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Le rôle du sphénoïde
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Dans un documentaire diffusé sur Arte le 29 octobre dernier, Thomas Johnson provoquait une controverse inédite autour de la théorie de l'évolution.
Il exposait en effet les thèses d'Anne Dambricourt, chercheuse au CNRS, selon lesquelles l'homme serait apparu à la suite de modifications génétiques prédéterminées.
Ici il ne s'agit pas, comme dans le cas du dessein intelligent, d'une contestation de l'évolution, mais du caractère aléatoire des mutations, celles-ci étant sanctionnées - "sélectionnées" - ensuite par l'environnement.
Toumaï contre Lucy
Longtemps a prévalu le scénario suivant ("l'East Side Story") : l'effondrement de la Rift Valley dans l'est Africain aurait sélectionné la bipédie, mieux adaptée à la savane, de notre lointain ancêtre. Le squelette de Lucy, découvert dans la région en 1974, venait étayer cette théorie. Mais en 2001, rebondissement : le paléontologue Michel Brunet découvre au Tchad un hominidé encore plus ancien, Toumaï (7 millions d'années au compteur), déjà bipède. Or Toumaï est découvert à plus de 2 500 km à l'ouest du rift, soit dans une zone... forestière. Fin de L'East Side Story.
Dès lors, comment expliquer la bipédie ?
Pour Anne Dambricourt, c'est un os situé au centre du crâne, le sphénoïde, qui jouerait un rôle clé dans l'évolution de notre espèce, et particulièrement dans notre position redressée. Au fur et à mesure que ce sphénoïde fléchirait, une nouvelle grande famille naîtrait (les grands singes, les australopithèques, les homos sapiens…). Marie-Joseph Deshayes, une orthodontiste, va même plus loin : en observant l'évolution actuelle des mâchoires et des dentitions des enfants, elle avance que nous serions à le veille d'un nouveau tournant ! Bref, le moteur de l'évolution ne serait pas externe ("l'adapatation"), mais interne (génétique) : c'est "L'Inside Story".
Une dérive néocréationniste ?
Pour les détracteurs d'Anne Dambricourt, qui l'accusent de "néo-créationnisme", cette idée est absurde : "Définir l'homme à travers un seul caractère [le sphénoïde] est absurde" précise le paléoanthropologue Fernando Ramirez-Rozzi. Guillaume Lecointre, professeur au Muséum National d'Histoire naturelle, fulmine : "ce documentaire est de la théologie déguisée en science".
Doute supplémentaire, le film ne mentionne pas qu'Anne Dambricourt est la secrétaire générale d'une fondation prônant l'orthogénèse (mode d'évolution qui se poursuit dans la même direction pendant des millions d'années) Et si plus personne ne croit à l'East Side Story, une évolution par palliers ne semble pas plus convaincre les chercheurs. Le biologiste Jean Chaline, directeur de recherches au CNRS, coupe la poire en deux : pour lui, la logique du hasard des mutations est bien interne, mais la sélection naturelle agit sur le résultat des mutations.