Les molécules végétales on l'avantage d'être généralement recyclables, compostables
ou biodégradables. Elles sont aussi moins toxiques pour l'homme, et ont un bilan
carbone neutre (leur dégradation libère autant de carbone que celui qu'elles ont
absorbé par photosynthèse au cours de la vie de la plante).
Les agroressources peuvent fournir les trois grandes catégories de molécules
carbonées utilisées en chimie : les carbohydrates, les acides gras, et les protéines.
Même si leur transformation est plus complexe que celles issues de la pétrochimie,
ces molécules peuvent servir à fabriquer à peu près n'importe quoi.
Selon les estimations du National Research Council, un quart des produits chimiques
seront issus des végétaux en 2020 et 90% en 2090. Il reste encore du chemin :
en France, aujourd'hui, 97% de l'industrie chimique repose sur les produits dérivés
du pétrole.
L'or vert, pas si écolo que ça
Mais il ne suffit pas de produire à partir de la biomasse pour être écologique.
D'abord, végétal ne veut pas toujours dire biodégradable. Le chataîgner, par exemple,
est un bois imputrescible, très riche en lignine et donc difficile à dégrader.
Deuxièmement, "La chimie verte ne se conçoit que dans un bilan global, explique Jean-Claude Guillemin, il faut tenir compte de l'énergie dépensée
pour fabriquer ou recycler le produit". 50% du coût du bioéthanol est ainsi
lié aux levures qui dégradent la cellulose en sucre.
Le maïs, largement utilisé dans la chimie verte, est particulièrement gourmand
en eau et en engrais. On utilise 2 kg de produits phytosanitaires et 120 à 200
kg d'engrais par hectare. Les scientifiques s'attachent donc à développer la "chimie
blanche", c'est-à dire des modes de procédés plus économiques et plus naturels.
Un seul territoire, plusieurs cultures
Enfin, il ne faut pas négliger les impacts sur l'agriculture. Ces nouveaux débouchés
ne doivent d'une part pas conduire à des monocultures régionales, favorisant le
développement de parasites résistants. Il faut aussi veiller à éviter la pollinisation
croisée entre les espèces, pour respecter les normes de qualité dans les différentes
filières.
Mais surtout, quelle répartition adopter entre l'agroalimentaire et le non-alimentaire
? Avec un kilo de maïs, on peut fabriquer 37 litres d'éthanol, mais aussi 60 kg
de viande de porc. En 1993, les surfaces agricoles destinées au non-alimentaire
représentaient 4% des terres, en 2001 ce taux était de 6,5%, soit une augmentation
de 62,5%. Faut-il continuer à exporter notre production alimentaire ou réorienter
la production agricole ? Il s'agit là d'un choix politique difficile.