Après des années de bras de fer entre les associations écologistes et les industries
chimiques, la directive Reach a finalement été votée le 17 novembre dernier au
Parlement européen.
Désormais, ce sont les industriels eux-mêmes qui devront apporter la preuve
que leurs produits sont sûrs et non toxiques. Toutes les substances dont la diffusion
est supérieure à une tonne par an devront être analysées et enregistrées sur une
période de 11 ans.
A ce jour, seules 400 molécules ont été analysées, car avant
1998, aucune évaluation toxicologique n'était exigée. Or de nombreux produits
de consommation courante sont suspectés : le formaldéhyde, contenu dans certains
cosmétiques, serait cancérigène ; les phtalates, utilisés pour assouplir les plastiques
et présents dans les jouets, aurait des effets néfastes sur la reproduction humaine
; les parabens, des antibactériens, provoqueraient des allergies, etc. Sur les
30 000 produits chimiques concernés par Reach, 2000 sont déjà
"suspects".
Les représentants de la chimie européenne affirment qu'ils souscrivent parfaitement
aux objectifs de Reach, mais ils demandent des "améliorations", notamment un dispositif
allégé pour certaines molécules et l'exemption temporaire des polymères. 1038
amendements sont ainsi venus modérer la directive, et plusieurs pesticides très
toxiques pourront encore être utilisés pendant 5 ans.
L'Europe en retard
Même imparfaite, la réglementation joue toutefois un rôle prépondérant.
"Les américains vont par exemple interdire l'importation de tous les produits
qui ne sont pas fabriqués selon leurs normes", explique Jean-Claude Guillemin,
directeur du laboratoire synthèse et activation de biomolécules au CNRS. Résultat
: plus des deux tiers de leurs produits de synthèse sont d'origine végétale, et
40% de leurs terres agricoles seront consacrées à la chimie verte.
Là-bas, il existe des "bioraffineries", qui exploitent l'ensemble du végétal
: de l'huile à partir du grain, des plastiques ou des résines à partir des protéines,
de l'éthanol ou des produits cosmétiques à partir du glucose. En produisant de
nombreux produits pour diverses filières, une bioraffinerie maximise la valeur
dérivée des de la biomasse. La PAC (politique agricole commune), jusqu'alors uniquement
intéressée par la production alimentaire, commence à se pencher sur ces nouveaux
débouchés. Une bioraffinerie pourrait ainsi voir le jour en 2008.