Yves Rossy (Pilote de ligne) L'incroyable aventure d'Yves Rossy

35 kilomètres et 13 minutes plus tard, le Suisse Yves Rossy réalise l'exploit de traverser la Manche avec une aile à réacteurs, le 26 septembre dernier. Rencontre avec cet amoureux des sensations fortes.

Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez atterri dans ce champ anglais après 13 minutes de vol ?

Yves Rossy : J'étais vraiment heureux. J'ai pu partager ce grand moment avec mes proches et aussi avec 600 millions de téléspectateurs qui ont assisté en direct à ma traversée de la Manche.

Cette réussite a permis de prouver la fiabilité de cette nouvelle technologie. Il y avait beaucoup de doutes autour de cet exploit. Avec ce succès, je vais pouvoir explorer le potentiel de mon aile.

 

rossy1
Yves Rossy laisse éclater sa joie après son succès. © Stéphanie THORNET

Comment vous est venu l'idée de faire cette aile à réacteurs ? Comment l'avez-vous confectionnée ?

Depuis 19 ans, je fais de la chute libre, du parapente... Je suis aussi ancien pilote de chasse et actuellement pilote de ligne. L'idée de cette aile à réacteurs m'est venue lorsque je faisais du sky surf avec des ailes aux pieds. Ce n'était pas très sécurisant et surtout totalement illogique d'être debout sur des ailes. J'ai donc conçu un harnais me permettant en cas de problème de larguer le matériel et de descendre en parachute.

Fin des années 40, beaucoup d'hommes qui s'y sont essayés sont morts car ils n'avaient aucun moyen de se débarrasser de leur matériel. De plus, ils volaient excessivement bas, à 1 500 mètres d'altitude. Moi, à ce niveau là, j'ouvre mon parachute.

Sur ce harnais, j'ai donc disposé des ailes gonflables en kevlar. Lorsque j'y ai placé des réacteurs en dessous, les ailes devenaient toutes molles. J'y ai donc remédié en élaborant une aile pliable plus rigide, faite en carbone. Elle supporte bien mieux les quatre petits réacteurs qui me permettent de monter à ma guise. Cette idée a germé dans ma tête il y a quinze ans et il m'en a fallu dix pour la réaliser, mais ce n'est qu'un début.

 

Comment procédez-vous lors de votre saut ?

Un avion m'emmène à 2 300 mètres d'altitude. Sur le marchepied de l'appareil, je mets en marche mes réacteurs, qui sont alimentés en kérosène. Une fois assuré qu'ils fonctionnent bien, je me jette en chute libre de l'avion et je tire sur une petite poignée pour ouvrir mon aile pliable. Je me laisse tomber puis je pousse les gaz pour remonter. Lors de ma traversée de la Manche, j'ai volé à une altitude moyenne de 1 600, 1 700 mètres mais parfois je montais plus haut ou descendais plus bas. J'ai ouvert mon parachute à 800 mètres d'altitude.

Avec les réacteurs, on ne se sent pas tomber mais en fait on continue à chuter. On se sent complètement libre.

 

rossy2
Le harnais permet à Yves Rossy de tout larguer en vol au moindre problème. © Babylon-Freefly

Quelles améliorations faut-il apporter à votre technologie ?

Il faut incontestablement améliorer l'aérodynamisme en faisant une construction beaucoup plus légère. Je vais également remplacer les quatre réacteurs par deux gros plus gros et plus puissants. Ils sont en cours de réalisation.

La taille de l'aile va être également réduite, ce qui confèrera une plus grande légèreté de l'ensemble. J'aimerais qu'elle serve de stock à carburant, ce qui me permettrait de voler plus longtemps.

Quant à la technique d'atterrissage, je ne changerai rien car je préfère voler comme ça en parachute. Si je voulais me poser comme un avion, il me faudrait une piste et c'est beaucoup plus dangereux pour moi. Que je sois tributaire du vent ne me dérange pas du tout, je préfère voler quand il n'y en a pas.

 

Quels sont vos projets à venir ?

Mon objectif est de développer mon aile à réacteurs pour pouvoir faire de la voltige. Je souhaiterais partir d'une falaise, tomber en chute libre, puis déclencher mes puissants réacteurs pour remonter à haute altitude, pour me rapprocher du Soleil. J'exécuterais mes figures et terminerais mon vol en parachute.

Et puis, je participe actuellement à un travail avec des scientifiques du RUAG. Ils n'ont absolument aucune donnée scientifique sur ma technologie, donc je travaille en collaboration avec eux pour leurs recherches. Ce qui est étonnant, c'est qu'ils ne comprennent pas comment j'ai réussi à tenir en vol avec mon aile à réacteurs car lorsqu'on a fait une simulation dans une soufflerie, tout montrait que le vol était impossible. Je devrais décrocher. C'est une expérience très intéressante et très enrichissante de participer à ces recherches.

Suisse