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Avril 2006

La lutte effrénée contre le lapin australien

En 1859, Thomas Austin, un britannique amateur de chasse du sud de l'Australie et nostalgique de son pays, importe de Grande-Bretagne 12 couples de lapins. 50 ans plus tard, on en compte 600 millions qui ont colonisé 60% du territoire.

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Ce sont quelques lapins échappés de leur enclos suite à un incendie qui vont être à l'origine d'une des pires catastrophes qu'ait connu l'Australie. Contraitement à l'Europe, les lapins ne recontrent en Australie aucun ennemi naturel. Faisant preuve d'une remarquable faculté d'adaptation aux conditions climatiques locales, ils se multiplient sans limite.

Se propageant à la vitesse moyenne de 110 km par an, les rongeurs colonisent les deux tiers du continent en quelques années. Ils contribuent à la désertification en dévorant la végétation, causant une grave crise agricole et écologique. Car dix lapins mangent autant d'herbe qu'un mouton ! Pâturages, récoltes, arbustes… Tout disparaît sur leur passage. Les wallibies, des petits kangourous auparavant très nombreux au sud de l'Australie, sont eux aussi directement menacés par le manque de nourriture. Et toutes les espèces natives voient leur population chuter.

Le lapin, un intrus impossible à chasser. Photo © Henri Le Phuez - Galerie photo de L'Internaute

Des moyens colossaux contre l'envahisseur

Pour en venir à bout, toutes les méthodes sont bonnes : chasse, explosif, pièges, poison… Mais rien n'y fait.

En 1901 le lapin a gagné tout l'intérieur du pays. Les autorités décident donc de la construction d'une cloture de 1833 km de long pour empecher le rongeur d'atteindre les terres cultivées de l'Australie Occidentale. Cette clôture, la plus longue du monde, s'étire de Starvation Boat (au sud) jusqu'à Wallal, dans le Nord-Ouest du continent. Hélas, le temps que la barrière soit terminée, le lapin s'est déjà introduit de l'autre côté. Une deuxième puis une troisième barrière est érigée, pour un total de 3 000 km de long. Le lapin parvient quand même à les franchir.

Pour stopper le rongeur, le renard, un de ses prédateurs naturels, est introduit. C'est un désastre : au lieu de s'attaquer aux lapins, le renard mange les petits marsupiaux, déjà gravement menacés.

L'arme virale

Dans les années 50, alors que le lapin semble incontrôlable, les australiens mettent donc au point une méthode radicale : la myxomatose. Ce virus mortel est "construit" sur mesure pour le lapin de Garenne. Dans les premières années, le virus tue effectivement 80% de la population de lapins. Mais comme il se transmet par les moustiques, il est particulièrement inadapté à l'Australie, un vaste désert sur une grande partie de son territoire. De plus, les lapins deviennent peu à peu résistants. Résultat : 5 ans plus tard, les effets du virus sont quasi inexistants.

Ayant compris leur erreur, les australiens décident d'importer la puce espagnole, adaptée elle aux milieux arides. Nouvel échec. D'autres souches du virus, plus virulentes, sont introduites. Les écologistes commencent à s'inquiéter, car ces dernières sont plus instables et peuvent donc potentiellement muter.

En 1995, le virus de la fièvre hémorragique est "accidentellement" introduit en Australie dans de mystérieuses circonstances. Venu de Tchécoslovaquie, ce dernier est censé avoir un effet foudroyant. Il tue les lapins en 24 à 48 heures, par asphyxie et arrêt cardiaque. Mais dans les zones humides, il semble être en concurrence avec un autre virus qui annihile sa virulence.

La tendance actuelle est à introduire un virus immunocontraceptif (qui détruit les capacités de reproduction) pour juguler la propagation de l'espèce. Grâce à tous ces moyens, la population de lapins a quand même diminué d'un tiers et n'est plus que de deux cent millions. Mais la lutte n'est pas prête de finir.

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