudre ? Pas si sûr, car nous avons à disposition des techniques spécialement adaptées pour répondre à ce genre de question. Les investigations ont été menées, entre autres, aux laboratoires des musées de France.

Première chose à connaître : la morphologie et la composition chimique des grains de poudre retrouvés dans les récipients. Pour cela, une simple analyse au microscope électronique à balayage suffit. Les résultats indiquent que les fards sont en fait des mélanges complexes à base de composés de plomb. En bref, des résultats assez peu précis car il existe de très nombreux mélanges de ce type. Nous cherchons, ici, à savoir quelle est la composition exacte de ces produits cosmétiques, soit quels minéraux ont été utilisés pour les fabriquer.

Pour retrouver les phases minérales des fards, une seconde analyse est nécessaire, mais cette fois-ci, une analyse plus lourde utilisant la diffraction des rayons X.

Pour cela, on prélève une très petite quantité de fard que l'on soumet à un faisceau de photons. Ce dernier va traverser à des longueurs différentes le matériau, donnant ainsi l'entière description cristalline du matériau. Et comme chaque minéral possède une signature cristalline propre, on peut l'identifier sans se tromper. On retrouve ici quatre minéraux : galène, cérusite, laurionite et phosgénite.

Les deux premiers sont déjà bien connus des archéologues. La galène est un minéral composant les fards antiques noirs, mais aussi les khôls encore utilisés aujourd'hui. La cérusite, elle, est l'élément majeur des fards de teintes claires. La surprise vient donc de la présence de la laurionite et de la phosgénite. Mais pourquoi ?

La chimie antique des Egyptiens

On sait qu'elles existent toutes deux à l'état naturel. La phosgénite est un peu plus courante que la laurionite. Elle se forme naturellement par oxydation des minéraux de plomb quand ils sont en présence d'eaux carbonatées et chlorées.

Mais les Egyptiens n'ont pas pu récolter ces substances à l'état naturel pour en faire des cosmétiques. Déjà parce qu'elles ne sont pas assez abondantes pour pouvoir les utiliser pendant huit siècles, aucun gisement ne le permet dans ces régions, et les Egyptiens ne les ont pas importées. De plus, les récipients qui les contiennent sont si bien conservés qu'il est impossible de penser à une oxydation naturelle.

Force est de constater que les Egyptiens de l'Antiquité, entre 2000 et 1200 ans avant J.C., jouent déjà aux petits chimistes. Pour obtenir les précieux minéraux, ils ont broyé des oxydes de plomb, puis les ont mélangé avec des eaux riches en carbonates et en chlore puis ils ont filtré la préparation. Ils ont certainement répété cette opération quotidiennement pendant plusieurs semaines pour obtenir ce résultat.

La recherche de l'esthétique a donc poussé les Egyptiens à créer de nouveaux cosmétiques. Mais le plus étonnant dans tout ça, c'est bien de savoir qu'ils maîtrisaient, il y a 4000 ans, la chimie des solutions.

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