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Pour comprendre

Gérard-François Dumont
Gérard-François Dumont Professeur à l'Université de Paris IV-Sorbonne

Comment sait-on qu'on est 6,5 milliards aujourd'hui ?
Ce chiffre n'est qu'un ordre de grandeur : on se situe en fait dans une fourchette entre 5,8 et 6,8 milliards. La marge d'erreur est due aux difficultés de recensement dans certains pays. Il faut savoir qu'un tiers des naissances ne donne leu à aucune déclaration ! Du coup, on en est réduit à faire des évaluations fondées sur des enquêtes partielles.

Le Nigéria a par exemple connu un redressement statistique de presque 20% ces dernières années ! Même dans des pays relativement développés, comme au Liban, on estime que la marge d'erreur est d'un million d'habitants , soit 20% de la population !

Comment les prévisions sont-elles établies à partir des données disponibles ?
D'abord, il ne faut pas parler de prévisions, mais de projections. On émet donc des hypothèses sur la fécondité, la mortalité, et les migrations internationales. Ces dernières sont particulièrement difficile à anticiper, car elles dépendent largement de phénomènes géopolitiques. Qui aurait pu prévoir, par exemple, que deux millions de personnes allaient quitter l'Iran lors de la révolution islamique de 1979 ?

 

"Parler de population mondiale, c'est comme additionner les choux et les carottes"

Que pensez-vous du chiffre de 9 milliards d'habitants en 2050, tel que le prévoit l'ONU ?
On parle là de l'hypothèse centrale. Cette dernière mise sur un taux de mortalité qui va continuer de baisser en Afrique, et une espérance de vie en hausse. Je pense pour ma part que c'est un peu optimiste, car certains pays connaissent des régressions sanitaires. Toujours d'après ce scénario, le taux de natalité va ré augmenter en Europe. Là encore, rien d'évident. Bref, les projections de l'ONU sont un travail essentiellement mathématique, traduisant mal la diversité des évolutions et de leur calendrier selon les pays.

 

Son dernier livre
Les populations du monde, Editions Armand Colin, deuxième édition, 2004.

La population mondiale va-t-elle alors se stabiliser un jour ?
Parler de population globale n'a aucun sens : c'est comme additionner les choux et les carottes. Quel est le point commun entre le Laos et la Finlande, qui ont tous les deux à peu près la même population, mais des niveaux de développement et des modes de vie complètement différents ?

L'important, c'est moins le nombre que l'on sera sur Terre que le problème du vieillissement. Et ce dernier, au moins, est une certitude !

Qu'est-ce qui pourrait venir bouleverser les prévisions ?
Je vois deux causes majeures : la natalité, qui pourrait diminuer beaucoup plus vite que prévu dans plusieurs pays, et la mortalité, qui au contraire pourrait augmenter ou ne pas diminuer dans les proportions espérées. On a cru que les progrès sanitaires, une fois accomplis, étaient acquis pour toujours. Or, c'est faux : dans plusieurs pays, l'espérance de vie diminue à cause du Sida, de la régression de l'hygiène et des réseaux sanitaires.

 

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La revue "Population et Avenir", dirigée par Gérard-François Dumont

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