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Juin 2006

Gènes, dépression et soumission

S'il n'existe pas un gène de la dépression, certains prédisposeraient pourtant à cette pathologie. Comment, d'un point de vue évolutif, comprendre que de telles caractéristiques aient été sélectionnées ?

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Des chercheurs du CNRS ont créé des souris dépressives. Pour cela, ils ont croisé entre elles des souris dites "résignées", aux comportements comparables à ceux de patients dépressifs.

Génétique ou pas ?

Elles consomment peu de solution sucrée, ce qui reflète une perte de sensibilité au plaisir, symptôme majeur des états dépressifs. Elles présentent également des taux sanguins de corticostérone (l'équivalent du cortisol chez l'Homme) élevés. Et enfin, les souris "résignées" manifestent des altérations du rythme veille-sommeil, comme les sujets déprimés.

Les chercheurs ont croisé ces souris pendant des générations. Vers la douzième, 100% des individus présentent un phénotype résignés : ce comportement semble donc être héréditaire, du moins chez les souris.

Des singes qui ne sont pas par leur mère ont des taux bas de sérotonine toute leur vie. Une privation de soins maternels en bas âge pourrait être une cause de la dépression.
© Thomas Achache
Galerie Photo de L'Internaute

Chez l'homme, on ne connaît pas de gène de la dépression. Tout au plus des prédispositions génétiques existent. Par exemple, les personnes dont les parents proches ont souffert d'une dépression ont 15% de risque d'en développer une aussi, contre 2 à 3% chez les personnes n'ayant pas de parent dépressif.

De plus, des enfants adoptés nés de parents ayant des antécédents de dépression risquent malgré tout de faire une dépression dans 15% des cas. Enfin, chez les vrais jumeaux, la probabilité pour l'un de vivre une dépression si l'autre en a vécu une monte à 70%.

Prédispositions

Plusieurs territoires du génome sont identifiés comme étant susceptibles de transmettre une vulnérabilité à la dépression, localisés sur différents chromosomes (X, 7, 11…). Il est aussi reconnu que certains facteurs génétiques jouent un rôle dans la création du déséquilibre chimique dans le cerveau d'une personne lorsqu'elle vit une dépression.

"Chez l'homme, on ne connaît pas de gène de la dépression. Tout au plus des prédispositions génétiques"

Un des responsables ? Le gène impliqué dans le transport de la sérotonine. Il existe une forme longue et une forme courte du gène 5-HTTLPR. Les personnes possédant la forme courte et qui subissent deux à trois événements graves (stressants) ont 80% de chances de développer une dépression. Dans les mêmes conditions, les personnes au gène long n'ont que 20% de chance d'en déclarer une. Avoir le 5-HTTLPR dans sa version courte ne déclenche pas de dépression mais la facilite.

Stress précoce

Un virus a aussi été identifié, qui génèrerait la dépression chez certaines personnes prédisposées. D'autres dépressions sont dues à des expériences excessives de stress à un âge précoce ou adulte, qui modifient la biochimie du cerveau. En effet, si le taux de sérotonine d'une personne est contrôlé par ses gènes, il est aussi affecté par les soins parentaux reçus au début de la vie.

Des singes élevés par d'autres singes que leur mère (un événement stressant) ont des taux plus bas d'un sous-produit de dégradation de la sérotonine dans leur sang, un faible taux qui persiste durant toute leur vie. Une privation de soins maternels en bas âge pourrait donc calibrer le taux de sérotonine à un bas niveau et pourrait être une cause potentielle de la dépression.

Dépression et évolution

Puisque ce dysfonctionnement est nuisible, pourquoi l'évolution aurait-elle permis son émergence et le maintien de circuits pouvant amener la dépression ? Le monde animal fournit des pistes.

Par exemple, le comportement des animaux les plus subordonnés dans une hiérarchie s'apparente à la dépression. Leur "inhibition" pourrait avoir une valeur adaptative : elle empêche des combats qui pourraient être très coûteux, voire fatals. Cela expliquerait peut-être pourquoi de nos jours la dépression est souvent initiée par des événements qui minent la confiance en soi d'une personne : ce serait l'équivalent d'une défaite face à un animal dominant.

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