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 DOSSIER 
Avril 2005

Le scandale et Cannes, c'est une grande histoire d'amour. Rappelez-vous ces moments terribles de l'histoire du festival, qui ont contribué aussi au succès de la manifestation cannoise.
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Cannes 2005
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Quand le vent de la polémique souffle sur la Croisette, il se transforme aussitôt en tempête médiatique. Retour sur les principaux scandales qui ont émaillés les célèbres marches du Festival.

Palme controversée pour "La Dolce Vita"
1960 : La Palme d'or du 13e Festival de Cannes revient à La Dolce Vita de Federico Fellini. Ce film marque un tournant dans la carrière du réalisateur italien : il renonce à l'intrigue classique pour lui préférer une mosaïque d'épisodes sans aucun autre lien qu'un personnage spectateur (Marcello Mastroianni). Le film est condamné par le Vatican et hué par le public cannois. Aujourd'hui, la scène où Anita Ekberg se baigne dans la fontaine de Trevi fait partie des séquences les plus célèbres du cinéma.

La Grande Bouffe à Cannes
1973 : Le film du réalisateur italien Marco Ferreri fait scandale lors de sa présentation au Festival de Cannes. Il dénonce en effet cette mystique de la "bouffe" si chère aux Français par des scènes scatologiques. Mastroianni, Noiret, Piccoli et Tognazzi jouent le rôle de quatre amis réunis dans une villa parisienne pour un banquet fatal. La Grande Bouffe recevra le Prix de la Critique Internationale, ex-aequo avec La Maman et la putain de Jean Eustache, autre film qui choquera la Croisette.

Réglement de compte à O.K. Cannes
1987 : Maurice Pialat reçoit la Palme d'or pour son sulfureux Sous le soleil de Satan, racontant l'histoire d'un abbé doutant de sa foi qui rencontre le diable. Hué par le public, Maurice Pialat leur répondra à tous : "Sachez que si vous ne m'aimez pas, je ne vous aime pas non plus !".

Madonna à Cannes
1991 : Tempête sur la Croisette : en 1991, Madonna débarque à Cannes y présenter In bed with Madonna, un documentaire sur les coulisses de sa tournée mondiale. La sécurité est décuplée pour permettre à la Madone de gravir les marches du Palais des festivals sans encombre. Habillée dans une tenue légère signée Jean-Paul Gautier, Madonna peut se vanter d'être la star ayant ameuté le plus de monde autour des marches du Palais. Passage inoubliable de la chanteuse donc, ce qui fut loin d'être le cas du documentaire qu'elle venait défendre.

Cronenberg et Cannes : le "Crash"
1996 : David Cronenberg, le metteur en scène canadien de La Mouche ou eXistenZ, présente son nouveau film Crash au Festival de Cannes. Le sujet brûlant du film (des personnes qui réalisent leurs fantasmes dans des accidents de voiture) provoquent la colère des festivaliers, qui quittent la salle en huant le film. Pourtant, Crash se verra orner d'un Prix spécial du jury... relançant de par là-même les huées du public !

Haneke et Kassovitz pas si "funny"
1997 : Un film autrichien déclenche les foudres du 50e Festival de Cannes : Michael Haneke présente Funny Games, l'histoire de deux hommes séquestrant une petite famille en vacances. Le public se demanda si Michael Haneke, en voulant dénoncer la violence, n'en fit pas plutôt l'apologie. Quelques jours plus tard, Matthieu Kassoviz enflamme La Croisette avec Assassin(s), avec Michel Serrault, visuellement difficile à supporter. Lors de la conférence de presse qui s'ensuivit, Matthieu Kassovitz répondit aux journalistes particulièrement réticents au film que "Assassin(s) 'est une expérience qui doit être désagréable, car la violence n'est pas agréable".

Cannes classé X
2001 : La soirée des Hots d'or, la plus célèbre remise de prix des films pour adultes, avait pris depuis une dizaine d'années ses quartiers à Cannes pendant la période du Festival. Après de nombreuses réclamations, la Mairie décide de chasser cette cérémonie qui selon elle nuit à son image. Cannes perd ainsi l'un des éléments majeurs qui ont fait d'elle une vitrine de renommée internationale, tandis que l'industrie pornographique crie à l'hypocrisie. Mais la décision restera inchangée.

Fausse polémique
2002 : Irréversible est présenté sur la Croisette en première mondiale. Violent, malsain et particulièrement difficile, certains festivaliers quittent la salle au bout de seulement quelques minutes de projection. L'actrice Monica Bellucci, avant la diffusion cannoise, avait fait part de ses craintes au magazine Les Inrockuptibles : "A Cannes, ça va être l'amour et la haine : des gens vont crier au génie, d'autres vont hurler que des films pareils devraient être interdits". Pourtant, le scandale attendu n'a pas eu lieu : le film a finalement provoqué l'indifférence du public resté jusqu'à la fin, ainsi que du jury de l'époque qui ne lui décerne aucun prix.

Une palme politique
2004 : Alors que George W. Bush est en pleine campagne pour obtenir un second mandat à la Maison blanche, le jury cannois, présidé par le réalisateur américain Quentin Tarantino, décerne la Palme d'or au brûlot Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. Le documentaire n'épargne pas la politique et la personnalité du président américain, notamment sur ses décisions concernant la guerre en Irak. La polémique enfle immédiatement : Cannes, symbole du divertissement dans le monde entier, est-il aussi l'endroit où doit résonner un tel écho politique ? A l'annonce de la remise de la Palme, George W. Bush a déclaré : "Cette récompense démontre que les Etats-Unis sont un pays libre où chacun a le droit de dire ce qu'il veut". Et il fut réélu peu après.

 
 Johann Liard, L'Internaute
 
Magazine Cinéma
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