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Avril 2007
"Ce que j'ai voulu faire dans mon livre : reprendre l'histoire jour après jour"
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Journaliste à Libération, Annette Lévy-Willard quitte ses vacances en famille pour couvrir la guerre du Liban II. Présente en Israël dès le début des événements, elle revient dans son nouveau roman sur le déroulement du conflit. A l'occasion de la sortie de "Trente-trois jours en été", l'auteure a répondu à vos questions en direct le 9 mars. |
Où étiez-vous quand le conflit a éclaté ?
J'étais au festival de cinéma de Jérusalem, en vacances. Un très bon festival où on rencontre des cinéastes israéliens, palestiniens et du monde entier. Cette guerre a surpris tout le monde, y compris moi et mon journal (Libération).
Comment vous sentez-vous au moment où vous comprenez que tout va éclater ?
On était un peu incrédule. Un commando du Hezbollah était entré en Israël pour attaquer une patrouille, avait tué des soldats et enlevé deux jeunes qui faisaient leur service militaire. On se doutait que le gouvernement israélien allait riposter mais on ne s'attendait pas à ce qu'il déclenche une telle guerre. Le Hezbollah, non plus, ne s'y attendait pas. En une heure, le gouvernement a décidé d'y aller, faisant confiance au plan des militaires "tout prêt", disaient-ils. Je rappelle que, pour la première fois, les Israéliens avaient élu un gouvernement de civils : tous des anciens avocats, des journalistes, etc… Ils ne savaient pas lire une carte d'état major.
Pensez-vous vraiment que cette guerre soit une guerre surprise ?
Oui. Nasrallah, le chef du Hezbollah, avait dit au mois de juin : "l'été sera calme, les touristes pourront venir tranquillement au Liban". Du côté israélien, rien n'était prêt, comme la suite va le montrer.
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| "La presse est vraiment un contre pouvoir en Israël" |
Comment la guerre était-elle traitée par les médias locaux ?
La presse israélienne est très bonne. Au début, comme toute la population et comme la plupart des pays dans le monde, elle soutenait "une riposte légitime" à l'attaque du Hezbollah. Et puis au fur et à mesure, les journalistes ont montré que leur pays s'enfonçait dans le bourbier libanais. La presse est vraiment un contre pouvoir en Israël.
Quel est l'épisode qui vous a le plus marqué durant cette guerre ?
Quand j'ai interviewé les jeunes soldats qui sortaient du Liban où ils étaient tombés en embuscade. Ils ont marché jusqu'à leur frontière en portant leurs camarades morts dans un sac en plastique sur leur dos.
Comment traite-t-on d'un conflit aussi polémique sans en prendre parti ?
C'est exactement ce que j'ai voulu faire dans mon livre : reprendre l'histoire jour après jour, avec tout ce qu'on sait maintenant et qu'on ne savait pas quand on était sur le terrain, sur le front.
Comment les Libanais ont-ils vécu ce nouveau conflit ?
C'était terrible et en plus, inutile. Au lieu de neutraliser le Hezbollah, qui occupe le Sud-Liban avec ses milices armées, cela l'a renforcé et a encore affaibli le gouvernement libanais.
Que pensez-vous de Moshe Katzav que vous comparez dans votre livre à Queen Elizabeth ?
Je le compare à Clinton plutôt. Sauf que dans le cas de Clinton, Monica était consentante. Katzav, président d'Israël, lui, utilisait sa position pour agresser les filles qui travaillaient avec lui.
Je raconte qu'en pleine guerre, le ministre de la justice saute sur une jeune fille qui fait son service militaire au ministère. Il vient d'être condamné. De plus, le chef d'état major vend ses actions de peur que la guerre ne fasse chuter la bourse de Tel Aviv. Cela fait désordre !
Comment jugez-vous l'action de la FINUL au Liban ?
C'est terrible ! Toute cette opération a été menée pour libérer les deux soldats - et ils sont toujours kidnappé et ils ne sont peut-être plus en vie. Pour en finir avec le danger du Hezbollah armé à la frontière, il est toujours là….
Une guerre qui a fait plus de 1 000 morts au Liban (dont 600 miliciens du Hezbollah) et 158 du côté israélien. Pour rien.
Qu'est-ce que le journalisme "gonzo-américain" ?
"Gonzo": c'est du journalisme où on peut dire "Je". Moi, je raconte à la première personne, comme si vous étiez avec moi dans mes godasses.
Comment vous êtes-vous retrouvée au Liban ? Etait-ce un choix personnel ou bien pour une mission ?
Quand tout ça a commencé, je ne pouvais plus rester à bronzer au bord de la piscine. Alors j'ai appelé mon journal et j'ai dit: "j'y vais" ! Ils m'ont dit: "ok mais tu as un casque et un gilet pare-balles". J'ai dit : "non". Et j'y suis allée avec une copine journaliste aussi.
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| "J'étais à Haïfa quand un missile israélien (...) est tombé à côté de moi" |
Avez-vous eu peur pour votre vie ou avez-vous réussi à garder un œil distant sur le conflit ?
On n'a pas peur parce qu'il ne se passe rien…jusqu'à ce qu'il se passe quelque chose. J'étais à Haïfa quand un missile israélien plein de billes de métal est tombé à côté de moi, et là on a peur.
Est-ce un atout ou un inconvénient d'être une femme dans ce type de conflit ?
Un atout. Les militaires veulent frimer alors ils vous emmènent sur le front, ils vous montrent ce qui se passe, ils vous racontent. Mais c'est aussi un problème justement, s'ils en rajoutent pour frimer.
Comment s'est passée votre arrivée au Liban ?
Je ne suis pas arrivée au Liban : on était d'un côté ou de l'autre de la frontière, personne ne passait. Moi, j'étais du côté israélien et un autre journaliste du côté libanais. Et on a écrit le même jour ce qu'on voyait.
D'ailleurs avec ce type de guerre, on ne voit pas grand chose, beaucoup de bruit, des avions et nous, au sol, on ne sait pas vraiment ce qui se passe. C'est aussi pour cela que j'ai écrit ce livre. Après, j'ai appris ce qui s'était passé, la nuit dans les batailles ou à la réunion du gouvernement israélien. Par exemple, quand l'armée a envoyé une unité sans rien à bouffer et ils ont fini par manger des vieilles pommes de terre dans les frigos du Hezbollah.
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| "J'aime être toute seule et prendre mes décisions" |
Vous vous déplaciez comment pendant les conflits ? Voiture blindée, garde du corps ?
Comme
garde du corps : ma copine de la radio qui n'avait jamais été à la guerre. Certains journalistes partent avec un "fiwer", chauffeur, traducteur, garde du corps. Moi, j'aime être toute seule et prendre mes décisions sans devoir discuter avec le mec. J'ai déjà couvert la première guerre du Liban en 82, je connais un peu.
Comment la presse était-elle traitée pendant le conflit ?
Une guerre médiatique. Côté israélien, on emmène la presse sur le front mais on interdit de filmer les morts (contraire à la religion). Côté Hezbollah : interdiction de photographier ou de filmer les combattants. C'est une armée invisible, secrète. Alors, on ne voyait que l'armée israélienne et les victimes libanaises sous les bombardements.
Dans votre livre, vous racontez que vous avez rencontré Shimon Peres. Que pensez-vous de lui ? Pourquoi n'est-il pas aimé dans son pays ?
Quand je l'ai interviewé, il était archi pour la guerre: "on va aller jusqu'au bout", etc… Puis, j'ai appris qu'à cette fameuse réunion du gouvernement pour décider la guerre, il avait été le seul à poser la bonne question : "bon on fait des frappes aériennes, et après ?".
Comment s'est passé vos rapports avec le journal pendant la guerre ? Vous communiquiez souvent ?
C'est un quotidien, on se parle tout le temps. Ca s'est bien passé sauf que je me disais : "je vais me prendre un missile sur la tête pour 1,5 feuillet, est-ce que cela vaut vraiment la peine ?".
Vous qui avez été sur place, que pensez vous du traitement de l'information en France, en ce qui concerne le conflit israélien-palestinien (ou libanais, ou…) de manière générale, par rapport aux angles choisis ou au parti pris ?
Pour Libération, je dois dire qu'on a été très équilibré, avec des reportages des deux côtés. D'ailleurs notre super couverture n'a pas fait vendre plus de journaux… Mais la bataille médiatique a été gagnée par le Hezbollah. Comme je le disais, il était invisible et on a oublié qu'il avait déclenché toute cette guerre. J'ai fait ce livre aussi parce que, quand je suis rentrée en France, j'ai trouvé que tout le monde s'engueulait, avec violence, sans avoir vraiment compris ce qui s'était passé. Et surtout, pourquoi cette guerre était une répétition de ce qui allait recommencer bientôt.
Vous aimez les sujets brûlants ! D'où vous vient cette passion et qu'est-ce qui vous motive à couvrir des événements aussi durs ou polémiques ?
L'adrénaline ! Plus sérieusement, je ne cherche pas des événements durs mais intéressants. J'ai couvert le retrait des colons israéliens de Gaza, c'était vraiment intéressant. Mais aussi les élections américaines.
Pourquoi écrire un livre alors que vous avez publié tant d'articles sur ce même sujet ?
Je n'ai repris aucun de mes articles. J'ai fait un travail …d'écrivain. J'aurais aimé être Hemingway racontant la guerre d'Espagne mais je n'en suis pas capable. Alors, ce n'est pas un roman mais j'ai essayé de raconter l'histoire comme un thriller, avec du suspense et même de l'humour.
Cela n'a pas été trop dur de revenir sur ces événements pour votre livre ?
Un peu dur, mais c'est beaucoup plus satisfaisant que les articles où vous ne pouvez pas dire ce que vous pensez. Encore une fois, c'est écrit à la première personne, ce qui est interdit dans le journalisme.
Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire votre livre ?
Trois mois.
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| "Les critiques sont bien meilleures que je ne le prévoyais" |
Comment a été accueilli votre livre par le grand public ?
Je ne sais pas si le public est grand… Mais les critiques sont bien meilleures que je ne le prévoyais. Un papier génial dans Le Monde qui dit qu'on peut parler de choses graves sur un ton léger. C'est exactement ce que je voulais faire. D'autres très bonnes critiques et une dans Match la semaine prochaine.
Avez-vous eu du mal à vous faire éditer?
Non. J'ai la chance d'avoir eu du succès avec les autres livres : "Chroniques de Los Angeles" sur ma vie à Hollywood (bien différent de la guerre) et le dernier où j'explique comment Bush a été réélu grâce au sexe, en agitant la peur du mariage gay etc…, pour faire oublier la guerre en Irak (cf. "Chroniques de la guerre du sexe en Amérique"). Tous ces livres sont au Livre de Poche. C'était ma minute d'auto-pub.
Avez-vous reçu des lettres d'insulte ou des menaces suite à la publication de votre livre ?
J'ai reçu des insultes après les articles. Pour l'instant sur le livre, c'est étonnamment positif.
Comment passe-t-on de la guerre du sexe à la guerre du Liban ?
Il y en a une qui fait plus de victimes que l'autre. Je n'avais pas prévu de couvrir une vraie guerre. Ni de faire un livre dessus. C'est en rentrant que j'ai trouvé que l'info ne suffisait pas, malgré les tonnes d'articles publiés pendant l'été
Lorsque le conflit a éclaté, vous étiez en vacances. Qu'avez-vous fait de vos enfants et de votre mari ? Sont-ils restés à Jérusalem ?
J'ai laissé la famille au bord de la piscine. Mais une fois, j'ai emmené ma fille sur le front pour interviewer les soldats et voir ce qui se passait. Elle a filmé pour un documentaire. Elle a 22 ans, ce n'est pas un nourrisson.
Comment vos proches ont-ils géré le conflit, sachant que vous étiez là-bas ?
Enervés. C'est pour cela que j'aime mieux partir toute seule.
Votre métier prend-il le pas sur votre vie privée ?
Au lendemain du 8 mars, je peux vous dire qu'on peut bosser et avoir des enfants. Et je trouve bien que les gosses, et surtout les filles, voient que leur mère fait des choses intéressantes.
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| "Il faudra que les Israéliens et les Palestiniens s'entendent" |
Que retenez-vous de cette expérience ?
Que les choses sont compliquées, que l'Iran pousse à la guerre, qu'il faudra que les Israéliens et les Palestiniens s'entendent pour vivre ensemble, de toute façon.
Votre fille va-t-elle suivre les traces de sa mère ? Ou se dirige-t-elle vers un métier plus tranquille ?
Elle a été acceptée à l'école de journalisme de Sciences Po mais a refusé d'y aller pour ne pas faire comme sa mère. Comme quoi...
Quels sont vos projets en cours ?
Je me demande ce que je vais bien pouvoir faire.
Etes-vous allée au Liban depuis la guerre ?
Non, mais je pense y aller bientôt. Je devais aller à Beyrouth avant cette guerre. Je voudrais ajouter avant qu'on se quitte qu'il y a un avant et un après cette guerre. Israël a compris que l'armée la plus forte ne peut vaincre ce type de guerre "asymétrique" que la force ne suffira pas à maintenir la paix. Donc, il va falloir réfléchir....
Comment voyez-vous l'avenir dans le Proche-Orient ?
Pas calme.
Est-ce sympa de travailler à Libération ?
Bien sûr (mon nouveau conseil d'administration va être content). C'est un très bon journal !
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