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DOSSIER
 
Juin 2006

Un cerveau trop calme et trop excité

La dépression, c'est en partie dans la tête, au sens propre. En effet, le cerveau montre, ici une activité excessive, là un repos exagéré, et de plus, il ne semble pas ordonner correctement les bons et mauvais souvenirs.

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La dépression a bien une dimension psychologique et sociale : elle peut être considérée comme un désordre émotionnel au cours duquel certaines émotions sont vécues de façon très intense. Elle se traduit également par une série de symptômes parmi lesquels un état morbide, une tristesse généralisée, une perte d'intérêt ou de plaisir et un ralentissement intellectuel et moteur.

Quels sont les mécanismes physiologiques à l'origine de ces symptômes ? Par exemple, le cerveau d'un dépressif montre-t-il des anomalies ? La réponse est oui. Celles-ci sont de plusieurs ordres.

Baisse d'activité globale

Les techniques d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ont permis d'associer ces troubles divers liés à la dépression au dysfonctionnement de certaines régions du cerveau. La dépression se traduit par une diminution globale de l'activité cérébrale, certaines régions étant particulièrement touchées.

 

Le cortex préfrontal, trop peu actif par endroits, trop excité à d'autres chez les personnes dépressives. ©

C'est le cas du cortex préfrontal. Or, cette région semble très impliquée dans le sentiment de plaisir et de renforcement positif, et possède de nombreuses connexions avec d'autres régions du cerveau responsables de la régulation de l'humeur. Chez les gens en dépression, le cortex préfrontal gauche montre des signes de faiblesse. Voilà peut-être pourquoi il est très difficile pour une personne dépressive de se donner des objectifs en vue d'atteindre une récompense et d'y croire.

Suractivation locale

Si certaines régions cérébrales se taisent, d'autres s'emballent. En 2005, des chercheurs de l'Inserm et du CNRS montrent que les patients déprimés, à performances égales, activent de manière plus forte certaines régions préfrontales dorsales.

Les patients déprimés utiliseraient ainsi plus de ressources cérébrales que les autres pour atteindre un niveau de performance égal face à des épreuves complexes de la vie quotidienne. Cette mobilisation excessive des ressources cérébrales expliquerait l'épuisement précoce à l'effort lié à la dépression. Exactement comme si un coureur s'engageait sur un marathon au rythme d'un 100 m.

La dysfonction cérébrale des déprimés ne se limite donc pas uniquement à une réduction de l'activité cérébrale (au repos) des régions préfrontales mais à un problème de mobilisation des ressources cérébrales lors de l'exécution de tâches intellectuelles plus difficiles. Les raisons de cette suractivation du cerveau lors d'un tel exercice restent à confirmer.

"L'épuisement du dépressif : comme si un coureur s'engageait sur un marathon au rythme d'un 100 m"

Souvenirs dans le désordre

Enfin, les images IRM réalisées par une équipe franco canadienne ont montré, en 2004, que la dépression naîtrait d'une incapacité du cerveau à ranger correctement les bons et mauvais souvenirs. Chez les sujets en dépression, le cerveau semble plus compétent quand il s'agit d'évoquer des souvenirs négatifs plutôt que positifs. Un dysfonctionnement de la région du cerveau qui prend en charge les aspects positifs de la personnalité ?

Si cette hypothèse se confirme, il faudra développer des outils pour aider les personnes malades à se souvenir des qualités enfouies dans leur cerveau et leur apprendre à les valoriser.

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