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Pourquoi avez-vous choisi de faire un livre sur la mer ?
Hugo Verlomme La mer et l'écriture sont mes passions communes, j'ai choisi de vivre de ce que j'aime et je ne le regrette pas. Aujourd'hui l'essentiel de ma vie et mon travail tournent autour de la mer et des livres, et j'aime !!!
Quelle est votre histoire favorite dans "Coups de Folie en mer" ?
Mon histoire préférée est peut-être "La Claque des vagues", très forte et subtile à la fois. La mer est une entité spirituelle qui peut transformer les âmes et les humains, plongez-vous-y !
Dans votre livre les femmes tiennent une place importante. Y a t-il autant de femmes qui naviguent ?
Les femmes sont au centre de la mer. Elles en savent beaucoup les unes sur les autres (les mers et les mères). Il y a de plus en plus de femmes qui naviguent, qui explorent les mers, qui s'aventurent là où des tas d'hommes n'osent pas s'aventurer, et aussi dans les domaines surnaturels...
Depuis quand êtes vous fasciné par la mer ?
Fasciné par la mer ? Depuis moins neuf mois, j'imagine. Puisqu'on a des branchies à un moment de la gestation dans l'océan amniotique. Et puis les plages des Landes ont été ma matrice océanique. La mer est en chacun de nous. Elle est notre origine et notre solution !
Pourquoi ne pas avoir écrit vous-même les histoires de gens qui auraient vécu "un coup de folie en mer" mais qui ne cherchent pas à prendre la plume ?
Question de spécialiste, on dirait ! Je préférais laisser la parole à ceux qui avaient vécu ces moments. C'est d'ailleurs difficile d'extirper les émotions de ceux qui se frottent à la mer, car il faut se blinder pour regarder la mer dans le blanc des yeux. Brrrr....

"La réalité n'est qu'une définition artificielle" |
Où s'arrête la réalité et où commence le rêve dans votre livre ?
Bonne question, valable dans la vie. La réalité n'est qu'une définition artificielle pour empêcher les gens d'avoir peur de la VRAIE réalité, celle qui est derrière le voile. Lorsqu'un navigateur solitaire perdu en mer hallucine qu'un marin de Christophe Colomb vient l'aider et qu'en effet il se tire d'affaire, on ne saura jamais s'il a été ou non guidé par l'une de ces apparitions. Moi j'y crois, la mer est pleine de surprises et la fiction est son domaine : infini, changeant, hors du temps.
Laquelle est la plus profonde : la mer ou l'âme humaine ?
Donnez-moi une ou deux vies pour y réfléchir. Ouh là, quelle question ! Impossible de trancher tant les deux se fondent l'une dans l'autre. La mer est la plus grande, elle est notre "divinité", bien sûr, mais en même temps elle prend sa réelle dimension grâce à la profondeur de l'âme humaine. En fait, je pense que les deux sont indissociables !!!
Quelles est votre part d'écriture dans cet ouvrage ?
J'ai conçu le livre, choisi les intervenants, dont une partie sont de vieux amis, j'ai retravaillé une partie des témoignages et présenté longuement chaque partie pour revisiter les grands mythes relatifs à la mer, la peur, la folie, l'extase, on y trouve aussi bien Coleridge que Jim Morrison, Hendrix, Paul Valéry, Moitessier, etc, etc... Surprises !
Quel est le voyage qui vous a le plus plu dans votre vie en mer ?
Chaque voyage en mer, chaque traversée est comme une vie, un morceau privilégié d'existence. Je garde des souvenirs géniaux de la Mer de Chine ou des Bouches du Saint-Laurent avec icebergs, baleines et brouillards, mais j'étais entre la Corse et la France il y a 3 jours, sur un petit cargo français et c'était délicieux ! Tout voyage en mer vaut le coup, le prochain est le meilleur !
Etes-vous un grand navigateur ?
Oh la non, loin de là ! Je n'ai pas l'âme d'un capitaine mais plutôt celle d'un équipier, d'un passionné. Avec la mer, l'humilité est la première règle. Je ne suis qu'un tout petit moussaillon, nageur, bodysurfer, toujours très impressionné par l'élément marin.

"Le recueil est un mélange de mythes et de témoignages." |
Quels sont les auteurs connus qui figurent dans ce recueil ?
Le recueil est un mélange de mythes et de témoignages. J'ai préféré choisir des gens à la sensibilité exacerbée, proche de la mer, plutôt que des grands noms qui se sont déjà exprimés sur leurs fortunes de mer. Mais il y a ici et là quelques noms, à vous de les dénicher, au fil des pages !
Quelle est votre méthode pour être aussi passionné ? Quelle vie !
La passion justement n'a PAS de méthode. La seule boussole, c'est l'excitation : choisir de faire ce qu'on aime le plus, se laisser guider par les motivations internes les plus profondes, même si les autres ne comprennent pas. Avec la mer, il n'y a qu'une école, qu'un diplôme : la mer elle-même, et je dis souvent, au sortir d'avoir nagé dans les vagues: "J'en sors meilleur que j'y suis rentré"!
Vous avez écrit un ouvrage sur le surf. Que pensez-vous de la notoriété de ce sport ?
J'ai moi-même contribué à faire connaître le surf depuis 1976 et je suis émerveillé de voir cet engouement, même si, comme tout le monde, je râle quand il y a trop de monde au "pic" de la vague. En même temps je comprends et partage cette passion. La mer est le vrai sujet d'avenir, il faut y faire face, la connaître, l'aimer et le surf est l'une de ces voies, même si c'est un sport individualiste et même si les grandes marques sont devenues d'énormes business qui brassent du surfwear sans se soucier de l'environnement, ce que je déplore énormément.
La vague géante que les surfeurs rêvent de "rider" existe-t-elle vraiment ?
Cette vague géante existe. Elle grossit d'année en année. Les limites explosent. Il y a 15 ans, rider une vague de 10m était incroyable, aujourd'hui on dépasse 20m et l'on va vers les 30 !!! Le plus fou c'est que tout cela se déroule sur fond de dérèglements climatiques qui amènent des tempêtes de plus en plus violentes et des vagues de plus en plus énormes ! La vraie vague est au dedans de chacun.

"La vraie vague est au dedans de chacun." |
Quel est le meilleur endroit pour faire du surf à votre avis ?
Le meilleur c'est celui que l'on trouve pour soi, à pieds, en marchant, un petit spot tranquille loin des foules avec des vagues qui déroulent, bien creuses et longues... "Secret spot", comme on dit. En France on a la chance d'avoir plein d'endroits comme ça. Chercher c'est trouver et chercher est parfois plus passionnant encore que trouver !
Cela vous arrive-t-il encore de taquiner la vague avec votre planche de surf ?
J'ai commencé le surf en 1964 ! Depuis j'ai troqué la planche pour les palmes et je "ride" les vagues en bodysurf, c'est-à-dire SANS planche, avec le corps pour surface, et c'est merveilleux de s'enfiler dans des tubes de cristal en fuyant l'écume. J'habite à 100m de la plage et d'avril à novembre je bodysurfe.
Avez-vous lu "Le vieil homme et la mer" ?
Bien sûr, quelle belle histoire, cruelle. On manque de livres de mer de cette dimension aujourd'hui, c'est pour ça que je sollicite des marins pour débusquer leurs aventures, leurs émotions.
Est-ce que la peur de la mort a une grande présence en mer ?
La peur est là en mer. De la mort, je ne sais pas. C'est une peur plus vaste qui rejoint parfois l'extase. On ne pense pas à la mort elle-même quand on est face à une queue de typhon avec des vagues de 12m, comme ça m'est arrivé sur un petit paquebot. On se dit qu'on entraperçoit l'il du dragon et qu'il faut serrer les fesses !
Que pourriez-vous dire aux personnes qui sont effrayées par les vagues et l'eau en général pour les rassurer ?
C'est compréhensible d'avoir peur mais on peut très bien l'apprivoiser, notamment sur nos plages. La première chose, c'est d'apprendre à mettre la tête sous l'eau. C'est crucial. Il y a même des gens qui commencent par se plonger la figure dans un saladier plein d'eau et ce n'est pas une mauvaise méthode. Une fois qu'on n'a plus peur de plonger sous une vague et qu'on apprivoise la peur de voir ces masses d'eau se hisser, on peut affronter des situations de "drapeau jaune" et beaucoup s'amuser.

"Le calme plat peut être angoissant." |
Pensez-vous que la mer est à portée de chacun ? N y a t-il pas un état d'esprit particulier ?
Lorsqu'on voit avec quelle unanimité les enfants aiment spontanément la mer et tout ce qui s'y rattache, je crois que cet amour de la mer est vraiment enraciné en nous et que lorsqu'on a trop peur c'est qu'il y a eu un traumatisme quelconque qu'il faut essayer de dénouer, avec le jeu notamment, les activités de glisse sont très ludiques. Avec un bodyboard (petite planche), on peut approcher cet élément facilement.
Quel est le plus dur à supporter en mer ?
Souvent ce sont les hommes, lorsqu'il y a de la tension sur un bateau c'est très vite paroxystique. Sinon le calme plat peut être angoissant, comme c'est raconté plusieurs fois dans "Coups de folie en mer".
Peut-on encore vivre des aventures en mer ?
Oh que oui, on commence à peine à comprendre ce qu'il y a là-dessous. On cherche dans l'espace des choses qui sont là, dans l'océan. On connaît mieux l'espace avoisinant de la Terre que ses océans, alors qu'ils recèlent à mon avis tous les mystères qui nous intéressent : nos origines, la création, le futur... Alors la mer est le plus grand champ qui existe (71% de la planète) pour des aventures !
Un guide sur les cargos, chose étonnante ? Pourquoi avoir fait un tel guide ? Le réactualisez-vous tous les ans ?
Ce n'est pas une réactualisation, c'est un nouveau concept car ce mode de voyage (maritime) est en telle explosion depuis la 1ère version de mon Guide (en 1993), que j'ai dû tout reconsidérer et aujourd'hui les possibilités qui s'ouvrent aux voyageurs maritimes sont innombrables, toutes les destinations sont couvertes et en plus des dizaines de navires très variés s'ouvrent à la gourmandise des bourlingueurs (cargos, paquebots, navires de recherche, brise-glace, trois-mâts, etc.).
La superstition semble une chose importante dans les aventures de votre livre ?
La mer est si grande, profonde, secrète, mystérieuse, incomprise, c'est normal de parler de "superstition", mais il s'agit plutôt d'histoires vécues, d'hallucinations, de ces coups de folie dont on ne sait plus s'ils sont vrais.

"Ce que j'aime dans la mer, c'est la lenteur." |
Combien de temps faut-il pour préparer un tour du monde en cargo ?
Il faut d'abord définir la période et retenir à l'avance, car c'est très convoité. Après, on entasse plein de bonnes choses dans une cantine : livres, DVD, CD, chocolat, etc, et on embarque pour 3 ou 4 mois de bonheur en mer !
Avez-vous déjà vécu sur une plateforme pétrolière ?
Ce ne sont pas des endroits pour les touristes ! C'est un milieu dur, quasi-militaire, masculin, un travail très dur et très bien payé. Non, je n'ai jamais été sur l'une d'elles, mais je pense qu'il y aura de plus en plus de construction sur la mer pour les gens riches.
N'êtes-vous pas intéressé par les grandes courses de catamaran ou trimarrant à travers le monde ? Avez-vous déjà participé à une course en équipe ou en solitaire ?
Je comprends l'ivresse des coureurs, des marins, des ingénieurs de faire voler ces grands oiseaux des mers plus vite que des cargos, sans parler de l'incroyable hydroptère. Mais ce que j'aime dans la mer, c'est la lenteur. D'ailleurs je préfère les navires pas trop rapides, plus confortables à vivre, moins ventés, et qui permettent de mieux admirer le monde marin à l'entour.
Est-il prudent pour une femme d'embarquer seule ?
Beaucoup de femmes partent seules et recommencent tant elles ont été bien traitées. Il y a d'ailleurs un long témoignage dans mon dernier "Guide" d'une femme qui navigue seule sur des dizaines de navires depuis des dizaines d'années et elle n'a que d'excellents souvenirs.
Quels conseils donneriez-vous à une personne qui veut partir en mer pour la première fois ?
Pour un premier départ je conseille un voyage court (une semaine) vers des destinations proches comme la Baltique ou l'Atlantique Nord, c'est un bon test. Sinon il y a aussi la possibilité de prendre un cargo-mixte à Marseille pour aller en Corse ou en Sardaigne et ressentir les effets de la vie en mer. Je recommande la compagnie Méridionale et un navire : le Scandola. PS : Il existe une agence francophone basée à Paris spécialisée dans les cargos et small ships (brise-glace etc) : "Mer et voyages".

"Les climats sont devenus fous." |
Vous avez vu l'état de la mer aujourd'hui ? Cela ne vous écœure pas ?
Paris est pour moi un port de mer. La mer était là auparavant et l'on trouve des fossiles sur tous les murs de la capitale. Je me suis même baigné dans la Seine (près de Notre-Dame, palmes aux pieds) et j'espère qu'il y aura un jour une Plage de la Concorde. J'aime revenir à la mer, bien sûr et j'y retourne après-demain !
Emmenez-vous parfois avec vous des gens qui veulent découvrir les voyages en cargo ?
Ma vie et mon travail sont intimement liés. Je ne suis pas un guide de voyage mais je voyage avec ceux que j'aime (avant c'était en famille). Toutes les combinaisons sont bonnes. Etre seul permet parfois des rencontres extraordinaires et le cargo se prête aussi merveilleusement à des échanges de couple, voire une lune de miel !
Quelle est la mer la plus dangereuse ?
Les climats sont devenus fous. On ne peut plus faire de statistiques. Il y a en mer des vagues plus grosses que les autres qui arrivent sans crier gare, il y a des surprises bonnes ou mauvaises sur toutes les mers. On peut subir ses pires tempêtes dans le Golfe de Gascogne ou en Méditerranée et doubler le Horn par calme plat !
Vous avez déjà rencontré des baleines en mer ?
Bien sûr, c'est même l'une des bonnes raisons d'aller en mer. J'en ai vu souvent, ainsi que des dauphins, et j'ai eu l'occasion de nager près d'elles, ou près d'eux. J'avais même fondé une association, "Réseau Cétacés", qui existe toujours, pour mieux défendre et connaître les cétacés (qui en ont bien besoin !).
Qu'avez-vous ressenti lors du tsunami?
J'ai eu un double choc : 15 jours plus tôt je venais d'envoyer mon dernier roman à mon éditeur ("L'Eau est là"). Il raconte.. L'arrivée d'un raz-de-marée ! J'ai vu aux infos les images que je venais de décrire dans mon histoire ! La mer est en train de reprendre ses droits sur l'humanité. Nous ne devrions pas construire en dur sur les plages qui sont l'espace tampon entre la mer et les hommes. Il y aura de plus en plus de phénomènes comme celui-là, car l'eau monte inéluctablement...

"Nous ne devrions pas construire en dur sur les plages." |
Pensez-vous qu'il y aura de plus en plus de tsunamis à cause de la pollution?
Le fait de brûler tous ces combustibles influe sur le réchauffement, la couche d'ozone. Les déséquilibres sont en cascades, s'engendrent les uns les autres, mais les tsunamis sont causés par des séismes sous-marins. Ce qui empire la situation c'est l'occupation humaine du littoral.
Que pensez-vous des coutumes japonaises de manger de la baleine ? Culture ou nature ?
Ceux qui défendent cette tradition au Japon le font aujourd'hui pour des motifs purement politiques et électoralistes (extrême droite). Auparavant, la baleine était nécessaire à l'économie du Japon. Ce n'est plus vrai aujourd'hui. C'est comme les globicéphales massacrés aux îles Féroé, ce n'est plus une nécessité.
Que faire contre le mal de mer ?
De nouvelles techniques douces ont fait leur preuve, en particulier un bracelet pas cher qui fait acu-pression et aussi des composants homéopathiques ou encore le fameux gingembre qu'utilisaient les marins chinois !
J'ai appris que votre dernier roman avait reçu des récompenses : cela vous fait quel effet ?
C'est vrai, "L'Eau est là" vient de recevoir le Grand Prix de la Mer et aussi le Prix du meilleur livre maritime d'Antibes. Cela me rend heureux car je me sens une mission par rapport à la mer !
La mer fait-elle encore rêver ?
Plus que tout. Il suffit de voir le fol enthousiasme des jeunes, des enfants, des scolaires, pour ce milieu, leurs yeux s'illuminent, elle est à portée de tous, et puis la mer est l'origine de la vie (tous les savants sont d'accord pour une fois) et la mer est notre futur, car elle monte, elle revient, peut-être un jour serons-nous à moitié dauphins et donc (j'espère), plus cools !
Quel est votre prochain sujet ?
Mon prochain livre curieusement est un petit coup de gueule à rebrousse-poil concernant les sacs en plastique et le plastique biodégradable. On accuse le plastique des pires maux, alors que son écobilan et ses promesses pour le futur sont passionnants. C'est inattendu, mais les recherches que j'ai faites m'ont surpris le premier. Ça s'appelle : "La Guerre du pochon, ou : Paradoxes pour un éco-citoyen".
La mer n'est-elle pas le seul lieu où il est encore possible de déconnecter totalement avec le monde ?
Je crois qu'on peut déconnecter du monde partout : dans la baignoire, devant le feu, entre les bras de celle qu'on aime, dans la montagne ou le désert, mais je suis d'accord avec vous que la mer est l'endroit ultime. C'est ce que j'avais voulu raconter dans mon grand roman océanique "Mermère". L'océan nous réserve bien des surprises. Rendez-vous là-bas !
Hugo Verlomme Merci de votre réactivité et fluidité à tous. C'est un bonheur d'échanger des ondes entre deux eaux virtuelles. Bonnes pages, bonnes plages et que le meilleur nageur gagne !
Bibliographie :
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