Louis-Marie Houbedine (Directeur de recherche INRA) OGM : "Ils n'éradiqueront pas la faim dans le monde"

Louis-Marie Houbedine est directeur de recherche INRA, expert à la Commission du Génie Génétique et à l'AFSSA. Son avis sur le débat actuel concernant les OGM.

Comment en est-on arrivé à modifier génétiquement des organismes ?

Louis-Marie Houbedine : les organismes vivants subissent l'évolution depuis 3,5 millions d'années. Toutes les espèces proviennent de la sélection naturelle. Les êtres humains ont compris le mécanisme à l'avènement de l'agriculture. Dès lors, on a commencé à effectuer des croisements entre les espèces de plantes et d'animaux, et ce de manière empirique : nous gardions les espèces qui nous paraissaient les plus aptes à répondre à nos besoins en apportant de nouveaux caractères. Ces transformations génétiques étaient déjà considérables et nous n'avions pas les connaissances pour pouvoir les quantifier. A l'avènement de la découverte de l'ADN et de la biologie moléculaire, il nous a été possible d'avoir un regard sur les gènes et de savoir précisément leur fonction. Il était possible de déterminer leur structure et ainsi les réinjecter avec précision dans un autre organisme. Ce dernier est alors qualifié d' "Organisme Génétiquement Modifié" ou OGM.

 

Quelles sont les utilisations de ces OGM dans la recherche ?

colza
Des variétés de colza résistantes aux herbicides sont cultivées à travers le monde. © Jacqueline Dubois / Galerie photo de l'Internaute

Ils servent principalement à étudier les gènes nouvellement découverts. Pour se faire, le but est de modifier le gène d'intérêt dans l'organisme afin de savoir quelles répercussions celui-ci aura sur lui (développement, production de protéines particulières, etc.). Chez l'animal comme dans le végétal, cela constitue actuellement près de 90% de l'utilisation des OGM dans la recherche : ils permettent alors de pouvoir tester des nouveaux médicaments ou de mieux comprendre certaines maladies. Pour le cas de l'agriculture, la technique sert à l'ajout d'un gène étranger afin de conférer à la plante des propriétés supplémentaires (résistance aux insecticides, à des parasites, etc.).

 

Pouvez-vous nous parler des risques invoqués dans l'agriculture, comme la consommation de plantes transgéniques ?

Pour ce qui concerne leur consommation, les OGM sont soumis aux mêmes tests de toxicité que les autres produits : pour exemple, on donne à des jeunes rats des doses contrôlées de l'aliment d'intérêt et on regarde l'évolution de leur développement du point de vue biologique sur trois mois. Cela s'apparente beaucoup à ceux réalisés dans l'industrie du médicament.

Jusqu'à maintenant, à ma connaissance, aucune publication ne mentionne de problèmes de ce type, malgré les diverses polémiques autour de certains essais. De plus, de nombreux animaux d'élevage sont nourris avec des produits OGM sans que pour l'instant, ils aient d'effets apparents sur eux.

"Je ne dis pas que les OGM ne représentent aucun risque"

Je ne dis pas que les OGM ne représentent aucun risque, je pense seulement qu'il n'y a pas actuellement de preuve de leur toxicité selon les critères de contrôle. Je ne vois pas l'intérêt pour une grande entreprise de laisser passer des produits pour ensuite payer les conséquences plus tard.

 

Et pour ce qui est de la dissémination dans l'environnement ?

Les OGM ne sont pas encore stériles. Ici, se pose alors le problème du pollen et de son taux de survie. Celui du maïs est capable de se propager sur 20 à 30 kilomètres autour du champs dans lequel il est planté, mais a une durée de vie d'environ 2 heures dans des conditions normales. La contamination doit s'opèrer dans ce laps de temps et qu'il y ait rencontre du pollen OGM mâle avec une fleur femelle.

Cette facette est réglable à courte distance par l'instauration de "zones de protection" entre les cultures OGM et classiques. Par l'instauration de haies et de rangs que l'on sait plus assujetties à la contamination, nous pourrions limiter les effets de cette dissémination et protéger les zones aux alentours. Ici, la dissémination est maîtrisable.

Le problème est plus difficile à appréhender pour le colza dont les grains sont plus petits et très volatiles, avec une durée de vie longue. Ils peuvent également effectuer des croisements via leur pollen avec les crucifères -famille du colza et également de la ravanelle par exemple- et ainsi échanger leur patrimoine génétique. Mais pour l'instant, le problème ne se pose pas en Europe car sa culture n'est pas autorisée. Il faut donc analyser au cas par cas, sans amalgamer.

 

Pensez-vous que les OGM constituent une solution à la pénurie de nourriture mondiale ?

Actuellement, 90% de la recherche est destinée à améliorer les techniques agricoles des pays développés, contre 10% pour les pays en voie de développement. Pour ces derniers, l'utilisation des OGM peut-être bénéfique : le cas du riz doré en est un bon exemple. Il a été inventé par des chercheurs pour pallier aux déficiences de vitamine A dans certains pays. Malgré les controverses suscitées cela montre l'intérêt que représente les OGM dans cette problématique. Néanmoins, je ne pense pas qu'ils pourront éradiquer la faim dans le monde. Cela impliquerait nécessairement d'alléger les réglementations pour ces pays, afin de les rendre plus libres sur ce point.

 

Que pensez-vous du débat entre opposants et partisans des OGM ?

Ce qui me gêne, c'est cette opposition entre le "bien", représenté par les anti-OGM, et le "mal", ceux qui sont pro-OGM. Les médias participent à ce clivage : je trouve qu'on donne trop la parole aux gens qui s'oppose de manière virulente à la culture des OGM, tandis que les autres sont un peu laissés de côté. La lutte est très symbolique. A mon avis, l'exploitation des cultures OGM n'est pas réellement à haut risque, mais je ne me considère pas véritablement comme un "pro-OGM".  

Génétique

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