Que faire si l'on habite dans un endroit isolé, où ne sont disponibles ni réseaux
d'eau potable, ni barrages, ni rivières, et où il ne pleut pratiquement jamais
?
Capturer l'humidité
Jusqu'à présent, les nombreuses communautés rurales dans ce cas étaient obligées
de ramener des bidons d'eau à pied, parfois très loin et sur des chemins escarpés.
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| Un filet à brouillard installé dans
le village de Danda Bazzar (Népal), à 2130 mètres d'altitude.
Les filets alimentent trois réservoirs de 1000 litres. Photo
© FogQuest /
Tony Makepeace |
Depuis le milieu des années 80, une nouvelle solution s'offre à eux : "récolter"
le brouillard. Ces fines gouttelettes d'eau d'un diamètre de 2 à 5 micromètres
sont si petites qu'elles ne tombent pas jusqu'au sol, (contrairement aux gouttes
de pluie qui sont dix à cent fois plus grosses). En l'absence de végétation, les
gouttelettes de ces brouillards persistants sont emportées par le vent, sans jamais
irriguer le paysage
15 000 litres d'eau par jour
Chungungo, au Chili, est l'un des endroits les plus secs au monde. Pourtant,
c'est là que les premiers filets à brouillard ont été installés. Cent panneaux
de polypropylène de 4 mètres de haut sur 12 mètres de large récoltent ainsi 15
000 litres d'eau en moyenne par jour. L'eau s'écoule le long des filets, puis
elle est récoltée dans des gouttières et stockée dans des réservoirs.
Cette technique est toutefois réservée à des sites bénéficiant de conditions
particulières. Les sites les plus favorables sont les montagnes côtières, où se
condensent les embruns venus de la mer. La base des stratocumulus riches en humidité
se situe à des altitudes entre 400 et 1000 mètres.
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| Un filet à brouillard au Chili. Des filets
ont ainsi été installés en Afrique du Sud, au Pérou, mais il y a même des projets
en Suède, en Israël et en Tanzanie. Photo © FogQuest
/ Robert S. Schemenauer |
Un minimum de 90 jours de brouillards par an est nécessaire pour une utilisation
domestique. Les filets doivent être installés sur une crête, perpendiculairement
au vent. Les mailles de polypropylène extraient 30% de l'humidité brouillard en
moyenne, soit 17 à 42 litres d'eau par mètre carré et par jour.
De l'eau minérale tombée du ciel
Ces conditions réunies, les villageaois disposent d'une eau peu chère et immédiatement
disponible. Contrairement à l'eau dessalée, l'eau du brouillard est riche en calcium
et en sodium.
"Elle pourrait même être utilisée comme eau minérale" explique Jana
Olivier, professeur à l'université d'Afrique du Sud et qui a participé au montage
des premiers filets dans le pays. (Par contre, si l'eau doit être stockée, mieux
vaut y ajouter du chlore pour éviter tout développement bactérien).
L'approvisionnement reste aléatoire. Il arrive parfois que le brouillard se
fasse attendre pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. D'autre part,
comme les filets sont par définition installés dans des endroits exposés au vent,
ils se déchirent régulièrement.
Enfin, mieux vaut habiter dans une zone non polluée. Une étude suisse de 2003
a par exemple montré que l'eau du brouillard dans le Jura contenait en moyenne
deux fois et demi autant de nitrate que la valeur tolérée pour l'eau potable,
avec des valeurs maximales proches de 250 milligrammes par litre.
Le site
de l'ONG FogQuest