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Juin 2007

"Luxe, calme et volupté", l'inspiration de Baudelaire nous est contée...

En 1857, Charles Baudelaire publie les célèbres "Fleurs du mal". Cent-cinquante ans plus tard, le journaliste Michaël Prazan retrace l'histoire d'amour entre le poète et sa muse, Jeanne Duval. Cette passion destructrice a inspiré à Baudelaire ses plus beaux textes.
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Michaël Prazan
Michaël Prazan
était en chat
le 29 juin
Retranscription

"Ce qu'il y a d'ennuyeux dans l'amour, c'est que c'est un crime où l'on ne peut pas se passer d'un complice" (Charles Baudelaire).

Un auteur, une passion, un chef-d'œuvre...Les "Fleurs du Mal" marquent l'avènement de la poésie moderne. Ce recueil de poèmes, en traversant les époques, a inspiré les plus grands artistes, d' Arthur Rimbaud à Paul Valéry, en passant par André Breton et les surréalistes. A sa sortie en 1857, il fut condamné pour "outrage à la morale publique et aux bonne mœurs" car jugé trop choquant pour la morale bourgeoise. Baudelaire a su révéler dans ses poèmes la dualité entre le bien et le mal. La laideur est liée à la beauté, l'enfer au ciel et la violence à la volupté. La beauté éclot sur le terreau du mal et ce paradoxe déroutant bouleverse encore des générations de lecteurs.

Non reconnu de son vivant, Charles Baudelaire a mené une vie de bohème, s'abîmant dans les vapeurs de l'alcool, les fumées des drogues et dans les bras des femmes. Cette fascination du poète pour les femmes est particulièrement présente dans les vers des "Fleurs du Mal" qui les présentent comme des êtres envoûtants, inaccessibles et donc dangereux. L'amour et la mort y sont intimement liés comme dans la vie amoureuse de l'écrivain.
Une femme partagea l'existence de Baudelaire et fut le témoin privilégié de sa frénésie créatrice. En racontant cette liaison tumultueuse, Michaël Prazan perce le mystère intime d'un des plus grands auteurs français. Ecrit sous la forme du journal d'un intime du héros, ce roman empreint de sensualité offre des pistes pour tenter de résoudre l'énigme Baudelaire. Etait-il un génie de la rime ou un poète maudit ?

La maîtresse de Charles Baudelaire
» 
Titre : "La maîtresse de Charles Baudelaire"

» Auteur : Michaël Prazan


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Editeur : Plon (3 mai 2007)


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Genre : roman


» 
Public : aux amoureux de Baudelaire et des passions tumultueuses.


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Résumé :

Paris, XIXe siècle, marqué par le "spleen" et la misère. Dans les bas-fonds de Paris, les artistes se consument dans les paradis artificiels. Théophile Gautier, Nadar, Nerval, Courbet, Manet… Charles Baudelaire incarne lui aussi cette génération d'esprits torturés. En 1842, il rencontre Jeanne Duval et en tombe éperdument amoureux. Mulâtresse et comédienne, la jeune femme doit faire face au mépris de ses contemporains et affronter la haine de sa belle-mère, Mme Aupick. Pendant vingt ans, elle partage le quotidien chaotique de Baudelaire, ses excès, sa jalousie maladive et son infidélité. Lorsqu'il souffre de la syphilis, Jeanne ne l'abandonne pas et endure ses crises de folie et ses envies suicidaires, jusqu'à se perdre elle-même.

 

» Biographie :

Michaël Prazan à 37 ans. Ce jeune journaliste est connu pour avoir réalisé de plusieurs documentaires. Mais sa première passion reste l'écriture. Après avoir publié plusieurs essais, notamment "Pierre Goldman, le frère de l'ombre" au Seuil en 2005, il nous entraîne dans la vie privée d'un maître de la versification. "La maîtresse de Charles Baudelaire" est son premier roman.


» Extrait :

Il n'oublia pas Jeanne, dont il était parvenu à se procurer l'adresse. En exergue de l'exemplaire (des "Fleurs du Mal") qu'il lui fit parvenir, il n'écrivit qu'une phrase, extraite d'un de ses poèmes. Un vers superbe, peut-être le plus beau, et qui disait ceci : "Ton souvenir en moi, luit comme un ostensoir" (p. 156).

 

Entre sensualité à fleur de peau et évasion exotique, Jeanne Duval personnifie la "Vénus noire" dans les "Fleurs du Mal". Charles Baudelaire lui a plusieurs fois rendu hommage dans des poèmes éloquents. Morceaux choisis :

L'invitation au voyage
Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux,
la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

 

Parfum exotique
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;
Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'œil par sa franchise étonne.
Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encore tout fatigués par la vague marine,
Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

 

La Chevelure
O toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
O boucles !
O parfum chargé de nonchaloir !
Extase !
Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans les profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! Nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse !
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! Toujours ! Ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir?


» Voir aussi : Charles Baudelaire



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