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ART ET SCIENCE
 
Juin 2006

Le nombre d'or, clé de la beauté ?

On le nomme aussi "divine proportion". Il serait la clé de la beauté en peinture, en sculpture ou encore en architecture. Mais la réputation du fameux nombre d'or est-elle justifiée ?

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Depuis l'Antiquité, artistes et philosophes croient à l'existence d'une proportion privilégiée permettant d'obtenir harmonie et beauté. C'est à Euclide que l'on doit les premières traces écrites du fameux nombre d'or. Il vaut (1 + v¬5)/2, soit environ 1,6. A l'époque, il s'appelle Phi. Phi revient à la mode à la Renaissance sous le nom de divine proportion, puis section dorée, et finalement nombre d'or.

Selon certains, on retrouve le nombre d'or dans l'architecture du Parthénon, à Athènes. Mais selon d'autres, pour obtenir un vrai rectangle d'or, on ne prend pas la façade, mais la façade plus quelques marches pour avoir la bonne hauteur et donc le bon rapport !

Pourquoi nombre d'or ? Il serait la clé de la beauté et de l'harmonie, et nombreux artistes se sont appuyés sur lui pour construire leurs œuvres. Certes, le nombre d'or semble être très présent dans la nature, c'est aussi un précieux élément en mathématique, mais qu'a-t-il à voir avec l'esthétique ?

L'esthétique du rectangle d'or

Pour en avoir le cœur net, Fechner un philosophe allemand (1801-1887) soumet à quelques centaines de personnes plusieurs rectangles, chaque personne devant designer le rectangle le plus "attrayant". Les résultats mettent en avant une nette préférence pour le rectangle de 34*21. Or il se trouve que 34/21=1,619 : il s'agit donc d'une forme extrêmement proche de celle du rectangle d'or. Le public aurait donc une préférence instinctive pour ce rectangle ?

Seulement plusieurs points viennent mettre en doute ces résultats. D'une part le public n'a pas dessiné les rectangles, mais s'est contenté de les choisir. D'autre part, ce format de tableau "le plus esthétique" est très peu utilisé par les peintres à la recherche de l'esthétique parfaite. Etrange que le rectangle "parfait" soit si peu utilisé par ceux qui en font le plus l'usage.

"Il n'y aurait de nombre d'or qu'en s'arrangeant avec les mesures ! "

Vers 1930, le Roumain Matila Ghyka voit du nombre d'or partout, dans la nature comme dans l'architecture et la peinture. Il popularise la notion selon laquelle les rectangles construits à partir du nombre d'or sont attrayants visuellement. Ghyka trouve en effet des approximations de Phi dans des tableaux comme la Joconde ou des monuments comme le Parthénon. Le grand public retiendra que le nombre d'or est sans nul doute à la source de la beauté.

Mais ses mesures sont contestables, approximatives. Ses résultats sont complexes, parfois tirés par les cheveux. Bref, il n'y aurait de nombre d'or qu'en s'arrangeant avec les mesures !

Par la suite, de nombreux scientifiques ont essayé de valider ou non, cette théorie du nombre d'or. Par exemple le professeur Singh (Texas) affirme lui que notre cerveau, grâce à l'hémisphère droit, perçoit le nombre d'or et nous le fait ressentir à travers le plaisir esthétique.

De son côté, George Markowsky propose un test avec 48 rectangles de proportions différentes (entre 0.4 et 2.5), à hauteur fixe, et à largeur variable. Lorsque les rectangles sont organisés de manière aléatoire, la plupart des gens sont incapables de trouver le rectangle d'or. Lorsque les figures sont ensuite ordonnées selon leur largeur dans l'ordre croissant, le rectangle le plus souvent nominé est celui dont le rapport est de 1.83. Or, rappelons-le, le nombre d'or vaut environ 1,6…

Les secrets du "beau"

Impossible donc d'affirmer que le rectangle d'or est le rectangle le plus esthétique. D'ailleurs, les critères de beauté ne peuvent se résumer à quelques proportions. Un tableau ou un monument sont des couleurs, des matières, des agencements… soit bien plus que des constructions géométriques.

L'attrait des spectateurs pour une œuvre a probablement d'autres explications que l'existence prouvée ou non de rapports géométriques. Certains pensent même que le nombre d'or n'a jamais été utilisé dans l'art. Bref, l'utilisation consciente ou inconsciente dans l'art du nombre d'or reste un sujet hautement polémique.

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