L'Internaute > Week−end
> Livres > DOA
 CHAT 
Janvier 2006

DOA : "Créer des mondes et des vies, que peut-on demander de mieux ?"

Auteur de deux romans aux éditions du Fleuve Noir, "Les fous d'Avril" et "La ligne de sang", DOA se démarque. Il a consenti à se dévoiler en chat, et à révéler aux lecteurs ses influences et ses projets.
Envoyer à un ami | Imprimer cet article
DOA
Lire la présentation

Est-ce que vous avez toujours voulu devenir écrivain ?
DOA : Toujours, non. J'ai commencé à y penser pendant mes études, je m'ennuyais et je lisais beaucoup.

Voulez-vous briser les frontières des genres littéraires ?
Briser les frontières, c'est un objectif ambitieux. Je veux écrire des histoires qui me plaisent, si elles accomplissent cet exploit, tant mieux.

De quel milieu littéraire vous considérez-vous ?
Le roman noir. La fiction.

"Le titre des Fous d'avril vient d'une erreur de traduction d'American Psycho."

Le fait d'obtenir des prix, ça change quelque chose pour votre carrière ? N'avez-vous pas peur de recevoir l'étiquette "grand public" ?
Si je deviens "grand public" cela veut dire que beaucoup de gens me lisent. C'est assez plaisant comme idée, non ? Quant aux prix, je ne pense pas pouvoir recevoir l'un de ces fameux prix littéraires grand public.

Comment choisissez-vous les titres de vos livres ?
Bonne question. Anecdote, le titre des "Fous d'avril" vient d'une erreur de traduction d' "American Psycho", le livre de Bret Easton Ellis. Dans sa première version, le titre du premier chapitre, "April's fools" (poisson d'avril) avait été traduit littéralement. Comme mon groupe de superhumains (les personnages du roman) naissait en avril, j'ai décidé de le garder. "La ligne de sang" vient d'une parole prononcée par l'un des deux héros. Elle m'a été suggérée par un ami.

Que pensez-vous du succès de Bret Easton Ellis ?
Il est mérité. Bien que je ne sois pas fan de ses deux derniers romans, "Glamorama" et "Lunar Park".

Quelles sont vos références culturelles, musicales ou littéraires ?
Trop nombreuses pour être toutes mentionnées ici. Cinéma : Blade Runner et Lawrence d'Arabie, BD : Frank Miller et Shirow Masamune, littérature : Bret Easton Ellis jusqu'à "American Psycho", Ellroy. Et côté musique, David Bowie et Front 242 en passant par Prince.

Blade Runner, qu'avez-vous pensé du jeu PC ?
Bien réalisé d'un point de vue technique. Pas vraiment amusant car trop proche de l'histoire originale du film. Et pas du roman, justement. C'est un peu vieux comme jeu non?

"Aujourd'hui on m'interroge plus sur des projets de cinéma."

Que pensez-vous de Dune (moi je pense que c'est l'équivalent de la Recherche de Proust version SF !) ?
J'ai mis très longtemps à lire ce livre et j'en avais tellement entendu du bien que j'ai été un peu déçu, en fin de compte. Mais cela reste un très beau travail littéraire. Je préfère "Les sept piliers de la sagesse", dans le genre délire désertique.

La BD est-elle pour vous un genre littéraire ?
Non. La BD est la BD, un genre à part entière.

Aimeriez-vous mettre vos livres en images ? Et si oui, avec qui ?
Au tout début de sa conception, "Les fous d'avril" était un projet de BD, avec David Sala, l'illustrateur de la couverture. Aujourd'hui, on m'interroge plus sur des projets de cinéma, surtout pour "La Ligne de sang".

Envisagez-vous d'adapter vos romans au cinéma ?
J'aimerais bien. Pour des raisons différentes. Mais trois problèmes se posent : un, ces adaptations seraient chères. Un gros défaut quand, deux, on veut faire de la SF ou, trois, on s'attaque au difficile sujet de la pédophilie. Donc pour le moment, j'ai des gens qui me parlent mais avant qu'ils signent un chèque...

Vous avez osé aborder le sujet de la pédophilie, quelle précaution avez-vous prise pour l'aborder ?
Précaution ? Ouhhh. Pas de précaution particulière si ce n'est de ne pas en faire l'apologie ou devenir complaisant avec cette forme particulière de violence, en en rajoutant ou en devenant un "justicier" dénonciateur. Et puis, pour le moment, c'est resté relativement superficiel, même si je vais encore creuser le sujet, dans les prochaines aventures de Marc Launay et Priscille Mer.

De quoi parlera votre prochain livre ?
De terrorisme islamique et de services secrets. Rien à voir avec les deux premiers.

"Mon prochain livre parle de terrorisme et de services secrets."

Qu'est ce qui vous fait écrire ?
Le plaisir. C'est très agréable l'écriture. Créer des mondes et des vies, que peut-on demander de mieux ? Et en plus, il n'y a personne pour vous dire comment faire...

Construisez-vous la structure de l'histoire avant de vous lancer dans l'écriture ?
En quelque sorte. Je travaille en trois grandes étapes. D'un sujet donné, je commence une longue période de documentation, qui m'amène à me poser des tas de questions et à envisager des pistes. C'est là que ma structure prend forme. Je la valide ensuite en rédigeant un traitement, une sorte de super-résumé de mon roman, qui explique tout ce qui va s'y passer de A à Z. Ensuite seulement je rédige. Ce que je viens de commencer à faire pour mon troisième roman. A titre d'information, par exemple, je peux vous dire que le traitement de ce troisième livre compte, espaces compris, 890 000 signes. Par comparaison, la version finale de "La ligne de sang", faisait 960 000 signes. Alors vous voyez, ce traitement est assez complet et imposant.

Comment vous documentez-vous ?
En allant lire des choses sur les sujets que j'aborde, tout d'abord. Dans les livres et beaucoup sur le Net, qui est une vraie mine. Et je rencontre également des spécialistes, c'est une des facettes les plus agréables de mon travail, ces rencontres.

Subissez-vous des censures par vos éditeurs ?
Non. Mais ils émettent des avis. Pas de censure. A tel point que pour la Ligne, ils m'ont fait rajouter deux pages. Au départ, il n'y avait pas d'épilogue. Mais ils ont jugé la fin d'alors trop abrupte, trop noire. Si on se censure en littérature, alors les carottes sont cuites, non ?

Vos héros ont souvent des séquelles psychologiques ; construiriez-vous un nouveau type de héros ?
Mes héros ont des histoires personnelles. Souvent lourdes, c'est le genre qui veut ça. Qui voudrait d'un héros lisse, à l'américaine, tout gentil et tout propre ? Seulement, je n'ai pas l'impression d'être le seul à faire ça, si ?

Que pensez-vous de Dantec ?
Rien de particulier sur le bonhomme. Il n'est pas plus fou ou délirant que d'autres, plus en cours. J'ai bien aimé ses deux premiers romans, "La sirène rouge" et "Les racines du Mal". Après, il m'a moins intéressé. Je n'ai pas lu ses journaux. Mais il a du talent, quand il évite la philosophie. Le tout début de "Cosmos Incorporated" est assez génial, d'un point de vue littéraire, ce scanner rétinien, le rouge, le blanc... Après, j'ai décroché, dommage.

"Qui voudrait d'un héros lisse, à l'américaine, tout gentil et tout propre ?"

Où pensez-vous que se situe la limite entre SF et anticipation ?
Je n'en sais strictement rien. J'imagine que l'anticipation pourrait être considérée comme un sous-ensemble de la SF, genre polymorphe.

Demain vous allez au Festival du Polar à Saint Quentin en Yvelines : pour y parler de quoi ?
Je dois intervenir sur le Thriller, en compagnie de Marie-Caroline Aubert et Franck Thilliez. Après, je signe, si tout va bien et si je n'ai pas raconté trop de bêtises.

Pourquoi avoir créé un blog ?
Parce que ma parole est sagesse... Evidemment... Non, plus sérieusement, pour faire partager, peu à peu, un peu de mon quotidien. Pour m'astreindre à écrire régulièrement aussi, dans plein de styles différents. Pour parler de mon boulot et montrer certaines chose qu'on ne voit pas, comme le making-of de " La ligne de sang ", par exemple, où il y a des photos de mes reconnaissances à Lyon et dans la Chartreuse.

Que représente la photo sur l'accueil de votre blog ? C'est un requin des dents de la mer ?
Oui, c'est la même race. C'est une femelle grand blanc de 5,50m que j'ai photographiée en Afrique du Sud en 2003...

Vous vous intéressez à des sujet brûlants dans l'actualité comme islamisme ou pédophilie. Quelle approche avez vous des médias, aimeriez vous les utiliser pour faire passer vos opinions politiques, sociales et culturelles ?
Je ne suis pas sûr de ce que sont mes opinions dans ces domaines. Je me pose beaucoup de questions. Je crois que mes livres reflètent ces questions. Les médias, à mon sens, ne posent plus beaucoup de questions, au mieux, ils assènent des opinions souvent mal réfléchies ou toutes faites. Au pire, ils surfent sur la tendance. Outreau est un bel exemple de délire médiatique et de suivisme de la presse.

Vous annoncez un livre sur le terrorisme, comment trouvez-vous des informations inédites sur ce sujet ?
Je réfléchis. J'imagine. Je me renseigne. Et surtout, je n'écris pas un livre document, mais un roman. Alors... Pas difficile d'être inédit, lorsqu'on invente...

"DOA, cela veut dire Dead On Arrival."

Pourquoi le pseudo DOA ?
Parce que mon vrai nom n'intéresse que moi. Et puis cela veut dire Dead On Arrival, c'est un terme de médecine légale US, ça colle avec mon genre littéraire.

Lorsque l'on vous lit sur votre blog on a l'impression que vous écrivez dans la souffrance vos livres. Est-ce le cas ?
La souffrance, c'est un bien grand mot. Mais évidemment, lorsque l'on crée des existences lourdes, dans la mesure où tout le travail est intérieur, on finit par se laisser marquer un peu.

La coupe de cheveux, la veste en Jean, vous cultivez le style Stephen King ? Et pourquoi un tel sujet ? Vos livres ne sont pas particulièrement enthousiastes ou optimistes. Etes vous trituré dans la vie de tous les jours ?
Quoi, il n'y a que Stephen King et moi qui avons des cheveux longs avec une veste en jeans? Quant à la trituration. Non, ça va. Mais il est vrai que ma lecture quotidienne de la presse ne me fait pas forcément voir les choses avec optimisme.

Le terrorisme islamiste, n'est-ce pas un peu déjà vu ?
On en a beaucoup parlé, oui. Mais combien de romans français ont-ils été écrits sur le sujet... Et puis, en allant par là, toutes les histoires ont été beaucoup déjà vues. A commencer par les histoires d'amour. Alors quoi, on ne peut plus en faire?

N'avez vous pas peur de rentrer dans le domaine de la politique en abordant le thème du terrorisme ?
Non, je n'en ai pas peur et en plus, je vais vous avouer un secret, je mets les deux pieds dedans, dans mon livre, puisqu'il se passe principalement entre le 11 septembre 2001 et le 21 avril 2002, en France.

Pour aborder le thème du terrorisme, il vous faut bien une opinion ?
Une opinion de quel ordre ? "Il faut tous les tuer" ou..."Ils ont tous des excuses" ? Non, je peux très bien me contenter d'exposer des parcours et puis, après, de laisser au lecteur le choix de déterminer celui qui lui semble le plus juste.

Comment vous documentez-vous sur les milieux dont parlent vos romans, comme la police ?
En allant voir des policiers. Par exemple, pour "La Ligne de sang", j'ai écrit au Laboratoire Central de la police technique et scientifique, à Ecully, près de Lyon, en leur disant qui j'étais, ce que je faisais et ce que je souhaitais. Ils m'ont répondu assez vite et m'ont accueilli chez eux pour répondre à mes questions. Ils ont même relu le premier manuscrit, non pas pour le censurer, mais pour vérifier que je n'avais pas écrit de bêtises sur leur domaine d'expertise. Les gens aiment parler de leur métier, cela rend les contacts faciles.

"Mon livre se passe principalement entre le 11 septembre 2001 et le 21 avril 2002."

Et vous n'auriez pas envie d'écrire des poèmes ?
Encore faudrait-il que j'ai le talent pour... Ce qui est loin d'être garanti. Un jour peut-être, si j'ai une fulgurance.

Qu'est-ce qui fait de vous un vrai écrivain ?
Qu'est-ce qu'un vrai écrivain ? Répondez-moi, je suis curieux.

-Un écrivain qui ne se moque pas de ses lecteurs !
-Ecrivain, celui qui se prolonge.
-Vous pensez aussi à la postérité?

Vous trouvez que je me moque de mes lecteurs ? Pourquoi ? Non, je ne pense pas à la postérité. Personne ne maîtrise la postérité. Et puis, je n'ai pas peur de disparaître.

Quelles sont vos ambitions en tant qu'auteur ?
Etre beaucoup lu. Et vivre de ma plume. C'est un métier autant qu'un art.

Qu'est-ce que vous voudriez réussir vraiment ?
Ecrire de bons romans, au moins aussi puissants que mon maître, James Ellroy, et puis peut-être faire mieux, par la suite. Mais il n'y a pas d'échec en création... Ou de réussite. Il y a des tentatives.

Et les femmes trop sensuelles de vos romans, elles sortent d'où ?
Une femme peut-elle être "trop sensuelle" ? Apparemment, je dois avoir une imagination fertile... Et je ne dois pas sortir assez de chez moi...

Vos personnages s'inspirent de quels personnages ?
Aucun en particulier. J'essaie d'éviter de me laisser trop influencer par d'autres créateurs... Même si je n'y parviens pas tout à fait. Il y a par exemple beaucoup du Blade Runner de Ridley Scott et de GITS, dans les Fous d'Avril. D'ou les RS et SM qui figurent dans les remerciements.

"Il y a par exemple beaucoup du Blade Runner de Ridley Scott et de GITS, dans les Fous d'Avril."

Y a-t-il des éléments autobiographiques dans vos livres ?
Oui, parfois. Pas les plus évidents, cependant.

Vous voyagez beaucoup ?
Plus assez, ces deux dernières années. Mais oui, j'ai beaucoup voyagé, et j'ai vécu à l'étranger.

Vous pensez pouvoir un jour être publié à l'étranger ?
J'aimerais bien. Cela ne dépend pas de moi mais d'une part de mon succès et, pour le cas particulier du marché anglo-saxon, du potentiel d'originalité que d'éventuels éditeurs candidats percevraient dans mes livres. Beaucoup de si.

Votre prochain livre sortira dans combien de temps ?
L'objectif, pour le moment, est la fin 2006. Mais je prendrai le temps qu'il faut, et puis, je bosse sur d'autres projets en parallèle. Alors, peut-être début 2007. Je vais changer d'éditeur aussi et je n'ai pas encore décidé chez qui j'irai.

En quoi consiste la vie d'un écrivain...très libre et studieuse ?

Exactement. J'essaie de maintenir un rythme normal et compatible avec la vie des mes proches. Mais d'un autre côté, je peux me permettre d'organiser mon temps comme je le souhaite. Il m'arrive souvent de travailler les week-ends, rarement le soir.

Qui se cache vraiment derrière DOA ?
Une machine.

DOA : Je crois, que c'est fini. Merci de vos questions. A bientôt peut-être.

 

Titre : Les Fous d'Avril
Editeur : Fleuve Noir
Année : 2004
Pages : 239
Consulter les librairies
Vous avez lu ce livre ? Déposez votre avis ici.
Titre : La ligne de sang
Editeur : Fleuve Noir
Année : 2004
Pages : 472
Consulter les librairies
Vous avez lu ce livre ? Déposez votre avis ici.

 

 
 Florence Girardeau, L'InternauteWeek End
 
Magazine Week−End
Envoyer | Imprimer
Haut de page