Michel Fournier (Parachutiste) Chute libre à 40 km d'altitude : "Ma motivation est de repousser les limites de mon corps"

Le 25 mai 2008, Michel Fournier, officier parachutiste à la retraite, effectue un saut en chute libre de 40 000 mètres d'altitude. Sans précédent, il devrait permettre de grandes avancées du point de vue technique et médical.

Quelles ont été les principales motivations à l'origine de ce projet ?

Michel Fournier : Mon projet est avant tout scientifique et humain. En temps que sportif, ma motivation est de repousser les limites de mon corps et réussir à faire ce que les autres n'ont pas réalisé. Historiquement, l'idée a été initiée par le Ministère des Armées à la fin des années 90 : le projet S38 - pour saut en chute libre à 38 km d'altitude -.

Faisant suite à l'explosion de la navette Challenger, il consistait à tester un moyen de sauvetage pour les astronautes en conditions stratosphériques réelles. L'étude devait être menée dans le cadre du lancement de la navette spatiale européenne Hermès. J'ai alors été sélectionné parmi 78 personnes pour participer à l'expérience.

Ensuite, faute de financement, le projet a été abandonné et le saut annulé. J'ai alors décidé de le reprendre seul, à titre personnel. Aujourd'hui, les avancées dans le tourisme spatial, notamment pour les vols suborbitaux, nécessitent des équipements de sauvetage avec de bonnes garanties et une sécurité accrue, ce qui en fait un thème de recherche d'intérêt.

 

A quel entraînement êtes-vous soumis pour préparer le saut ?

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Michel Fournier multiplie les sauts d'entraînement pour réaliser son exploit. © HLP FRANCE

Mon entraînement est analogue à celui des astronautes. Chaque matin, je fais deux heures de sport : une heure et demie de footing et 30 minutes d'assouplissements. Je suis aussi divers programmes pour m'habituer aux conditions en très haute altitude. Pour cela, je dois régulièrement aller m'entraîner en caisson hypobarre à la COMEX et en chambre thermo-physiologique - sorte de cabine réfrigérée - au centre des services de Santé de l'armée.

Toutes les semaines, j'effectue des sauts en parachute "classiques" et de manière plus ponctuelle en haute altitude, ainsi que des préparations en soufflerie. Je fais également des vols en micro gravité - où la pesanteur terrestre est faible - afin de m'habituer aux conditions régnant dans la nacelle et dans les premières minutes de la chute. Enfin, je suis préparé à l'épreuve d'un point de vue psychologique par l'équipe médicale.

 

A quelles contraintes physiologiques allez-vous êtes soumis durant le saut ?

Je vais devoir affronter plusieurs facteurs : le froid, la raréfaction en oxygène et la différence de pression. Pour cette dernière, je suis confronté au même problème que les plongeurs, mais, à leur différence, je ne vais pas pouvoir faire de paliers de décompression.

Afin d'éviter l'aéroembolisme, c'est-à-dire que l'azote de mon sang ne se condense en gaz et forme des bulles mortelles, je vais devoir inhaler de l'oxygène pur pendant 4 heures juste avant le vol. Cela provoquera la dénitrogénisation du sang : l'oxygène va alors s'y substituer partiellement à l'azote. Cette action, en plus de ma combinaison pressurisée, me permettra de prévenir les incidents de ce type.

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La combinaison est un véritable concentré de technologies. © HLP France

Quelles sont les autres particularités de cette combinaison ?

Comme toute matière, le textile gèle à partir d'une certaine limite. L'Institut Textile de France a donc élaboré une combinaison capable de résister pendant 10 minutes à des températures avoisinantes des -100°C. Sur les 7 minutes et 25 secondes de chute libre, je serai soumis pendant 3 minutes à ces conditions extrêmes, d'où l'importance de ce facteur.

Elle embarque également un dispositif afin d'éviter la transpiration car, à ces niveaux de pression, l'eau givre. Un textile à base de laine de mouton a ainsi été mis au point, capable d'absorber près de 170 grammes de vapeur d'eau par mètre carré. La combinaison est aussi, bien sûr, pressurisée à l'oxygène pour la respiration.

 

Vous avez donc du développer de nombreuses technologies pour rendre ce saut possible...

Pas moins de 45 entreprises privées ont travaillé sur le projet. Il a nécessité des compétences multiples sur tous les points. Côté équipements, il a fallu mettre au point le ballon, la nacelle qui sert à me hisser à 40 kilomètres d'altitude... Nous avons du penser à l'ensemble des contraintes auxquelles je serai soumis au cours du vol. Un des points posant problème était la transmission.

En effet, à cause de la pression, je ne pourrai communiquer normalement avec la station basée au sol. Elle influence notamment la clarté de la voix, rendant difficile la compréhension. On va donc me poser des capteurs sur la boîte crânienne afin de pouvoir suivre mon état en temps réel. Nous avons également développé un partenariat avec la NASA afin de pouvoir transmettre les images de la nacelle et de mon casque en direct.

 

Quelles sont les sécurités mises en place durant la chute ?

Si je perdais connaissance pendant cette phase, le barographe installé sur ma combinaison déclencherait l'ouverture automatique de mon parachute, et j'arriverais au sol sein et sauf. Tout le processus est surveillé au sol de plusieurs façons différentes : GPS, radars, goniomètre et autres moyens satellites. Cela permettra aux équipes de secours de venir me chercher en cas de problème en sachant précisément où je me trouve. A priori, avec les calculs effectués, on connaît le point de chute à 25 mètres près, l'objectif étant tout de même que je puisse arriver en contrôlant mon atterrissage.

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