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LIVRES
 
Mai 2007

L'art de se voiler la face, par Victoria Bedos

Des parents qui refusent que leurs enfants grandissent, un homme qui se croit beau alors qu'il est laid... Victoria Bedos s'attaque au déni à travers 7 nouvelles délicieusement mordantes sur ce travers irrémédiablement humain.

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» 
Titre : "Le déni"

» Auteur : Victoria Bedos


» 
Editeur : Plon (5 avril 2007)


» 
Genre : Nouvelles - Littérature


» 
Public : aux amateurs de textes écrits avec humour et psychologie.



 

Victoria Bedos
Victoria Bedos
était en chat
le 25 mai
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» Résumé :

Qui n'a jamais refusé de voir la vérité en face, de se remettre en cause et d'accepter la réalité ? Dans certains cas, l'excès d'opiniâtreté ou la négation obsessionnelle peut avoir des conséquences ravageuses. C'est ce que Victoria Bedos examine dans "Le Déni", un recueil de sept nouvelles à la fois drôles, caustiques et touchantes.

Au commencement, il était une famille. Qu'il s'agisse d'un couple et de leurs enfants ou d'une mère seule et de sa fille unique, les parents aiment leurs rejetons et les espérances qu'ils nourrissent pour leur avenir deviennent sources de problèmes. Certains nient les défauts ou les soucis de leurs enfants, d'autres refusent de les voir grandir ou de les laisser de leurs propres ailes. Pour la deuxième génération, les conséquences sont souvent désastreuses et peuvent déclencher des troubles de la personnalité, l'anorexie ou même pousser au suicide. A travers sept cas d'école, Victoria Bedos sonde les méandres de l'âme humaine et explore sept destins contrariés. Si le constat qu'elle en tire est sombre, chaque histoire se compose, de manière originale, sur le ton de l'humour. Les changements inopinés de points de vue permettent au lecteur d'appréhender progressivement la vérité et de prendre du recul sur la situation. Une belle leçon de psychologie de la part d'un jeune écrivain qui réussit brillamment ses débuts en littérature par le genre particulièrement difficile de la nouvelle.

 

» Biographie :

Victoria Bedos a 23 ans. Elle écrit des articles pour Télécinéobs (le supplément du Nouvel Observateur), pour Les Inrockuptibles et Glamour. Fille de Guy Bedos, la jeune femme a hérité de sa passion pour le théâtre en élaborant des scénarios pour Canal + et signe sa première pièce "Une journée pour grandir", qui sera à l'affiche en 2008. "Le Déni" est son premier livre.


» Trois nouvelles et leurs extraits :

Valenciennes

Julie est une jeune attachée de presse. Originaire de Valenciennes, elle essaye de s'intégrer dans le cercle mondain parisien malgré ses complexes. Elle se trouve laide, pense qu'elle fait tout de travers et s'efforce de cacher ses origines provinciales. Toute à ses obsessions, elle ne se rend pas compte qu'elle est en réalité très appréciée, notamment des hommes. Dans cet extrait, notre héroïne a rendez-vous dans un bar avec Paul, un cinéaste de renom. Habitué de l'établissement, celui-ci fait les présentations avec les serveurs :

Extrait : "- Jean-Claude, Eric, je vous présente Julie, une jeune et charmante attachée de presse.
Julie se jette alors sur eux pour leur faire la bise et surtout pas sentir qu'ils sont habitués à voir Paul ramener des filles ici. (...) Au moment où Julie touche la joue d'Eric en lui posant la main dans le dos, elle se dit qu'elle est complètement tarée de faire ça, qu'elle est en train de se saboter, et qu'elle va passer pour une fille sans éducation. (...) Mais c'est trop tard, elle doit continuer sur sa lancée. Quand c'est au tour de Jean-Claude de recevoir son baiser, elle est désespérée. "Mais qu'est-ce qui me prend de faire ça ? Après ça, je suis foutue, j'ai qu'à rentrer directement chez moi. Sans me retourner. Pauvre conne !" Paul la regarde, halluciné. Quelle spontanéité ! Il est sous le charme. Le spectacle est terminé, Julie a envie de mourir, il l'invite à s'asseoir dans son coin attitré et commande deux cocktails surprise". (p.64-65)


La beauté

Contrairement à Julie, Maximilien souffre d'un complexe de supériorité. Cadre supérieur autour de la trentaine, Max est au sommet de sa carrière. Il collectionne les filles sans jamais s'attacher car les deux personnes qu'il aime au monde sont sa mère, qui lui voue une admiration sans borne, et lui-même. Envoûté par son propre reflet dans la glace, notre héros n'a jamais fini de s'admirer.

Extrait : "Il est 8 h 20 et je me regarde dans la glace en pied que je viens d'installer près de la porte d'entrée. (...) Le miroir je l'ai foutu là pour y jeter un petit coup d'œil, comme ça, juste avant de partir le matin et vérifier que je me plais toujours. Le problème c'est qu'il est déjà 8 h 50. J'arrive pas à me regarder furtivement. J'y peux rien, je m'attarde. Je suis comme aimanté par mon reflet. Et ça peut durer longtemps. Un jour, je suis resté une heure et dix minutes, montre en main. Impossible de me déscotcher de moi-même. (...)
Il paraît que c'est un défaut de s'aimer autant, que c'est du narcissisme pathologique et que ça empêche de se remettre en question, donc de progresser. Je suis pas d'accord, il y a tellement de gens qui s'aiment pas, surtout des femmes, que ce serait insultant pour eux d'en remettre une couche. (...) Je suis heureux, terriblement, parce que je me trouve beau, parce que j'ai une famille qui m'aime et une mère qui me trouve beau, parce que je trouve que je dégage quelque chose de plus que la plupart des gens. Et je suis sûr que les autres le sentent et me font confiance. Faut bien qu'il y ait des puissants pour soutenir les faibles".(p.99-100)

L'isoloir

Chez les Shapiro, on vote communiste de pères en fils. Catherine et Philippe, deux forces vives de la révolution de mai 68 font la classe à leurs enfants pour éviter qu'ils ne soient influencés par le capitalisme ambiant. Il faut dire qu'habitant Versailles, il est plutôt difficile de préserver leur progéniture ! Seule exception à cette éducation drastique : la sortie annuelle de la famille aux Galeries Lafayette pour acheter de nouveaux vêtements et des cadeaux de Noël. A treize ans, leur fils Gustave commence à se rebeller. Seul dans le grand magasin, de drôles d'envies lui passent par la tête. .

Extrait : "Gustave se sent libre. Le voici, évanescent, sans culpabilité, libre au cœur même du territoire ennemi. Il se frotte contre les tissus, pense des choses mauvaises sur les pauvres et les gens de couleur, critique les moches et ce nain, là, qui vient de passer l'air de rien. Il a trois quarts d'heure pour acheter un haut, avec un pantalon hideux, un manteau mal coupé et une paire de chaussures de moindre qualité. En attendant, il se dandine dans les rayons où les articles sont les plus chers." (p.128)

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