|
Ce titre, "L'argent, l'urgence", vous avez hésité avant de le garder ? Au début vous avez dû vous-même vous dérouter, non ?
Louise Desbrusses Ce titre s'est imposé de lui-même pendant que j'écrivais ce livre.
Avez-vous des lubies d'écrivains ? Ecrire au crayon à papier, ou bien refuser de faire lire quoi que ce soit avant d'avoir terminé ou bien ne pas supporter la moindre faute de ponctuation !
J'ai quelques rituels qui me permettent de me concentrer avant de me mettre à travailler. Des heures qui me conviennent mieux. Des lieux. J'essaie toutefois de ne pas en être dépendante. Pour pouvoir écrire même quand les conditions ne sont pas réunies.
Pourquoi il n'y a pas de Webcam ? Vous n'aimez pas votre image ?
Est-ce que mon image, c'est moi ?
Et d'ailleurs, ce titre, vous l'avez trouvé comment ?
En écrivant ces deux mots, dans le corps du roman, j'ai senti qu'ils pouvaient évoquer de manière très directe et très évidente la situation dans laquelle cette femme était brutalement plongée.
A quel âge avez-vous commencé à écrire ?
J'ai toujours lu énormément. Depuis toute petite. J'étais fascinée par tout ce que je pouvais trouver, de meilleur comme de pire. J'ai l'impression d'avoir toujours voulu écrire. A partir de quand ça s'appelle vraiment écrire ? J'ai écrit et publié en revue ma première nouvelle à 32 ans.

"A partir de quand ça s'appelle vraiment
écrire ?" |
Vous avez toujours cru que vous aviez un talent et que cela finirait par fonctionner ?
Oui. Et non. Il y a des moments de certitudes et d'autres de doutes affreux. Qui saisissent d'ailleurs autant les écrivains qui ont marqué l'histoire de la littérature que les autres. Voir les excellentes pages de Virginia Woolf dans son "Journal d'un écrivain". Quand la décision de l'éditeur a été prise, je me suis demandé où j'avais trouvé la confiance en moi...
Ne pensez-vous pas que l'Homme-à-élever, et même l'Eclat noir, sont des caricatures ?
Plusieurs lecteurs se sont reconnus dans l'Homme-à-élever. Ils m'ont dit que cela leur avait coûté leur première relation importante... Et de nombreuses femmes se sont reconnues dans cette femme qui materne cet adolescent attardé. Quant à l'Eclat noir, il me semble surtout être un miroir qui renvoie à la femme quelque chose d'elle qu'elle croit avoir perdu.
Etes-vous heureuse dans la vie ? Souvent, les écrivains, non !
Je fais de mon mieux et il m'arrive de très bien m'en tirer.
Personnellement, j'essaie d'écrire aussi, c'est quoi votre conseil pour être retenu par un éditeur ?
Ne surtout pas être victime du syndrome "bonne élève". C'est à dire ne pas faire ce que l'extérieur attend de vous, mais essayer de trouver en soi une voix qui vous est propre. Ensuite, trouver le "bon" éditeur. Celui qui peut entendre et porter cette voix.
Vous, vous avez fait comment ? Par la Poste ou vous connaissiez quelqu'un ?
Par la poste. J'ai envoyé mon roman à peu d'éditeurs. Entre photocopies, reliures et timbres, c'est cher. J'ai choisi ceux qui qui me semblaient le plus à même de me publier.
Votre livre, moi, je l'ai beaucoup aimé mais en même temps, j'ai un peu peur pour vous parce que votre style est tellement récurrent que je me demande comme vous allez pouvoir vous renouveler. Ça vous fait peur à vous aussi ?
J'évite de multiplier les raisons d'avoir peur... la difficulté ne me semble pas très différente de celle qui pourrait se poser à un compositeur. Je pense d'ailleurs presque plus en terme de partition qu'en terme de style. Une autre histoire appellera une autre partition.

"Je pense plus en terme de partition qu'en terme de style." |
Est-ce que vous recevez des manuscrits ? Les lisez-vous ? Pourriez-vous avoir une influence pour une publication ?
J'évite de lire des manuscrits. Il y a toujours le risque de ne pas aimer. Et de blesser l'auteur. Cela me met dans une situation d'autant plus détestable que je peux m'identifier. Par ailleurs je n'ai aucune influence d'aucune sorte pour une publication. Il faut rester modeste, un premier roman ne vous donne aucun poids.
Je suis sûr que "l'Homme-à-élever", celui qui partage la vie de l'héroïne, a été votre petit ami. Comment a-t-il pris le livre ? En pleines dents ?
Et vous, vous l'avez pris comment ? Je suis sûre que les hommes qui réagissent fortement à la lecture du livre se reconnaissent un peu dans l'homme-à-élever... sans pour autant que j'ai partagé leur vie !
Votre roman a des accents de biographie distanciée. Qu'y a-t-il de vrai dans le texte ?
S'il existait une vérité objective, ça se saurait. Tout est vrai, d'une certaine manière, puisque... tant de lecteurs et de lectrices me disent avoir reconnu leur vie dans le livre. Est-ce pour autant leur biographie ?
Vos anciens collègues de bureau, ils ne vous ont pas écrit des lettres d'insultes après la parution ?
C'est un secret de polichinelle que dans beaucoup d'entreprise on pratique un bizutage sur les nouveaux arrivants, et qu'il est souvent aussi difficile de trouver sa place que dans une cours de récréation quand vous êtes le petit nouveau. N'avez-vous jamais ressenti cela ?
Moi aussi, j'ai lu le texte. J'ai adoré la première page. On est saisi, c'est extraordinaire ! J'ai fini par trouver malheureusement votre façon d'écrire un peu systématique (même si c'est vraiment un très bon livre). On vous l'a reproché ?
Rarement. Le style installe effectivement une contrainte de lecture et déroute. C'était l'effet recherché : pour installer cette sorte de plongée en apnée.
Vous vous sentez féministe dans ce texte ?
Je considère que les femmes sont des êtres humains à part entière. Cela se sent certainement dans mon roman.

"Je serai peut-être oubliée après-demain." |
Ecrire avec ce système de parenthèse, cela vous parait facile ou au contraire difficile ?
Ce n'est pas un système. C'est une façon de respirer. Ou plutôt de ne pas respirer.
Connaissez-vous Pascale Roze ? Elle a eu le prix Goncourt il y a à peine quelques années et tout le monde l'a oubliée ! Cela vous fait peur ?
Je serai peut-être oubliée après-demain. Et alors ? Ce qui compte c'est aujourd'hui. D'avoir fait ce qui me semblait juste aujourd'hui. Ensuite... je peux même mourir avant d'avoir été oubliée.
Pour un 1er roman (à peine, déjà), je trouve (une opinion) que l'on parle beaucoup (trop ?) de vous. Et vous ? Cela vous plait-il (bien sûr (que non ?)) ?
Trop par rapport à quoi ? A qui ? D'ailleurs on parle peu de moi, ce qui me va, et surtout du roman, ce que je préfère. C'est plaisant bien sûr. Mais un peu en surface. C'est écrire au calme qui me convient le mieux.
Vous avez écrit ce livre en combien de temps ?
Les chiffres ne sont jamais les mêmes selon que l'on s'adresse aux manifestants ou à la police.
Si votre éditeur vous avait demandé de changer de titre, lequel auriez-vous choisi ?
Mon éditeur m'a demandé de ne surtout pas changer de titre.
Etes-vous jalouse du succès littéraire de Christine Angot ?
Je ne souhaite pas être quelqu'un d'autre.
Vous êtes pro ou anti Marguerite Duras ?
Je ne me reconnais pas dans cette division entre pro et anti. C'est une femme remarquable. Passionnante et irritante aussi. Grande. Ce n'est pas donné à tout le monde.

"Je ne souhaite pas
être quelqu'un d'autre."
|
Y a-t-il des écrivains connus qui vous ont contacté pour vous féliciter du livre ?
Une éditrice m'a écrit pour me dire qu'elle aurait aimé me publier.
A qui cela a fait le plus plaisir : à vous, à votre mari ou à votre mère ?
je ne pratique pas la lecture de pensée. Je ne peux donc pas mesurer et comparer l'intensité du plaisir de mes proches. Je peux juste vous dire que j'ai été très heureuse que mon travail soit ainsi reçu.
Louise Desbrusses Merci et au plaisir peut-être de vous... lire encore !
Retrouvez Louise Desbrusses à la librairie "Matière à Lire" lors d'une lecture le 25 mars à 18h. Adresse : 20 rue Chaligny, 75012 Paris. Métro Reuilly-Diderot
En savoir plus sur Louise Desbrusses
|