Pourquoi l'alcool nous rend-il ivre ?

A l'approche des fêtes, certains d'entre vous risquent d'abuser du champagne. Nausées, maux de tête, vertiges... Que se passe-t-il dans le corps lorsque l'on boit ?

Dans la bière ou le whisky, on trouve, certes de l'eau, du sucre et des arômes, mais aussi une molécule aux propriétés très particulières, l'alcool éthylique ou éthanol. C'est une petite molécule de formule CH3CH2OH, plus petite même que le glucose !

Justement, à cause de sa petite taille, elle n'a pas besoin d'être coupée en petits morceaux pour passer dans le sang. Autrement dit, pas de digestion. Elle diffuse passivement à travers les parois de l'estomac et de l'intestin grêle. Ainsi, tout l'alcool bu circule dans le sang. Et une fois dans le sang, l'alcool voyage vers toutes les cellules, notamment cérébrales. C'est là, quelques minutes à peine après avoir été bu, qu'il cause ses premiers effets. Et plus on en boit, et plus ces effets sont marqués.

Message nerveux piraté

Quels effets ? L'éthanol modifie les membranes des neurones. Il s'accroche à certains récepteurs et modifie en les amplifiant ou les diminuant les messages nerveux. Des recherches menées sur des rats ont montré que l'éthanol inhibe les récepteurs NMDA (N-methyl-D-Aspartic acid). Au niveau des synapses, les zones d'échanges d'informations entre neurones, l'information est passée sous forme de messages chimiques grâce à des neurotransmetteurs. C'est à ce niveau d'échange d'informations qu'influe l'alcool. Or, ces synapses activent les régions cérébrales qui contrôlent nos comportements, or l'alcool empêche cette activation. Voilà pourquoi l'absorption d'alcool, même à dose modérée, provoque des modifications du comportement.

Chez la drosophile, les effets de l'alcool sont observés comme chez les humains

A partir de 0,5 g d'alcool/L de sang, un certain nombre de troubles capables d'altérer l'exécution de tâches cognitives sont observés. Cela entraîne des symptômes biens connus : d'abord une euphorie, un effet psychostimulant excitant lié à une désinhibition du comportement. Suit un état d'ivresse proprement dit, identifiable par les troubles moteurs qu'il cause : incoordination, démarche titubante, paroles hésitantes ou incompréhensibles.

Conséquences d'un cerveau mal informé

L'équilibre, régi grâce à du liquide présent dans l'oreille interne, est chamboulé. Normalement, le mouvement de ce liquide indique au cerveau si le corps est en équilibre. En cas de chute, il commande "le rattrapage" avec les pieds ou les mains. Mais l'alcool fausse les informations arrivant au cerveau qui commande alors des "rattrapages" pour des pertes d'équilibre qui n'en sont pas, d'où une démarche titubante.

La vision se dédouble. En temps normal, le cerveau fait l'addition des images rapportées par chacun de nos yeux. Lorsque nous buvons, le cerveau nous transmet les deux superposées. Or, les objets vus ont un léger décalage d'un oeil à l'autre. Cela donne l'impression de voir double.

Au bout d'un moment, l'alcool produit enfin un effet sédatif. Chez des organismes aussi simples que la drosophile, les effets antagonistes excitants et sédatifs de l'alcool sont observés comme chez les humains.

Et la gueule de bois du lendemain ? Elle est due à une forte déshydratation. En effet, la consommation d'éthanol bloque la production d'hormone antidiurétique. Du coup, la production d'urine se fait plus importante que l'apport en eau. Voilà pourquoi les lendemains de fête, on a très soif.

Au final, il faut tout de même se souvenir que l'état d'ivresse reste un empoisonnement pour l'organisme qui, dans le jargon médical, se nomme intoxication éthylique aiguë.

Pourquoi