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Finalement, jusqu'où la médecine saura-t-elle allonger la vie ? Pour Pierrette Gaudreau, du laboratoire de neuroendocrinologie au CHU de Montréal, on est capable d'augmenter significativement la longévité, mais progressivement.

"La machine humaine est probablement capable de tenir 120 ans dans des conditions optimales. Après, il faudra remplacer des organes". Gérardo Ferbeyre, professeur de biochimie à Montréal, va plus loin : "La première personne qui vivra jusqu'à 125 ou 150 ans est déjà née. On ne deviendra jamais immortels, car il y aura toujours quelque chose qui nous fera mourir, mais je ne pense pas qu'il y ait une limite à la longévité humaine" affirme-t-il.

Aubrey De Grey est convaincu d'avoir trouvé le moyen de vivre éternellement.
Photo © Poppy Berry

Vivre des milliers d'années

Le pas vers l'immortalité est alors vite franchi. Aubrey De Grey, un informaticien converti à la biologie, n'hésite pas à prétendre que "le concept de mort naturelle est bidon". Il est convaincu d'avoir trouvé une théorie qui permettra aux humains de vivre des milliers d'années.

Son projet baptisé SENS (Stratégies pour le création d'une sénescence négligeable) recense sept causes de vieillissement, pour lesquelles il propose à chacune une parade. Les cellules devenues inaptes à se renouveler seront par exemple remplacées par des cellules embryonnaires toutes neuves, et on pourrait injecter des gènes "suicide" dans les cellules sénescentes pour les forcer à s'auto-détruire.

Il n'est pas le seul à croire en l'immortalité : deux auteurs ont fait sensation en 2004 en publiant Serons-nous immortels (voir la critique du livre). Selon Ray Kurzweil et Terry Grossmann, cette immortalité sera atteinte grâce à trois "ponts". Le premier pont consiste à utiliser les techniques actuelles pour rester en forme le plus longtemps possible. Le deuxième pont compte sur les progrès de la biotechnologie, et le troisième pont sera la "révolution nanotechnologique", dans laquelle une armée de nanorobots se substituera par exemple au système digestif pour délivrer la quantité optimale de nutriments au corps humain.

Une extrapolation hasardeuse

De Grey accuse même ses collègues gérontologues de "freiner le progrès et de coûter des vies". Une accusation qui a le don d'exaspérer les collègues en question. "Ce n'est pas de la science, c'est de l'esbroufe" juge S. Jay Olshansky, biodémographe à l'école de santé publique de Chicago. Il rappelle que les expériences d'allongement de la durée de la vie sont menées sur des organismes simples (vers, mouches, souris…) et que l'on ignore ce que cela donnera chez l'humain.

"Ce n'est pas en rendant les cellules immortelles que l'on rendra les individus immortels"

Pour Pierre-Henri Gouyon, spécialiste de la biologie du vieillissement, il est peu probable que la "potion magique" anti-âge voie le jour. "Ce n'est pas en rendant les cellules immortelles que l'on rendra les individus immortels, explique-t-il. Chercher à tout prix au niveau moléculaire et cellulaire des 'nouveautés' susceptibles de maintenir les cellules en vie dans l'espoir d'allonger la vie de l'individu est par conséquent un contresens de départ" (Science &Vie, août 2006).

Même si on identifie des gènes délétères, il ne sera pas facile des les éliminer. Si l'on suit la logique de la théorie de Williams, manipuler les gènes de la longévité risquerait d'entraîner des problèmes de santé chez les individus jeunes.

Un des gènes que l'on retrouve fréquemment dans le génome des familles qui comptent plusieurs centenaires augmente par exemple le risque d'attaque cardiaque à 40 ans, mais renforce, chez ceux qui survivent, la probabilité d'atteindre 100 ans. Quel niveau de risque sera-t-on alors disposé à prendre ?

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