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Avril 2006

2. Il suffisait d'inventer la bipédie et d'acquérir un gros cerveau

Selon une théorie longtemps admise, l'homme aurait inventé la bipédie. Ce qui aurait conduit son cerveau à grossir... et à devenir homme.

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A partir d'un ancêtre commun quadrupède aux hommes et aux singes, l'humain se serait redressé, puis spécifié.

La bipédie n'est pas une invention de l'homme

Or, on a retrouvé des fossiles d'animaux bipèdes qui existaient bien avant l'homme. Le premier primate bipède, c'est l'oréopithèque, il y a plus de 8 millions d'années. La bipédie, ce n'est donc pas nouveau !

D'ailleurs, une observation de la faune actuelle montre que l'homme n'est pas le seul à utiliser la bipédie. Les grands singes utilisent de temps en temps ce moyen de locomotion. La bipédie est donc un trait commun à tous les hominidés, pas utilisée par tous à la même fréquence.

Un ancêtre déjà sur deux pattes

De ce constat est née l'idée d'Yvette Deloison, chercheur au CNRS. S'appuyant sur les études de l'anatomie de nos ancêtres mais aussi des grands singes, elle tire les conclusions suivantes. La main humaine, beaucoup plus primitive que celle des grands singes, n'a jamais pu être une patte. Compte tenu de l'irréversibilité de l'évolution, la chercheuse propose un ancêtre doté d'une attitude bipède redressée : le protohominoide qui aurait vécu il y a 15 millions d'années (sans que nous ayons encore trouvé de restes).

Une vision erronée de l'évolution : l'homme ne s'est pas progressivement redressé. Son ancêtre était déjà bipède. © DR

Selon cette théorie, la lignée humaine n'aurait pas adopté ce mode de locomotion puisque nos ancêtres le maîtrisaient déjà. En revanche, les grands singes actuels, eux, auraient évolué en utilisant moins la bipédie que leur (notre) ancêtre commun et seraient ainsi devenus arboricoles.

Une bipédie particulière

Chez les hominidés, cette aptitude s'est amplifiée au fur et à mesure du temps pour devenir chez les hommes modernes l'unique moyen de locomotion, ce n'est donc pas un trait de différenciation.

Aujourd'hui, c'est assez unanimement admis. L'ancêtre commun aux hommes et aux singes était au moins partiellement bipède. Puis, les grands singes ont perdu cette bipédie, tandis que les hominidés l'ont "améliorée".

Si la marche sur 2 jambes ne caractérise pas l'homme, en revanche, les conséquences d'une adaptation à cette bipédie particulière ont sans doute eu des répercussions sur toute l'anatomie de l'homme : bassin, colonne vertébrale, trou occipital, et par voie de conséquence, taille du cerveau.

Le mythe du gros cerveau

"La lignée humaine n'aurait pas inventé la bipédie puisque nos ancêtres la maîtrisaient déjà. "

On entend d'ailleurs souvent dire que c'est grâce à leur plus gros cerveau, que les hommes sont devenus hommes. C'est en partie vrai, mais à nuancer. Car la taille du cerveau n'a pas fait qu'augmenter au cours de l'histoire. Aujourd'hui, le cerveau des hommes modernes (Homo sapiens) a un volume de 1350 cm3. Mais les hommes de Néanderthal, qui les ont précédés de 80 000 ans en Europe, et qui se sont éteints il y a près de 30 000 ans, possédaient un cerveau de 1750 cm3. Cela ne les a visiblement pas aidé à "émerger".

D'autre part, il y a 40 000 ans, vivaient sur une île d'Indonésie Homo floresiensis, un hominidé à la cervelle de 380 cm3, grosse comme celle d'un chimpanzé. Or, cet homme de Florès maîtrisait le feu. Finalement, aujourd'hui, les chercheurs ont abandonné ce critère cérébral pour définir notre genre.

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