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INTERVIEW
 
Janvier 2008

"Ce supercalculateur va permettre de pousser les frontières de la science "

Le CNRS se dote d'un tout nouveau supercalculateur capable d'effectuer des calculs à une vitesse de 207 téraflops soit 207mille milliards de calculs à la seconde. Victor Alessandrini, directeur de L'IDRIS, Institut du développement et des ressources en informatique scientifique, nous parle de cette nouvelle acquisition et de son utilisation future.
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Victor Alessandrini
 
 
victor alessandrini
 

Pourquoi avoir choisi IBM comme constructeur plutôt qu'une autre entreprise ?
Victor Alessandrini.
La raison est double. Le CNRS englobe des pôles scientifiques extrêmement variés qui ont des besoins très différents. Pour répondre à leur demande ainsi qu'à celle de nos clients, il faut nous doter d'un matériel d'une grande adaptabilité. Seul IBM est à même d'élaborer une technologie de pointe aussi diversifiée. De plus, notre supercalculateur actuel, Power 4, est d'IBM, il faut donc assurer une certaine continuité.
Autre raison de taille. Ce matériel génère énormément de chaleur. Il faut pouvoir le refroidir pour éviter des problèmes et surtout qu l'on puisse stocker la machine dans nos locaux à Orsay, s'en avoir à construire un autre bâtiment exprès pour l'accueillir. Le supercalculateur d'IBM est doté d'une partie technologique qui ne produit aucune chaleur, elle est couplée à un système de refroidissement que seul IBM a mis au point.

Combien coûte cette nouvelle acquisition ?
Le montant s'élève à 25 millions d'euros. Sur les 9 mois à venir nous allons verser une première partie du paiement. Au fur et à mesure que nous allons réceptionner les différentes parties de la machine, les tester et effectuer la maintenance, nous allons verser le reste. Au total, il faut compter 4 ans pour le payer.

Est-ce le Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche qui finance ce supercalculateur ?
Pas du tout. Le CNRS va entièrement financer cette nouvelle acquisition, sans que l'Etat n'ait à verser un centime. L'argent que perçoit le CNRS par les brevets va permettre de le payer. Bien évidemment, la machine ne servira pas uniquement au CNRS, elle s'intègre dans le programme national de la recherche. Ce matériel sera accessible au CEA, aux universitaires, à toutes les recherches publiques.

Les laboratoires européens, voire internationaux, de recherche publique pourront-ils utiliser ce supercalculateur pour leurs travaux ?
L'IDRIS que je dirige fait partie d'un réseau européen de supercalculateurs appelé DEISA. Nous possédons un pôle de ressources commun pour échanger tous nos résultats. De ce fait, il est évident que les laboratoires publics européens pourront avoir accès à ce supercalculateur si leurs recherches le nécessitent et ce gratuitement. Mais, leur projet de recherche sera au préalable évalué par un comité d'experts désigné, propre au domaine scientifique du projet.

 
Calculateur de type vectoriel. La NEC SX 8 est un des calculateurs installés actuellement à l'IDRIS. Il cohabitera à partir de juillet 2008 avec le nouveau supercalculateur que le CNRS mettra à la disposition des chercheurs Photo © CNRS Photothèque/IDRIS-GOLDMANN Thierry
 

Quand sera-t-il mis à disposition des scientifiques utilisateurs ?
Nous commençons seulement à réceptionner la première machine de 140 téraflops. Elle sera disponible logiquement début février. Il nous faut régler d'abord quelques problèmes d'infrastructures comme l'alimentation en électricité.
Sinon, la deuxième machine de 70 téraflops devrait arriver vers juin juillet. Elle remplacera notre machine actuelle, la Power 4 " Zaihr ". Il faut plus de temps pour l'installer d'un point de vue électrique, refroidissement, etc.

A qui va bénéficier ce nouveau matériel ?
Bon nombres de disciplines scientifiques ont besoin de lancer des simulations avec ce matériel. Si nous nous dotons de cette technologie extrêmement pointue, c'est parce que de nombreux scientifiques sont bloqués dans leurs recherches. Grâce à ce supercalculateur, nous allons pourvoir repousser les frontières de la science
Le domaine scientifique qui a besoin de cet outil en priorité est tout ce qui touche le climat, l'environnement. Les chercheurs vont pouvoir prévoir l'évolution climatique et, par exemple, déterminer les impacts du réchauffement sur notre écosystème. Mais d'autres secteurs scientifiques requièrent ce supercalculateur comme le pôle de recherche sur la mécanique des fluides. Les chercheurs vont étudier les propriétés du Soleil, des planètes… La cosmologie a aussi besoin du supercalculateur pour lancer des simulations pour comprendre la formation de l'Univers, des étoiles, etc.
Nous avons déjà près de 400 projets scientifiques nécessitant ce nouveau matériel.

Que va faire l'IDRIS avec ce supercalculateur ?
Notre équipe va se scinder en deux parties. L'une va s'occuper de l'appellation de la machine, à savoir que les ingénieurs vont travailler à l'optimisation du fonctionnement du système. Ils vont régler les paramètres pour répondre à la demande des utilisateurs. C'est un travail à plein temps
L'autre partie, composée d'experts, sera chargée d'aider les scientifiques à faire leurs applications correctement.

Comment fonctionne cette technologie?
Le supercalculateur est composé de deux machines qui remplissent chacune une fonction bien particulière. Le système Blue Gene/P d'une puissance de 140 téraflops est capable d'étaler un problème sur des milliers voire des dizaines de milliers de processeurs. Bien sûr, ceux-ci communiquent entre eux grâce un système de réseau que seul IBM est apte à mettre au point. C'est ce qu'on appelle le parallélisme massif.

"Par cette puissance de calcul, la France se trouve au 3e rang mondial de calcul intensif derrière les Etats-Unis et l'Allemagne"

La deuxième machine IBM Power 6 d'une puissance de 70 téraflops est la continuité de notre calculateur actuel Power 4. Elle possède un réseau d'interconnections moins bon car il ne comprend qu'une centaine de processeurs mais ils sont beaucoup plus performants que ceux de l'autre machine.
Il y a une complémentarité entre elles deux permettant ainsi d'offrir à nos clients des simulations quantitatives mais surtout qualitatives. La puissance de ce supercalculateur est 35 fois supérieure à celle de notre matériel actuel. Les chercheurs vont gagner du temps dans l'exécution de leurs calculs et obtenir des résultats très poussés.

Est-il possible de rendre ces calculateurs encore plus performants ?
Bien sûr. Notre objectif est de développer au maximum la vitesse de calculs en atteignant le pétaflop (correspond à un million de milliards de calculs par seconde). En ce moment deux entreprises américaines IBM et Cray sont capables de mettre au point ces machines. En plus, le gouvernement américain les supporte beaucoup.
Je pense que dans deux ans, le CNRS et le CEA pourront acheter ce genre de matériel encore plus puissant et pointu. C'est ainsi, nous consolidons d'un côté et développons de l'autre.



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