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Mai 2007

"Il n'y a pas de démagogie dans la recherche de l'harmonie"

Ecrivain, danseuse et comédienne, Marie Dô est une artiste aux multiples facettes. A l'occasion de la sortie de "Qu'importe la lune quand on a les étoiles", l'histoire d'une amitié entre deux femmes aux origines différentes, l'auteure a répondu à vos questions en direct le 30 mars.

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Pourriez-vous nous expliquer la signification du titre "Qu'importe la lune quand on a les étoiles"?

C'est un proverbe oriental que j'ai inversé normalement, c'est "qu'importe les étoiles quand on a la lune". Pourquoi aller chercher ailleurs quand on a l'essentiel. A savoir que l'amitié que l'on a pour quelqu'un est plus importante que tout ce qui peut nous séparer.

Quel est le message de votre nouveau roman?

Qu'importe la culture, le pays et la langue, quand le cœur est touché.

Est-ce que le roman est tiré d'une histoire vraie ?

C'est un mélange de vécu et d'histoire vraie la conclusion du livre n'a pas pu se faire comme je l'aurai voulu dans la réalité.

Vous dédiez votre livre à Manou et Leila. Qui sont-elles ?

Manou est ma meilleure amie adulte et Leila est la Salma du livre. C'est mon amie d'adolescence qui vit toujours en Tunisie.

Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Ma frustration de ne pouvoir sortir mon amie de son enfer conjugal mais j'ai compris qu'il y a un chemin pour chacun et que nul ne peut intervenir à la place de l'autre.

Est-ce difficile de gérer l'écriture d'un roman à deux voix comme celui-ci ? Pourquoi teniez-vous à faire ce va-et-vient entre les deux protagonistes ?

Très difficile, j'ai même tenté la version Marie parlant de Salma mais cela faisait dériver le roman et cela ne collait pas. Il est très important pour moi de pouvoir faire ressentir au lecteur l'intériorité de chacune des protagonistes.

 

"J'ai vécu une histoire qui ne s'est pas terminée d'une aussi jolie façon"

Pouvez-vous nous décrire vos héroïnes ?

Salma est une femme forte, remplie de sensibilité et de sens de l'honneur. Marie est une femme fragile, revendiquant une liberté tout en étant assoiffée d'amour. Je suis un peu les deux à la fois.

Avez-vous vécu la même histoire que Salma et Marie ?

J'ai vécu une histoire très proche qui malheureusement ne s'est pas terminée d'une aussi jolie façon : je n'ai plus de nouvelles de Salma.

Quelle importance a ce roman dans votre vie ? Vous a-t-il aidé à digérer la perte de contact avec Salma ou est-ce une seconde main tendue vers elle ?

C'est une seconde main tendue vers elle et c'est aussi une façon de sceller notre amitié à jamais.

Selon vous, qu'est-ce qu'une amitié?

C'est de l'or. Mes amis sont mes trésors !

Quelles sont vos origines?

Je suis métisse, africaine peule de père et russe et bretonne de mère.

Vous êtes issue de deux cultures différentes. Pouvez-vous nous expliquer quels problèmes cela engendre ?

Lisez mon premier livre "Fais danser la poussière" et vous comprendrez que si le parcours est compliqué, il est riche. Le principal est d'être soi. Il faut beaucoup de temps avant de le réaliser pleinement.

Croyez-vous vraiment qu'on puisse dépasser les barrières culturelles ?

Je crois qu'il faut s'y appliquer pour aller vers l'autre, le comprendre sans le juger. Je crois aussi qu'il faut savoir partager ses différences pour enrichir l'autre de ce qu'il ne connaît pas. Pour moi, le racisme, c'est avant tout l'ignorance et le refus de l'autre dans ses différences. Ce n'est pas un discours bateau, c'est peut-être idéaliste mais c'est réellement ce vers quoi je tends dans ma vie de tous les jours.

"Ma crise d'identité m'apporte finalement de grandes joies"

Etes-vous toujours en crise identitaire ?

Rassurez-vous. Je vais de mieux en mieux. Ma crise d'identité m'apporte finalement de grandes joies comme la publication d'un livre et bientôt la réalisation d'un film télé. "Fais danser la poussière" sera adapté sur France 2 en 2008. Je suis très fière de participer au scénario et à la chorégraphie.

Où en êtes-vous dans l'adaptation du premier roman, "Fais danser la poussière" ?

Je suis dans l'écriture du séquencier avec monsieur Didier Cohen, grand scénariste TV. Cela se passe dans l'harmonie et le respect de mon travail. Je me demande si je ne vais pas faire un court passage, danser par exemple, comme Hitchcock qui faisait toujours une brève apparition dans ses films, comme un clin d'œil. A voir avec le réalisateur.

Pourquoi la difficulté est-elle si grande pour les métis ?

Parce qu'on nous demande sans cesse de choisir d'un côté ou de l'autre alors que nous faisons partie des deux.

Que peut-on faire pour combattre le racisme ?

Déjà le regarder en face et chercher comment le dépasser sans y tomber soi-même. Pour moi, un métis a une responsabilité, c'est celle de rassembler les contraires et d'unir ceux qui se repoussent. Il ne faut garder que l'humain.

Vous ne trouvez pas que votre discours autour du métissage est un peu démagogique ?

Il n'y a pas de démagogie dans la recherche de l'harmonie.

Quel a été l'accueil du public à la sortie de votre nouveau roman ?

Les critiques sont positives dans l'ensemble. Soit on l'adore, soit on le déteste mais il ne laisse pas indifférent.

Étiez-vous au Salon du livre ?

Oui, le premier jour, le 23 mars.

Comment s'est déroulée la séance de dédicaces au Salon du Livre ?

Très bien. J'ai retrouvé un lecteur de province qui avait acheté mon premier livre et qui est venu spécialement à Paris pour se faire dédicacer le deuxième.

 

"J'ai eu le bonheur de retrouver une passion : l'écriture"

Avez-vous souvent des contacts avec vos lecteurs ?

J'en voudrais encore plus ! J'aime énormément le contact humain et spécialement les jeunes.

Vous êtes maintenant écrivain. Comment expliquez-vous votre changement de carrière ?

J'ai eu le bonheur de retrouver une passion aussi forte : l'écriture !

Depuis combien d'années écrivez-vous?

Depuis une quinzaine d'années. Que de temps avant d'être publié ! Il faut travailler, chercher et un jour, la rencontre avec l'éditeur se fait.

Ecriviez-vous pendant votre adolescence?

Oui, de la poésie et je dessinais aussi. J'illustrais d'ailleurs mes poèmes.

Quels sont selon vous les ingrédients pour écrire un bon livre ?

Avoir quelque chose de très fort à dire et à partager, y prendre du plaisir et vouloir entraîner les autres dans son imaginaire et sa pensée. Ne pas hésiter à jeter, tout ce qui nous paraît mauvais. Un bon livre prend du temps à écrire, des années parfois. Il faut savoir être patient et exigeant.

Quels auteurs lisez-vous ?

Philippe Besson, mon amour d'écrivain. J'aime aussi Jean-Marie Le Clézio, Duras, Nina Bouraoui. Et surtout, j'aime Baudelaire plus que tout.

Avez-vous une idée pour un troisième roman ?

Il est déjà largement avancé, il sera très surprenant.

Du cinéma à la littérature en passant par la danse, quel est le fil rouge qui guide vos pas ?

La passion.

 

"La danse m'a sauvé la vie"

Est-ce que la danse a été un fort dérivatif pour vous ?

Ça m'a sauvé la vie, aidé à tenir droit quand tout me poussait à aller de travers. Je danse toujours aujourd'hui, j'ai besoin de faire courir la bête avant de me mettre à mon ordinateur (une position trop statique pour moi).

Racontez-nous vos années Alvin Ailey.

Merveilleuses ! C'est mon plus grand maître. Son regard continue de veiller sur moi de là-haut.

Grâce à la danse vous avez beaucoup voyagé. Quel pays avez-vous le plus apprécié ?

J'ai adoré l'Amérique, la Syrie, la Turquie, l'Italie et pas trop le Japon parce qu'on mange trop de poisson cru et que les gens sont trop disciplinés pour moi qui suis un peu rebelle.

Comment s'est passé le tournage des "Nuits Fauves" ?

Il s'est bien passé. Cyril Collard aussi veille sur moi de là-haut. Beaucoup de mes maîtres ne sont plus de ce monde. Sida oblige. Sortez couvert les loulous !

Vous avez eu beaucoup de métiers finalement. Vous êtes-vous trouvée ?

Je suis une artiste aux multiples facettes.

Pouvez-vous définir un artiste ?

Une manière sensible d'être au monde que l'on danse, joue, fasse de la musique ou de la peinture... Le but d'un artiste est de retranscrire sa sensibilité et la transmettre aux autres de la façon la plus pure et la plus sincère. C'est çà être un artiste. Etre reconnu n'est que la cerise sur le gâteau mais être honnête dans son art exige beaucoup de travail et d'abnégation.

"Dans une autre vie, je me voudrais peintre"

Après la danse, la comédie, l'écriture, prévoyez-vous de mettre une autre corde à votre arc ?

Dans une autre vie, je me voudrais peintre car la couleur est pour moi le soleil de mon âme. Je me voudrais aussi être chanteuse de blues.

Si vous n'écriviez pas, qu'auriez-vous envie de faire dans la vie?

Journaliste.

D'où vous vient ce goût pour l'Art ? De votre famille ou bien l'avez-vous découvert toute seule ?

Je suis née comme ça. Ma mère a peint les dernières années de sa vie. J'ai sûrement un peu le côté slave de maman, mais je danse comme une africaine.

Après "Fais danser la poussière", où en êtes-vous dans vos relations avec votre père ?

Lequel ? Le blanc ou le noir ? Le blanc est décidément mon vrai papa. Le noir m'a abandonnée une nouvelle fois, à jamais je crois.

Etes-vous mariée ?

Mon Dieu, je l'ai déjà été 2 fois mais comme on dit : jamais 2 sans 3 !

Quel genre de mère êtes-vous ? Possessive ou au contraire qui laisse ses enfants très libres ?

Une maman poule qui se ronge les sangs si mes poussins ont 10 minutes de retard quand ils reviennent de l'école.

Êtes-vous une femme heureuse?

Je m'efforce de l'être autant qu'il est possible mais comme tout le monde, j'ai mes jours noirs et mes jours blancs.

Pour qui allez-vous voter ?

Nous nous le dirons le 6 mai.

"Les épreuves peuvent devenir nos plus grandes richesses"

Que pensez-vous de la situation de la France face au choc des cultures?

La France doit sortir de son hypocrisie, qu'elle confronte sa difficulté à s'ouvrir et qu'elle accepte de se renouveller, qu'elle se colore.

Quels conseils donneriez-vous aux gens qui rêvent d'avoir une vie aussi accomplie que vous ?

Etre fidèle à ses rêves et tenter de les réaliser sans jamais se dire qu'il est trop tard.

Quelle est la plus belle leçon que la vie vous ait donnée ?

Les épreuves peuvent devenir nos plus grandes richesses. Crois en toi et fais-le. Ne te contente pas d'en rêver.

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