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DEJA DEMAIN
 
Juin 2006

Un mur anti-pollution

Si vous êtes parisien, vous aurez peut-être remarqué le mur antibruit à la hauteur de la porte des Lilas. Mais ce mur n'est pas tout à fait comme les autres : il lutte aussi contre la pollution.

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Au contact du mur, les oxydes d'azote sont décomposés en nitrates puis éliminés par la pluie. Photo © Photothèque Eurovia / Axel Heise

Alerte à l'ozone !

L'été, la pollution automobile est un véritable fléau, et les alertes aux pics de pollution sont devenus monnaie courante. Parmi les principaux polluants, on trouve les oxydes d'azote, émis plus particulièrement par les véhicules diesel.

Ces substances sont très irritantes et nocives pour les enfants et les personnes asthmatiques, et sont responsables des pics d'ozone quand il fait chaud. C'est justement à ceux-là que s'attaque le mur anti-pollution.

Un procédé 100% naturel

Le mur est fabriqué en bois de béton, un matériau fait à partir de ciment et de copeaux de bois recyclé. Très léger et alvéolé, ce matériau est un excellent isolant acoustique. Mais dans le cas de ce mur, les alvéoles contiennent en plus du dioxyde de titane.

Or, l'oxyde de titane a la propriété de décomposer les oxydes d'azote (NOx) grâce aux rayons du soleil. Le procédé est appelé photocatalyse, car ce sont les rayons UV qui accélèrent la réaction chimique d'oxydation. Les oxydes d'azote sont transformés en nitrates, en partie neutralisés par les ions calcium et carbonate du ciment, et en partie éliminés lorsque l'eau de pluie ruisselle sur le mur. Toutefois, la pollution est minime : "les taux de nitrate enregistrés sont inférieurs à ceux qu'on trouve dans l'eau minérale", explique Michel Mazé, responsable de l'innovation chez Eurovia, la filiale du groupe Vinci qui a mis au point ce procédé.

Une efficacité prouvée

Appelé Noxer, ce revêtement est particulièrement efficace lors des pics de pollution, car son action est instantanée. Lors des tests de laboratoire, on arrive à éliminer 90% des oxydes d'azote en milieu fermé et 15 à 20% à l'air libre. Quant aux propriétés acoustiques, le mur réduit de 8 décibels le niveau sonore. De nombreuses autres applications sont envisageables : murs de parking (le procédé est efficace même en lumière artificielle), dalles et pavés, terre-pleins…

Et demain, des immeubles dépolluants

Eurovia n'est pas le seul sur ce créneau : le projet européenn Picada a lui aussi pour objectif la mise au point de matériaux dépolluants par photocatalyse. GTM construction, qui a entre autres participé au projet, a mis au point toute une gamme de revêtements translucides, enduits et peintures à base de dioxyde de titane, exploitables sur des grandes surfaces. Des scientifiques japonais ont calculé que si 70% des bâtiments d'une rue étaient traités avec des produits de ce type, la pollution atmosphérique réduirait d'un tiers. De même, 1m² d'enduit permettrait de dépolluer 20m³ d'air à l'heure.

Hélas, si la technologie semble parfaitement au point pour les oxydes d'azote, elle est peu efficace sur les autres polluants. "Le dioxyde de carbone est une molécule trop stable pour être dégradée" explique ainsi Michel Mazé. Le monoxyde de carbone n'est lui non plus pratiquement pas éliminé.

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