Emir Kusturica © L'Internaute Magazine / Julien Abadie
 
"Hollywood nous empêche de voir la vie réelle"

Emir Kusturica, vous êtes l'un des meilleurs cinéastes en activité. L'un des plus singuliers aussi. Quelle est votre place dans le cinéma d'aujourd'hui ?

Emir Kusturica : J'aime l'idée de ne pas être à la mode. Mes films évoquent les années 60, 70, 80. Ce sont des époques révolues que je cherche à faire revivre. Aujourd'hui, et même à un certain âge, beaucoup de gens se comportent comme des ados âgés, qui se laissent vivre sans jamais se poser de questions... La vie d'aujourd'hui se définit par le vide. Hollywood nous empêche de voir les choses, la vie telle qu'elle est. Nous devrions, à les écouter, nous satisfaire de la mode, de la tendance. Etre là, et se distraire. Moi, je veux ouvrir sur l'humain. Et Cannes a toujours défendu cette vision du cinéma.

 

Vous avez récemment déclaré que cette sélection pourrait être la dernière...

Emir Kusturica : Je suis venu si souvent à Cannes.... Que j'ai failli demander à Gilles Jacob une maison à l'année ! (rires) Je ne sais pas... C'est déjà ma troisième sélection dans ce festival. Je ferai sans doute d'autres films, mais certainement plus en compétition officielle.

 

 
Marija Petronijevic © L'Internaute Magazine / Julien Abadie
 
"Je ne pensais pas obtenir ce rôle"

Marija Petronijevic, comment s'est déroulée votre collaboration avec Emir pendant le tournage de Promets-moi ?

Marija Petronijevic : C'était difficile, mais ça s'est très bien passé. J'étais ravi ! D'autant que je ne pensais pas obtenir ce rôle. C'est à Emir que je dois ma présence ici, devant vous, aujourd'hui. Je le remercie énormément.


Et vous Liljana Blagojevic ?

Liljana Blagojevic : C'est l'un des derniers dinosaures. Son cinéma ne ressemble à aucun autre parce qu'il vit. En travaillant avec un cinéaste comme lui, on n'a d'autres choix que de se laisser aller. Je suis sidérée surtout par son enthousiasme intact. Promets-moi est un film poétique, drôle et très rapide. Un prolongement de son premier film, mais en mieux.


Mikki Manojlovic, quel regard portez-vous sur votre longue collaboration avec Emir ?

Mikki Manojlovic : Mon premier film avec Emir est sorti en 1981. Il y a 26 ans ! Et pendant ces 26 ans, nous n'avons jamais perdu ensemble. A chaque sélection cannoise, nous avons gagné. C'est rare des collaborations aussi longues et fructueuses. Je crois en toute modestie que nous avons marqué une époque. Notre succès, nous le devons aussi à notre liberté : nous ne nous sommes jamais imposés de cahier des charges !

 
Mikki Manojlovic © L'Internaute Magazine / Julien Abadie
 
"Notre succès, nous le devons à notre liberté"


Quelle importance revêt la musique dans votre travail ?

Emir Kusturica : C'est mon fils qui a composé celle de Promets-moi. J'en suis ravi. Elle est alerte, mélodieuse et facile à suivre. Sur le tournage, la musique était perpétuellement là, comme en fond sonore. Cela permettait de revigorer les troupes quand la fatigue se faisait sentir.

 

Comment passe-t-on d'une idée de film, au film terminé ? Quels sont les sacrifices à consentir ?

Emir Kusturica : C'est une question intéressante... Il faut parfois savoir aller à l'encontre de son idée originale... C'est pour cela que j'ai transformé mon plateau en labo d'expérimentation. Je suis également le seul canal par lequel passe les idées. Pour faire du cinéma dynamique, il faut se comporter en chef d'orchestre. Comment le peintre sait-il que son tableau est terminé ? Voilà une question que l'on ne se pose pas suffisamment au cinéma.


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