|
Novembre
2007 Fuite
des cerveaux "Nos chercheurs manquent cruellement de considération
en France" | Nos
têtes bien pleines semblent quitter manu militari le bercail pour des contrées
plus propices à leur recherche. Une hémorragie que nos lecteurs justifient pour
plusieurs raisons. |
 |
| | Certains
chercheurs français poursuivent une carrière en Europe ou Outre-Atlantique.
Photo © Fir002-S.Solberg/ GNU Free Documentation License | |
Plusieurs études ont été menées ces dernières
années afin de quantifier réellement le nombre de chercheurs français
expatriés. Là encore, il est difficile de définir des statistiques
fiables car tous ne sont pas immatriculés. Le Ministère des
Affaires Etrangères estimait en 1998 que 10 000 chercheurs travaillaient
dans un laboratoire public à l'étranger, ce qui représente
environ 12% du nombre de chercheurs et de boursiers travaillant dans la
recherche publique française. Au vue de ces résultats, difficile
de parler de fuite, mais bon nombre d'internautes expliquent cette désaffection
des jeunes diplômés pour la France et ce pour plusieurs motifs
: Lucie
: "En France, il n'y a aucune reconnaissance du chercheur. Que ce soit financièrement
parlant autant qu'intellectuellement. Il doit être à la foire et
au moulin, et remercier pour ça. Sans cesse à la course aux financements,
et de plus en plus d'administratif à gérer. Comment peut-on progresser
dans ces conditions ?" Manque de reconnaissance, salaire bas, conditions
de travail difficiles
Autant d'arguments que partagent globalement toutes
les personnes qui ont témoigné. D'autres mettent en avant un système
quelque peu archaïque qui ne se modernise pas et qui manque cruellement
de financement. Pierre
: "Ça n'a pas changé depuis 40 ans. A l'époque, j'avais
trouvé moi-même le financement de ma thèse par une compagnie
industrielle. Il y a des luttes d'influences et des attributions de budgets par
copinage. Les seules véritables différences, aujourd'hui, sont les
équivalences des diplômes qui ont permis la mondialisation et donc
la fuite des cerveaux". Une étude récente menée
par deux élèves de l'école des Mines à Paris, parue
début novembre, révèle que la majorité des jeunes
chercheurs français partent pour effectuer leur post-doctorat puis reviennent
en France. Leur première destination : l'Europe puis les Etats-Unis. Néanmoins
pour rendre la recherche plus attractive (le nombre d'étudiants en sciences
ne cesse pas de chuter), des changements importants sont à mener. Vava
: "Il faut augmenter le nombre de postes dans le public, favoriser le partenariat
privé public, augmenter les salaires. Mais il est urgent de favoriser le
retour à l'emploi des chercheurs post-doctorants." Jean-Claude
: "Il faut développer un centre de scientifiques, comme Technolac
au Bourget du Lac." Christine
: "L'Etat doit offrir des postes qui permettent de faire une vraie recherche
(c'est à dire pas des CDD de 18 mois) ; des CDI ou des CDD de 5 ans renouvelables
en fonction des avancées scientifiques obtenues. Il faut que les chercheurs
soient rémunérés à leur juste valeur et que les conditions
de travail dans les laboratoires soient améliorées ! Il faut encourager
la R&D des entreprises en France." Roland
: "Il faut casser les corporatismes et les féodalités ;
mais surtout encourager les initiatives individuelles dans le universités
et faire appel au mécénat d'entreprise." Chacun y va
de sa petite idée. Mais un constat s'impose : une reforme de la recherche
ainsi qu'une augmentation des financements publics et privés sont indispensables
pour relever le niveau de la France, classée tout de même au 17eme
rang des pays attractifs de jeunes talents étrangers. Peu reluisant ! Hervé
: "Le retard actuel de la France en matière de laboratoires universitaires
et la décrépitude des infrastructures des grands instituts sont,
à mon avis, à une étape critique depuis quelques présidents
de la république." Roland
: "La situation actuelle ne peut être que fatale pour la recherche
française à long terme. Je connais personnellement un chercheur
en cancérologie qui s'est expatrié, faute de pouvoir être
admis dans un laboratoire français, où règnent sans partage
des patrons de droit divin." Retrouvez tous
les témoignages
A lire Recherche
: ce qui doit changer en France
|