L'Internaute > Cinéma > 
Chats > Jean-Marc Barr 
CHAT
 
20/09/2006

Jean-Marc Barr : "Un tournage est un privilège ! "

Jean-Marc Barr est le réalisateur de Chacun sa nuit, un polar naturaliste inspiré d'un fait divers. Il a répondu en direct à vos questions vendredi 15 septembre.

  Envoyer à un ami | Imprimer cet article  
  • Chacun sa nuit
  • Réalisateur : Jean-Marc Barr et Pascal Arnold
  • Acteurs : Lizzie Brocheré, Valérie Mairesse, Jean-Christophe Bouvet
  • Fiche-film
  • Photos
  • Interview filmée

Quel est le thème de Chacun sa Nuit ?

Jean-Marc Barr : C'est un film sur l'amour et la déception. Un groupe de cinq jeunes gens, dont un frère et une soeur, sont liés par l'amour mais doivent faire face à ce monde en manque de repères. C'est alors qu'un meurtre survient... Chacun sa nuit se présente d'abord comme un polar, avec un mort des flics et une enquête.


Vous mettez en scène des post-adolescents. Quelle a été la difficulté ?

D'abord c'est une génération d'ados qui a accès à la pornographie très jeune. Un peu comme les héroines de Thirteen. Cette génération est schizophrène : elle a perdu son innocence, mais voudrait s'y replonger. Dans notre histoire, Pascal Arnold (co-réalisateur) et moi voulions montrer des jeunes gens qui, grâce à l'amour, goûtaient à une sexualité simple, naturelle. Ce n'était pas difficile de diriger ces jeunes gens : ils défendaient leurs rôles comme ils se seraient défendus eux-mêmes. Quant aux scènes de nudité, ils avaient compris que chacune d'entre elles était une arme supplémentaire pour faire exister leur personnage. En plus, nous avons établi une relation de confiance avec eux. On a tissé des relations humaines derrière la caméra, pour les crédibiliser devant.

 

L'interview vidéo, après le chat

Ce n'était pas difficile pour eux de jouer des scènes dénudés ?

Pour nous la nudité est un costume. Pour eux aussi. Quand un acteur utilise son corps pour défendre son personnage, s'exposer nu ne pose plus aucun problème. Les seules scènes d'amour humiliantes sont celles qui ne servent à rien dans l'histoire.


 

 

Quelle importance accordez-vous au sexe ? Pourquoi mettre en valeur le corps de cette façon là ?

Pendant des années, mon idée de la sexualité et mon rapport au couple ont été définis par les films et romans que j'ai vu ou lu. Ils ont influencé mes idées et ma morale. Je m'en suis rendu compte très tard dans la vie. Au 21ème siècle, après des millénaires d'évolution, la religion, la politique et d'autres groupes trouvent encore scandaleux de montrer des gens nus ou faisant l'amour. Avec Pascal, nous montrons des corps nus parce que nous les trouvons esthétiques et surtout parce que nous considérons l'acte d'amour comme naturel, simple. Et absolument pas scandaleux...

 

On sent une vraie complicité entre les acteurs. Comment était l'ambiance sur le plateau ?

Les acteurs se sont vite rendus compte de l'importance de l'amour dans ce groupe. Une semaine avant le tournage, ils ont donc vécu ensemble pour assimiler cet amour. Ils ont eu confiance en Pascal et moi. Il y avait d'ailleurs une distance intéressante entre ces jeunes et nous qui avions l'âge d'être leur parents.


Lizzie Brocheré est une vraie révélation ! Comment l'avez-vous trouvée ?

Nous avons simplement fait un grand casting avec 200 ou 300 jeunes filles. Quand Lizzie est entrée, j'ai braqué ma petite caméra sur elle ; et le cadre a explosé sous tous les angles ! Le regard, la bouche... Comme Simone Signoret au même âge. Nous avons su de suite qu'elle serait Lucie.


Vous êtes plutôt un réalisateur "indépendant", étiqueté en tout cas comme tel. Or l'une de vos actrices sur ce film, Valérie Mairesse, n'a pas du tout la même image. Pourquoi ce choix?

A vrai dire, je ne connaissais pas très bien Valérie avant le tournage. Je n'ai pas la télévision... Mais, on l'oublie souvent, elle a quand même joué dans un des plus grands films de Tarkovski : Sacrifice.


© La Fabrique de Films
"Nous considérons l'acte d'amour comme naturel, simple"

Votre nouveau film est-il toujours inspiré du Dogme (charte obligeant les réalisateurs qui la ratifie à ne filmer qu'en lumière naturelle et sans effets spéciaux) ?

Non. Le Dogme est un concept inventé par deux danois (Lars Von Trier et Thomas Vinterberg) un soir de beuverie...(rires). C'est un exercice spirituel pour essayer d'éliminer l'artifice dans le cinéma. Pour lutter contre le dogme d'Hollywood. Mais, le Dogme a été pris trop au sérieux par la presse et la profession. Tout le monde prend Lars von Triers au sérieux alors que c'est un type bourré d'humour. Mes premiers films étaient inspirés du Dogme, mais pas celui-ci.

 

La musique prend une place assez importante dans Chacun sa nuit, puisque nos jeunes héros forment un groupe de musique. Que pensez-vous des rapports entre musique et cinéma ? Faut-il nécessairement utiliser de la musique pour apporter émotion et force aux images ?

La musique c'est le sang du film. Une histoire prend le rythme de l'âme, la musique permet d'écouter ce rythme. Elle ne pointe pas du doigt, ne surligne pas, mais provoque l'être avec des sons. Elle ouvre sur un autre monde, utilise un autre sens (l'ouïe) pour donner du sens. Dans chacun de nos films, l'idée était de choisir une musique allant contre les images, pas avec. On gagne en ouverture créative en choisissant cette direction...

 

Quels sont vos réalisateurs de référence, ceux dont vous vous inspirez ?

La liste est très longue ! Tarkovski, William Wilder, Pier Pablo Pasolini, Stanley Kubrick, Renoir, Duvivier...


Etes-vous devenu réalisateur parce que les réalisateurs ne vous proposaient pas de rôles qui vous plaisaient ?

Non. Je suis devenu réalisateur en réaction au système industriel qui vit dans l'obsession du formatage. Mes expériences avec des réalisateurs comme John Boorman et Lars Von Trier m'ont appris qu'un tournage était un privilège, un moment rare et très humain. La magie, c'est de réunir des gens pour raconter une histoire. J'ai quitté la Californie il y a 27 ans car j'étais lassé du tout commercial. Chaque fois que je vois une affiche américaine avec quelqu'un qui pointe un pistolet vers moi j'ai l'impression de voir une affiche de Staline. C'est comme si l'on me menaçait et m'ordonnait d'aller voir ce type de cinéma.

 

On vous présente souvent comme un auteur exigeant, qui refuse de faire des films commerciaux. Pensez-vous que vos thèmes de prédilection soient vraiment inconciliables avec le grand public et l'économie de masse ?

J'ai un problème avec l'idée de communiquer à la "masse". Cette façon de voir le cinéma réduit ma marge de manoeuvre et ma sincérité. Si je suis juste là pour remplir le négatif et ignorer ma responsabilité sociale, j'ai l'impression d'avoir échoué. Si je dois satisfaire le plus bas niveau, c'est comme si l'on m'attachait les mains derrière le dos. Je ne suis plus artiste, mais esclave. J'aime Camus, Voltaire, Rousseau, les transcendantalistes américains... Je crois à l'individualité, à l'indépendance. C'est une illusion, mais j'y crois.


Quels acteurs admirez-vous ? Avec qui voudriez-vous jouer ou tourner ?

C'est difficile de choisir... Bruno Ganz, Anthony Hopkins, et Naomie Watts pour n'en citer que trois.

 

Et Elodie Bouchez ? A nouveau des projets avec cette actrice que vous avez déjà faite tourner trois fois ?

Quand j'ai filmé Elodie j'ai eu l'impression de voler Dieu. D'une certaine manière, elle a sauvé ma carrière : elle a accepté de faire Lovers après son César alors que ce n'était qu'une petite production. En trois films ensemble (Lovers, Too Much Flesh et Being light), nous sommes devenus de vrais collègues de travail et de vrais amis.


Que retenez-vous de votre expérience du Grand Bleu ?

C'est un énorme cadeau qui continue chaque jour de donner ses fruits. Je suis tout à coup devenu Jean-Marc Barr du Grand Bleu ! Mais j'étais un acteur en début de carrière et je ne méritais vraiment pas ce statut de star aussi vite. En plus, c'était pour un rôle où je ne parle quasiment pas ! (rires)


Jean-Marc Barr
© Agathe Azzis / L'Internaute
"Si je suis juste là pour remplir le négatif, j'ai l'impression d'un échec"

Et ça ne vous ennuie pas d'être estampillé "Jean-Marc Barr du Grand Bleu" par beaucoup de gens ?

Il y a autant de gens, je crois, qui voient et comprennent l'autre facette de mon être et de mon travail. Grâce au Grand Bleu, Je suis devenu un acteur générationnel et ça m'a permis de suivre mon coeur, d'aller là où l'on ne m'attendait pas. Finalement, c'était un calcul à long terme.


Jean Reno, votre ancien collègue sur Le Grand Bleu affiche son soutien à Nicolas Sarkozy. Qu'en pensez-vous ?

Quand un artiste s'acoquine avec la politique, il y a danger. Je vois mon rôle d'artiste comme le fou dans Le Roi Lear de Shakespeare : je suis là pour divertir, pour faire rire, pour faire pleurer, pour pointer du doigt en disant la vérité et me faire taper dessus.


Pensez-vous de nouveau passer de l'autre coté de la caméra, c'est à dire redevenir acteur ?

Récemment, j'ai fait un nouveau film avec Lars Von Trier : Le Patron de tous. C'est une critique, très humoristique, du capitalisme. Dans le film, je joue un personnage qui ne parle pas danois et qui ne veut pas le parler. J'ai donc dit à Lars, que je ne lirai pas le scénario pour être en accord avec mon personnage. J'avais quelques phrases, une dizaine tout au plus, dont j'ai appris le son mais pas le sens. C'est donc un film dans lequel je ne comprends rien, même quand je parle ! (rires) Je vais aussi jouer le premier rôle dans Parc, le nouveau film d'Arnaud Despallières, avec Sergi Lopez et Géraldine Chaplin.


Quel est le dernier film qui vous ait retourné ?

C'est un documentaire d'Alexandre Sokurov, qui s'appelle Voix spirituelles. La première partie est un plan-séquence de 35 minutes sur la nature, un paysage enneigé simplement bercé par de la musique classique. Le film m'a appris à regarder, tout simplement. Le paysage change lentement, sous nous yeux. C'est un état de méditation pure, où même la personne qui regarde n'existe plus. Ça peut sembler très philosophique, mais c'est ce que j'ai ressenti.



© La Fabrique de Films
"Les acteurs se sont rendus compte de l'importance de l'amour"

Sur tous vos films, vous avez travaillé avec Pascal Arnold. Comment se passe cette cohabitation ?

Pascal se charge souvent de l'écriture. Sauf quand nous tournons en anglais. Durant l'étape de production, nous organisons les rendez-vous ensemble pour trouver de l'argent. Quant aux tournages, Pascal sait mieux diriger les acteurs que moi. Moi, je me sens plus proche de la caméra, que je sois acteur ou cadreur. Chaque nuit, nous préparons le tournage du lendemain ensemble. Nous regardons les rushes de la veille et nous choisissons les prises. Sur le plateau, nous aimons déstabiliser les acteurs : pour schématiser, Pascal est le mauvais policier et moi le bon...

 

Quel est votre prochain projet ?

Il y en a deux. Pascal et moi avons envie de continuer cette idée de trilogie. La première était consacrée à la liberté (Lovers, Too much flesh, Being Light), la seconde sera consacrée aux faits divers et au crime. Les trois opus sont déjà écrits. Chacun sa nuit est le premier épisode. Pour le second, nous ne savons pas encore. Ce sera soit La Fin de l'innocence, soit Vulnérable, avec Charlotte Rampling, Rosanna Arquette et moi-même.


Magazine Cinéma Envoyer | Imprimer Haut de page
Votre avis sur cette publicité

Sondage

Marion Cotillard est, deux ans après "La Môme", à nouveau nommée au Golden Globe de la Meilleure actrice pour la comédie musicale "Nine". Qu'en pensez-vous ?

Tous les sondages

rechercher

Services personnalisés gratuits : Inscrivez-vous | Accès membres

Accès membres : merci de vous identifier Mot de passe oublié ?

Bienvenue Prénom - Déconnexion