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 CHAT 
Décembre 2005

Olivier Delorme, "Je l'avais intitulé La Revanche d'Hermès"

Auteur passionné par l'Antiquité et la Grèce, Olivier Delorme a publié aux éditions H&O le roman La Quatrième Révélation, qui mèle intrigues politiques et théologiques. Il répond aux questions des lecteurs.
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Comment trouvez-vous la trame de vos histoires ? Travaillez-vous à partir d'éléments ayant existés ?
Il y a toujours un mélange de choses vécues ou que j'ai envie de transmettre, et de pure imagination. En l'occurrence, pour La Quatrième Révélation, tout est parti de la lecture d'un article d'une revue scientifique anglo-saxonne sur une écriture non déchiffrée, celle de l'île de Pâques, le "rongo-rongo", dans laquelle figurent des signes phalliques.
Ce livre trouve aussi son origine dans une discussion avec un ami, avocat, qui défendait alors, comme partie civile, la famille d'un garçon victime d'un meurtre homophobe. Voilà ce qui a été à l'origine de ce livre... après, l'imagination s'est mise en branle et l'histoire s'est construite, à partir de mes connaissances sur le monde antique et les débuts du christianisme, et de ce que j'avais envie de dire sur le monde politique français contemporain.

Julien, Nikos et Clémence sont-ils des prénoms choisis au hasard ou ont-ils une signification ?

"Julien Sorel est depuis toujours un de mes héros romanesques préféré."

Pas du tout ! Julien, c'est pour moi une référence à Julien, dit l'apostat, l'empereur romain qui essaya, à un moment où l'empire romain était devenu chrétien, de le ramener au paganisme. Et puis c'est un peu aussi un hommage à Stendhal.... Julien Sorel est depuis toujours un de mes héros romanesques préférés. Même si mon Julien n'a pas grand-chose à voir avec lui.
Clémence, elle, est juge, et peu clémente... L'autre femme du roman s'appelle Constance... Et est d'une constance à toute épreuve. Mais cette Clémence Volkovsky, c'est aussi une manière de rendre hommage à la juge Laurence Vichniewski (c'est venu en cherchant des sonorités semblables).
De même, l'autre juge, Adam Lebeau, est une manière d'hommage à Eva Joly, dont la lecture du livre de Mémoires m'a été fort utile pour tout ce qui touche, dans mon roman, aux affaires de corruption politique. Finalement, le seul qui ait reçu son prénom par hasard, c'est Nikos... Parce que c'était son nom, Kalermis (Bel Hermès) qui était important pour l'histoire.

L'écriture d'un polar est-il nouveau pour vous ?
J'ai toujours été attiré par le genre. Et mon deuxième roman, Le Plongeon, avait déjà une fausse intrigue policière. Mais cette fois j'ai joué le jeu plus sincèrement en bâtissant un vrai suspense. Et c'est jouissif ! Surtout quand les lecteurs vous disent, comme cela se passe depuis trois mois, que ça marche, qu'ils n'ont pu lever le nez de votre bouquin après s'y être plongés.
Aussi ai-je la ferme intention de continuer, parce que j'y prend du plaisir et parce que je crois que c'est un bon moyen de dire des choses sur la société contemporaine sans être ennuyeux et pontifiant.

Etes-vous plutôt Ian Pears ou Dan Brown ?

"J'avais commencé à écrire ce livre avant la parution du Da Vinci Code"

Résolument Ian Pears... mais plus encore Umberto Ecco ou... Dumas et Anatole France, un auteur injustement oublié, iconoclaste et drôle ! En fait, j'avais commencé à écrire ce livre avant la parution du Da Vinci Code et , lorsqu'il est paru, je me suis demandé 1/ si je devais le lire, 2/ si je ne devais pas simplement jeter mon tiers de manuscrit à la corbeille. J'ai répondu non aux deux questions et j'ai poursuivi mon projet. Je vais probablement lire Brown bientôt, mais ce que j'ai lu autour du Da Vinci Code me fait penser que nous avons travaillé dans un esprit assez différent même si les deux histoires peuvent présenter des similitudes.


Etes-vous croyant ? Ou ce livre est-il une manifestation d'un athéisme convaincu ?

J'ai été élevé dans une famille catholique. J'ai longtemps cru et travaillé comme historien sur les débuts du christianisme et sur les questions touchant à l'histoire de l'Eglise (j'avais le Bas Empire romain et "Réforme et contre-Réforme" à mon programme d'agrégation d'histoire). Mais très vite le monothéisme m'est apparu un peu comme une monstruosité, la mère de tous les totalitarismes.

"Je suis sans doute plus agnostique qu'athée."

Mon troisième roman, Le Château du silence, évoque la Gnose (et si Dieu était mauvais?). Celui-ci remonte à l'âge où le polythéisme grec a engendré la démocratie et la liberté de philosopher. Aujourd'hui, je ne suis plus croyant, mais pas si sûr d'être athée. J'admire et je suis avec attention le travail de Michel Onfray depuis quinze ans (et ai été heureux, en lisant très récemment son Traité d'athéologie que nous disons les mêmes choses - dans des formes très différentes - sur Saint Paul).
Je suis un adepte convaincu de ce qu'il appelle l'hédonisme solaire...Je parle de l'école de Cyrène et de l'épicurisme dans La Quatrième Révélation... Quant aux fins dernières ? Je suis sans doute plus agnostique qu'athée. Pas certain qu'il n'y ait rien... Mais ici-bas, résolument plus attiré par la sagesse de l'Odyssée que par les leçons de la Bible, par l'humanité et les contradictions des dieux grecs que par le masochisme chrétien, et par la liberté de philosopher que par la foi et les louanges.

Votre roman sert-il une cause politique, et laquelle ?

Une cause politique ? Non. Une vision de ce que doit être, pour moi, la politique et qu'elle n'est plus : oui. Ce n'est pas un livre partisan. C'est un livre, qui, comme les précédents est animé par une profonde conviction issue des Lumières et des combats républicains depuis 1789.

"J'ai appelé mon juge Bergeret en hommage au personnage d'Anatole France."

Ce que je déplore, à travers l'intrigue politique du bouquin, c'est la transformation de la chose publique en enjeu de rivalités personnelles, de conflits de pouvoir vides de contenu, sa confiscation par une véritable Nomenklatura qui la considère comme SA chose, et qui se considère comme au-dessus des lois.
En ce sens-là, mon roman est politique, comme L'Histoire contemporaine d'Anatole France pouvait l'être lorsqu'il écrivait sur la France de l'affaire Dreyfus, ou Dumas sur celle de la Restauration dans Le Comte de Monte-Cristo. C'est la raison pour laquelle j'ai appelé mon juge Bergeret (en hommage au personnage d'Anatole France) et qu'on retrouvera des personnages politiques portant le même nom que des personnages du Comte de Monte-Cristo.

Quel sera le sujet de votre prochain livre ?
Les éléments tournent dans ma tête, se mettent en place, mais rien n'a encore coagulé. J'aimerais bien créer un personnage qui pourrait revenir dans certains de mes romans, résolument amoral. Probablement, une intrigue policière... Je ne peux guère en dire plus aujourd'hui.

Les deux ans que vous avez passé sur une petite île grecque, étaient-ce deux ans de "méditation" ?

"Deux ans de bonheur !"

Deux ans de bonheur ! Si je pouvais y retourner, je le ferai demain.... Une petite maison, un poêle à bois, un village de quarante habitants, des vapeurs de soufre venant du volcan et devant moi, la pente couverte d'oliviers, d'amandiers, d'asphodèles en février et de bleuets en mai, la mer et au loin les côtes turques.
J'avais peur en partant de m'ennuyer très vite. Pas une minute ce ne fut le cas : entre mes disques et l'écriture, ces deux années-là furent les plus riches de ma vie. Celles où j'ai le plus écrit et où je suis passé d'un âge à un autre : des conditions idéales pour... grandir ou mûrir, comme on veut !

Vous positionnez vous comme auteur ou comme auteur gay ?

C'est compliqué et biaisé à la fois. Je suis d'abord un auteur et ce que j'écris s'adresse à tous... Comme, avant moi, Gide, Cocteau, Yourcenar, Roger Stéphane (lisez son livre Parce que c'était lui, pas seulement parce que je le préface. Il sort en janvier en poche H&O) et tant d'autres.Mais en même temps on écrit avant tout à partir de ce qu'on est. Et je suis gay.
Dans le monde tel qu'il est, où nous avons la liberté, mais où il y a à la fois Benoît XVI et un régime iranien qui pend des jeunes gens parce qu'ils sont homosexuels, j'ai la responsabilité, je crois, de ne pas dissimuler comme a pu le faire Proust. D'écrire avec sincérité.

"L'homophobie continue à sévir et à tuer."

Cela ne signifie pas que je me définisse avant tout comme gay... mais je suis d'autres choses et gay. Cette dimension-là est donc forcément présente dans mes romans.
Ce que j'essaye de dire dans mes livres, là-dessus, c'est que l'homosexualité en littérature peut être autre chose que la traditionnelle malédiction, que la provocation systématique à la Dustan (qui ne provoque plus rien ni personne), ou qu'un certaine "homosexualité de salon".
Ce que je voulais dire également dans ce livre c'est qu'on peut concilier l'amour et le libertinage, gay ou non, mais aussi que l'homophobie continue à sévir et à tuer. Ce message-là s'adresse à tous, qu'ils soient gays ou non...

Pourquoi la quatrième révélation ?
Par dérision des trois monothéismes qui se veulent des religions révélées par Dieu lui-même. Et puis parce que l'intrigue policière, le suspense, sont rythmés par trois révélations... et par une quatrième dont on ne prend connaissance qu'à la dernière page. Mais c'est l'éditeur qui a trouvé ce titre auquel je me suis rallié de bonne grâce. J'avais intitulé mon manuscrit La Revanche d'Hermès...

Olivier Delorme :
Merci beaucoup pour toutes vos questions. En espérant vous avoir donné envie de lire ce livre.... Juste un mot encore : il y a le suspense, la politique, la religion, mais il y a aussi tout mon amour pour la Grèce, le bonheur de vivre.... et j'espère une grosse dose d'humour. Bonsoir à tous !

Titre : La Quatrième Révélation
Auteur : Olivier Delorme
Editeur : H&O
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