|
Décembre 2006
"Les mots sont des ingrédients, des saveurs à accommoder"
|
Après la parution de son premier roman "Babylone sous les bombes", Stéphane Mariesté est venu nous parler de ses premiers pas en tant qu'écrivain, le vendredi 15 décembre 2006. |
Avez-vous toujours voulu être écrivain ?
Non. En fait, l'idée m'a pris sur le tard, c'est-à-dire il y a 3 ans.
 |
| "J'écris comme je pense" |
Comment avez-vous vécu les premiers jours de la guerre en Irak ?
Comme tout le monde derrière ma radio, ma TV et comme tout le monde, j'imagine, avec cette idée que ça finirait comme aujourd'hui : assez mal. Nul n'a jamais installé la démocratie en passant par une guerre.
Vous avez déjà été en Irak ?
J'adorerais ça, mais je n'y suis jamais allé.
Pourquoi êtes-vous allé en Nouvelle-Calédonie et au Sénégal ? Qu'y avez-vous appris ?
J'ai grandi au Sénégal. Ma mère y travaillait comme infirmière. J'y ai donc passé mon enfance, pile en face de Dakar sur une petite île nommée Gorée. La Nouvelle-Calédonie est un hasard. L'un des plus beaux de ma vie. Dans le fond, je suis un îlien. Ca m'a appris à voir les autres autrement.
Vous avez pas mal voyagé. Après Tahiti, la Nouvelle-Calédonie, la France doit vous paraître morose.
"Morose" n'est pas le terme. La France est un pays merveilleux d'un point de vue culturel. Tahiti et la Nouvelle-Calédonie sont des paradis mais assez limités de ce point de vue-là.
Comment avez-vous choisi le titre "Babylone sous les bombes" ?
C'est une question qu'il faudrait poser à mon éditeur. Le titre original était "Babylone, la guerre et moi".
Vous écrivez dans les premières pages du roman : "Et pendant mon temps libre, je joue des mots". Pourriez-vous dire comme Truman Capote : "J'ai su toute ma vie que je pouvais prendre une poignée de mots, les lancer en l'air et les voir retomber dans l'ordre voulu".
Oui, sauf que contrairement à Capote, je ne les lance pas, en fait je les couche, les remue, les réorganise jusqu'à ce que ça s'aligne avec justesse.
Comment définiriez-vous votre style d'écriture ?
C'est plutôt lui qui me définit, moi je ne fais que le suivre.
Ca a donné quoi, votre réflexion sur le rôle de la fellation dans la politique extérieure américaine ?
Une bonne Bush (pas de quoi se vanter !).
Pourquoi avoir voulu mêler une histoire d'amour à une guerre ?
Les opposés s'attirent. C'est sur le fil que je me sens bien lorsque j'écris, dans cet infime espace qu'est l'entre-deux.
Votre roman nous rappelle "Hiroshima, mon amour" de Marguerite Duras. L'avez-vous lu ?
Oui, j'ai lu Duras, oui, j'aime Duras, oui et encore oui, pour le fond autant que la forme !
Avez-vous lu "Les Bienveillantes" de Jonathan Littell ? Qu'en pensez-vous ?
Je ne l'ai pas encore lu… seulement quelques extraits, donc je ne peux pas raisonnablement m'exprimer sur son roman.
 |
| "Aucun roman n'est vraiment universel" |
Que pensez-vous des prix littéraires ? Rêvez-vous d'en obtenir un ?
Qui écrit rêve d'un prix littéraire. Ce que j'en pense ? Sur le fond, c'est une bonne chose de couronner un artiste. Sur la forme, il y a des artistes qui travaillent aussi au cirque. Tout cela est très orchestré, très pailleté et je doute que sortir un auteur du silence des mots soit nécessairement une bonne chose. Le lecteur y perd une certaine magie et ça ne grandit pas l'auteur.
Quels écrivains contemporains appréciez-vous ?
Le style de Djian me souffle littéralement.
Les auteurs ont aujourd'hui tous un site Internet. Pensez-vous que cela soit un bon moyen
de se faire connaître ?
Non. Mais de s'exprimer au jour le jour, oui, c'est un peu le hors d'œuvre avant de se mettre au travail, que d'alimenter un blog.
Votre personnage parle volontiers des mets qu'il cuisine. Il y a même dans le roman la description complète d'une recette de poulet. Voyez-vous un parallèle entre l'écriture et la cuisine ?
Les mots sont des ingrédients aussi, des saveurs à accommoder. Oui, il existe une transversalité entre les deux, tout comme il en existe une entre la sculpture et l'écriture, la gravure et l'architecture, le goût des choses.
Dessin, musique et maintenant écriture... vous êtes un "touche-à-tout". Quel domaine préférez-vous ? Pour quelles raisons ?
En réalité, j'ai commencé par le dessin, poursuivi par la sculpture puis la photo et la vidéo, mais comme j'étais assez théseux sur ce que je faisais, je me suis dit que le meilleur moyen était peut-être d'en parler dans le silence des mots.
| "Je ne connais rien de plus palpitant que de m'installer à la terrasse d'un bistrot et d'observer" |
Que diriez-vous à quelqu'un qui voudrait écrire mais n'ose se lancer ?
Qu'il a tort, sans aucun doute ! Que jamais il ne devrait se décourager et surtout qu'il lise et lise encore, qu'il écrive et écrive encore et enfin, qu'il propose.
Avez-vous eu du mal à trouver un éditeur ? Comment cela s'est-il passé ?
Et bien, j'ai essuyé pas mal de refus. J'avais abandonné l'idée d'éditer "Babylone", puis un ami qui l'avait aimé l'a déposé sur une pile de manuscrits à lire, parce qu'il était en stage sur place. Une semaine plus tard, Constance Joly-Gerard, la directrice de collection d'Intervista, me téléphonait.
Vous n'avez-pas peur en publiant un livre avec un tel titre de rebuter le lecteur ?
Non. Il me semble que la couverture renseigne assez bien le lecteur sur le caractère du roman.
Quel est votre avis sur cette couverture ?
Je la trouve réussie, j'avais dans l'idée une couverture de ce genre. Lorsque le studio graphique l'a proposée, j'étais parfaitement en phase avec la réalisation.
Aimez-vous les livres d'histoires vraies comme "Brulée vive" de Souad ?
Je n'ai pas lu "Brulée vive", mais pour ce qui est des histoires vraies, je ne crois pas que ce soit un travail d'auteur. On peut s'appuyer sur un fait divers pour aller plus loin, mais juste le raconter, n'est pas de notre ressort. Les journalistes font ça très bien !
 |
| "C'est sur le fil que je me sens bien lorsque j'écris, dans cet infime espace qu'est l'entre-deux" |
Pensez-vous qu'un auteur a le droit de tout dire, sans compromis ?
Oui, mais il est des sujets qu'un auteur est dans l'incapacité de traiter. Moi, je ne sais pas parler de sexe, par exemple.
Il paraît que vous êtes un spécialiste des autofictions caustiques. Est-ce vrai ?
Je ne sais pas si je suis spécialisé, mais je sais pratiquer la chose et m'y sentir plus à l'aise que dans un autre genre.
Avez-vous voulu faire un roman sur la guerre ou bien parler d'une histoire d'amour ? Comment s'est déroulée la genèse du roman ?
J'ai voulu mettre les deux en opposition, les traiter d'égal à égal. Pour la genèse, j'étais tout simplement en colère des suites de l'intervention de Romain Goupil sur les ondes de France Inter. J'ai écrit le premier chapitre ce jour-là, puis un chapitre chaque jour après le journal radio, le sept-neuf à l'époque.
Pensez-vous que votre livre pourrait faire l'objet d'une adaptation au ciné et si oui, comment l'envisagez-vous ?
L'idée me séduit. Comment ? Et bien, j'aimerais assez que Romain Goupil s'y colle (j'aime son image) !
Comment regardez-vous la société française actuelle ?
Comme une société moderne, en manque de repères mais pas pour autant à foutre à la poubelle.
Pensez-vous que votre livre est universel et que son propos s'adresse à toutes les guerres et pas seulement au conflit irakien ?
Non, aucun bouquin ne l'est vraiment. Mais qu'il puisse s'adresser à toutes les guerres, oui. Finalement, elles sont toutes identiques : on se tape dessus, on compte les morts et on les oublie autour d'un traité plus tard.
Si vous aviez été Allié, vous seriez-vous exilé chez les Non-alignés ?
Probable que oui. Enfin, je dis ça là, mais peut-être aurais-je été convaincu du contraire, si j'étais né ailleurs.
 |
| "Il est des sujets qu'un auteur est dans l'incapacité de traiter" |
Quelle est la part d'autobiographie dans votre livre ? Quelles sont vos ressemblances avec le héros ?
A vue de nez, disons 50%, allez 60%... 70, mais c'est mon dernier mot !
Pour vous, quel rôle doit avoir une fiction ?
Celle de faire oublier un peu la vie-connasse (pardon pour le gros mot, mais j'en connais pas de plus vrai). Tout simplement, permettre de s'évader.
Qu'est-ce qui vous inspire ?
La vie, les gens, je ne connais rien de plus palpitant que de m'installer à la terrasse d'un bistrot et d'observer, à part peut-être de débarquer dans un pays inconnu sans savoir où dormir le soir.
En quoi votre style est-il révélateur de votre personnalité ?
J'écris presque comme je pense.
A quand votre prochain roman ? Et de quoi parlera-t-il ?
Le prochain est un recueil de nouvelles. Celui qui suit est une histoire entre deux êtres qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Tellement qu'aucun des deux n'est au bon endroit, tout en y étant.
Ressentez-vous l'écriture du second roman plus difficile que celle du premier ? Un plus grand défi ?
Oui, le style a bougé. La naïveté a été faire un tour ailleurs. Je mets donc plus de temps à l'écrire, mais pas nécessairement à le penser.
Est-il difficile pour un jeune auteur de se faire connaître au milieu de toute la production littéraire ?
C'est impossible ! Mais je suis têtu !
Lequel des personnages secondaires de votre livre préférez-vous ? Pourquoi ?
Zoran, parce que lorsque j'écris, il me vient naturellement sous les doigts un personnage, homme ou femme, muet. Pourquoi. Je ne sais pas. Peut-être est-ce simplement qu'écrire c'est aussi rendre le monde muet en le décrivant, mais ce pourrait être tout autre chose.
N'y-a t-il pas une histoire sous-jacente entre Zoran et Babylone ?
Drôle de question ! Ce sont deux immigrés à leur façon. L'un est exilé physiquement en France. Quant à l'autre, c'est le narrateur et il est exilé métaphoriquement par sa position d'auteur qui le force à se s'extraire du monde pour mieux le décrire. Alors peut-être, pourquoi pas !
Ecrivain sur une île du Pacifique (tiens, le Caillou par exemple), à l'image de Stevenson, ça vous tente ?
Tellement que j'y pense pour ma retraite !
Comme le héros se fait offrir un café en échange d'une citation, en auriez-vous une à nous donner comme dernier mot ?
"La réalité est une illusion due au manque d'alcool". Je ne sais pas si elle est tout à fait exacte. Je ne sais pas non plus de qui c'est, mais ça me fait rire !
|