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Interview
 
Novembre 2007

"C'est une très grande avancée pour la biologie humaine"

Des chercheurs ont réussi à produire des cellules souches à partir de morceaux de peau, sans avoir besoin de cloner des embryons.
Le Dr Jacques Hatzfeld, ancien Directeur du laboratoire CNRS des Cellules souches humaines à Villejuif commente cette découverte.
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Jacques Hatzfeld a dirigé le laboratoire CNRS des Cellules souches humaines à Villejuif.

Est-ce une découverte majeure pour la science ?

Ce n'est pas une découverte en ce sens qu'on savait qu'on allait le trouver. Shinya Yamanaka -un des chercheurs qui a réalisé l'expérience- l'avait déjà démontré chez la souris en 2006. Depuis un an nous attendions cette nouvelle. Mais c'est incontestablement une très grande avancée pour la biologie humaine, une des plus importantes, car elle va ouvrir de nombreuses possibilités.
Désormais, on peut prendre quelques morceaux de votre peau et les reprogrammer en cellules souches. Et ensuite produire in vitro des tissus humains qui donneront des organes (foie, cœur etc.) compatibles avec votre organisme. Une fois greffés, ils ne seront pas rejetés par votre corps. Cela s'appelle la thérapie cellulaire. Plus tard, on pourra reprogrammer n'importe quelle cellule directement vers un autre type de cellules souches. La thérapie cellulaire se fera différemment.


Cela va permettre de soigner de nombreuses maladies…

Oui. Toutes les maladies pourront être plus facilement et mieux étudiées avant d'être soignées. Cancer, diabète, mucoviscidose… Mais auparavant, ce sera d'abord la possibilité d'étudier la fonction de tous les gènes humains. C'est à mon avis la chose la plus importante. On ne connaît pas la fonction de la moitié des gènes humains. Grâce à ces lignées pluripotentes qui permettent de produire de très grandes quantités de cellules que l'on ne pouvait pas obtenir à partir des cellules souches adultes, on peut enfin étudier ces gènes. Quand on connaîtra la fonction de tous les gènes humains, on repensera complètement la thérapie cellulaire.

 

Est-ce un pas en avant vers le clonage reproductif humain ?

Non pas du tout. Le clonage reproductif humain est un fantasme qui ne peut se réaliser, mais qui a été soigneusement entretenu par certains médias malhonnêtes. On n'arrivera jamais à reproduire le même être humain. C'est scientifiquement impossible parce que la mère est irremplaçable, heureusement ! La science ne pourra pas imiter exactement la grossesse pour obtenir l'enfant que l'on souhaite cloner.

"Ce sera la possiblité d'étudier la fonction
de tous  les gènes humains"

En clonant un prix Nobel ou la plus belle star de cinéma, vous serez très déçu du résultat. Même si deux clones ont les mêmes gènes, ces gènes ne s'exprimeront pas tous de la même façon dans 2 clones différents. Heureusement pour nous, la vie est plus subtile que ne le croient certains journalistes, politiciens ou groupes religieux qui ont considérablement retardé, particulièrement en France, la biologie… pour le plus grand bénéfice de la recherche d'autres pays plus pragmatiques.
La bioéthique française a engendré une bureaucratie insupportable. J'espère, sans en être sûr, que cette avancée de la science fera réfléchir ceux qui font les lois et n'ont jamais mis les pieds dans un laboratoire. La bioéthique peut faire des recommandations, mais n'a pas à dire aux chercheurs ce qu'ils doivent faire. Sinon, c'est la mort de la science.

 

 
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Cette avancée sur les cellules souches signe-t-elle la fin des recherches sur l'embryon ? Et serait-t-elle, du coup, un argument pour écarter la question morale ?

C’est le point de vue de George Bush. Mais des chercheurs américains lui ont répondu que la science avait besoin des deux types de recherche pour avancer. Enfin, il ne faut pas confondre les lignées de cellules souches embryonnaires avec des embryons. Tout au plus peut-on dire qu’elles dérivent de pré-embryon, préimplantatoires, sans projet parental, et ne pouvant qu’être détruits ou donnés à la science avec le consentement éclairé des parents. Les besoins de la science pour établir de nouvelles lignées est ridiculement petit par rapport au nombre d’embryons surnuméraires (pré-embryons) disponibles. Il va de plus se réduire considérablement grâce au travail remarquable de l’équipe de Shinya Yamanaka.


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