Des routes plus propres. Photo
© Thierry Benvegnu /SAB
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Pour étaler du bitume sur les routes, il faut le fluidifier pour qu'il s'étale
bien. On ajoute pour cela un émulsifiant, un liquide volatil qui s'évapore une
fois le bitume étalé. Mais une bonne part du produit s'écoule aussi dans le sol.
Or, ces émulsifiants proviennent pour la plupart de la pétrochimie ou de la carbochimie,
et sont donc non biodégradables et toxiques, notamment pour les espèces aquatiques.
Au laboratoire Synthèse et activation de biomolécules du CNRS, Thierry Benvegnu
et son équipe ont mis au point un émulsifiant d'origine végétale. "On utilise
de l'huile de colza et de la glycine bétaïque, un des co-produits de l'industrie
sucrière" explique le chercheur. Les avantages ne sont pas seulement écologiques
: le bitume sèche plus vite, sans vapeurs nocives, et s'utilise à température
plus faible (110°C).
Le procédé de fabrication de l'émulsifiant s'inscrit lui-même dans une
démarche "verte" : le produit fini peut être utilisé tel quel, sans rajouter de
solvant pour éliminer les traces d'acide (utilisé comme catalyseur lors de la
réaction). C'est en fait l'huile qui sert à la fois de composé et de solvant.
Les huiles végétales pour trouver du pétrole
Paradoxe ultime : l'or vert sert même à exploiter l'or noir. Pour extraire le
gaz et le pétrole de la roche, on utilise le guar, une plante d'origine indienne
et qui sert couramment d'épaississant dans les crèmes dessert et les plats cuisinés.
Le guar forme une sorte de gel, qui incorporé à l'eau repousse le gaz vers la
sortie. Toutefois, la mise au point de ce produit est délicate : trop épais, il
forme des bouchons dans les fractures de la roche, trop liquide il n'est pas efficace.
Du coup, le guar est maintenant remplacé par de l'huile de colza spéciale.
Riche en acide éructique, cette huile est formée de molécules très longues, ce
qui facilite le mélange eau-huile, et épaissit le liquide juste ce qu'il faut
selon les conditions. Au fond du puis, elle forme un gel assez dense : en milieu
aqueux, les molécules restent entières. Mais si l'huile est en contact avec des
zones grasses, elles se fragmentent en petits morceaux, rendant le gel plus fluide.
Le passage du gaz dans les petites fractures de la roche est ainsi facilité.