On ne peut passer des Lumières à aujourd'hui sans parler de la crise qui a bouleversé et ravivé le débat science et religion. Cette crise s'appelle le XIXe siècle. Temps géologiques et évolutionnisme contre une religion moins puissante, la science reprend l'ascendance.
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| Caricature de Charles Darwin en singe, dans le magasine The Hornet. Photo © DR |
La science internationale
Le XIXe est un siècle de bouillonnement intellectuel international. Des institutions scientifiques gratuites accessibles à tous se créent, comme le collège de France et les cours du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.
Les savants voyagent à travers le monde, se rencontrent et échangent leurs connaissances. La science est internationale et vivante. Dans ce contexte si particulier, de grandes découvertes s'opèrent : la découverte des temps géologiques, les théories évolutionnistes. La science moderne est bel et bien née. Quels liens entretiennent les grands savants de l'époque avec la religion ? Comment les théologiens reçoivent leurs théories ?
Pour la plupart de ces chercheurs, ils sont chrétiens, très croyants et pratiquants.
Leurs travaux ne remettent pas leur foi en cause, mais peut-être certaines de leurs croyances. Lorsque Cuvier découvre que des espèces disparues ont vécu il y a des milliers d'années, il ne croit pas de la même manière à la Création. D'autres ont une réaction plus radicale comme Charles Darwin. Sa théorie de l'évolution jette un pavé dans la mare des autorités religieuses comme scientifiques. A cette époque il est encore très croyant. Il se met à travailler sur l'évolution humaine et exclut peu à peu le spiritualisme de sa vie. Il se déclare agnostique en 1876. Ses ouvrages sont condamnés par l'Eglise qui les accuse d'être "contraires à l'écriture sainte et à la foi". Il faut attendre 1996, pour que le Pape Jean-Paul II reconnaisse que les théories de l'évolution sont peut-être "plus qu'une hypothèse".
Les découvertes du XIXe siècle encouragent le matérialisme, c'est-à-dire la croyance en ce qui peut être prouvé par des éléments matériels et concrets. La religion ne parvient plus à utiliser la science car les résultats fournis contredisent constamment les textes saints. Le fossé commence à se creuser sérieusement, la science se sépare de la religion et la religion condamne la science : les bases du débat actuel.
La liberté de choisir
Certains diront que le vrai problème est que la science s'est considérablement développée et que l'Eglise est restée la même. Oui et non. Il est évident que l'Eglise, et les religions du livre en général, ne contredisent pas leurs écritures saintes. Elles ne remettent pas non plus en cause les théories qui les fondent et qui les font "vivre". Par ailleurs, s'il est clair qu'elles n'encouragent pas toutes les théories scientifiques, elles ne se sont pas désolidarisées de la science pour autant. Par exemple, le Vatican a mis en place une institution scientifique propre en 1936 : L'Académie pontificale des Sciences. Elle est constituée d'environ quatre-vingt membres, de nationalité et de confessions diverses et organise des colloques, séminaires, finance des projets de recherche sur des thèmes très variés, passant de l'astrophysique à l'épidémiologie.
Si on peut lui reprocher une reconnaissance très tardive des travaux de Galilée (1992) et ceux des évolutionnistes (1996), on sait aussi qu'aujourd'hui, elle ne dispose plus d'aucun pouvoir de censure. De plus, l'Eglise a reconnu une partie de ses torts dans un "acte de repentance pour les erreurs commises dans l'Histoire" en l'an 2000. Pour le cardinal Raymond Poupard, il est nécessaire de bien faire la part des choses entre science et religion. Il est absurde de considérer que ces deux mondes sont très éloignés car ils partagent un sens commun : l'Homme. Ainsi, science et religion deviennent des parallèles convergentes dans la quête de vérité.
Finalement, à notre époque, le rapport science et religion relève, dans la majorité des cas, de choix personnels et non plus d'une contrainte tant la démarche religieuse est vague et diversifiée.
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