Quentin Tarantino © L'Internaute Magazine / Julien Abadie
 
"Le personnage doit venir en premier l'acteur en second"

Comment pensez-vous que Boulevard de la mort sera reçu par le public ?

Quentin Tarantino : Si vous connaissez Vanishing Point, et tous les autres films auxquels je fais référence, si vous avez grandi avec ce cinéma, vous allez forcément adorer Boulevard de la mort. Mais, si tout est nouveau pour vous, vous prendrez d'autant plus de plaisir : la surprise sera totale. En fait, je voulais faire un slasher. J'adore les slashers ! Surtout leur côté rigide, leurs codes. Mais avec Boulevard de la mort, je voulais faire autre chose, aller chercher ailleurs, tout en utilisant la structure du genre.

Les filles ont un langage vraiment ordurier dans le film...

Tracie Thomas : Nous sommes beaucoup moins précieuses que ce que les gens pensent... (rires) Quentin connaît très bien les femmes. Il les observe, les écoutent avec attention... Quand j'ai lu le scénario, je me suis dit : "Hey ! Comment sait-il que je parle comme ça en privé ?!" (rires) Ceci dit, ces dialogues sont avant tout très écrits, nous avons beaucoup répété.

Rosario Dawson : De toute façon, on ne touche pas aux dialogues de Tarantino...

Quentin Tarantino : (menaçant) Parfaitement ! On mémorise mesdemoiselles, c'est tout ! (rires)

 
Rosario Dawson © L'Internaute Magazine / Julien Abadie
 
"On ne touche pas aux dialogues de Tarantino !"

Vous avez des fans dans le monde entier. Comment vivez-vous ce statut de cinéaste culte ?

Quentin Tarantino : Avec beaucoup de bonheur. La joie d'être réalisateur, c'est de devenir citoyen du monde ! Quand j'étais jeune, je ne quittais jamais Los Angeles car trop fauché pour voyager. Aujourd'hui, j'ai un passeport pour la planète Terre.

A quand Inglorious Bastards avec Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger ?

Quentin Tarantino : J'ai une envie folle que ça se fasse. Mais jamais Bruce ou Arnold n'ont été annoncé au générique. Ca ne se fera pas forcément avec eux. Le personnage doit venir en premier, l'acteur en second. C'est la méthode que j'ai appliqué sur chacun de mes films, sauf en deux occasions : Uma Thurman dans Kill Bill, et Zoé Bell dans Boulevard de la mort. Zoé était la doublure de Uma sur Kill Bill ; je voulais absolument retravailler avec elle. Dans Boulevard de la mort, c'est la seule à jouer son propre rôle.

Harvey Weinstein, pourquoi avoir décidé de diviser Grindhouse en deux pour les Européens ? (Deathproof était à la base l'un des deux segments d'un même film : Grindhouse NDLR)

Harvey Weinstein : On nous a traité de tous les noms, nous accusant d'avoir brisé l'alchimie. Mais depuis, de nombreux journalistes anglais, après avoir vu Deathproof seul, ont reconnu que c'était la meilleure décision. Désormais, nous avons un vrai film de Quentin Tarantino, Boulevard de la mort, et un vrai film de Robert Rodriguez, Planète Terreur. Ce dernier est d'ailleurs sélectionné pour le Festival de Venise.

 

 
Kurt Russell © L'Internaute Magazine / Julien Abadie
 
"Il faut voir les deux films enchaînés"

Quelles différences entre la version française et la version américaine de Deathproof ?

Quentin Tarantino : Sur le plan de la durée, ça ne change finalement pas beaucoup (20 minutes en plus. NDLR). C'est émotionnellement que l'expérience est différente. Plusieurs scènes fortes ont été ajoutées : des séquences dialoguées, le lap-dance... La tonalité a vraiment changé entre ces deux versions. Notamment en ce qui concerne Mike, le serial-killer. C'est un autre film.

Kurt Russell : Je n'ai pas encore vu la version longue qui sortira en France. Ce sera fait ce soir. Mais j'insiste : il faut voir les deux films enchaînés, celui de Tarantino et celui de Rodriguez. C'est cela l'expérience Grindhouse.

Pourquoi ne pas avoir inclus les fausses bande-annonces de Grindhouse dans Deathproof ?

Quentin Tarantino : Ca n'aurait eu aucun sens ! J'adore Grindhouse et j'adore Boulevard de la mort. Ce serait prostituer Grindhouse que de le découper ainsi. Vous aurez toute votre vie pour découvrir l'expérience Grindhouse en DVD. Vous influencez beaucoup de jeunes cinéastes.

Comment définiriez vous votre style ?

Quentin Tarantino : Mon style ? Il est très calme, statique... (rires) Non. Ce n'est pas à moi de définir mon style, mais à vous. Mais je suis sincèrement heureux d'influencer de jeunes cinéastes. Quand j'étais jeune, j'allais au cinéma comme d'autres à l'église. Sans rire ! Je voulais créer des films qui donneraient aux gens l'envie d'en faire.

Rosario Dawson : Quand mon père a su que je voulais devenir actrice, il m'a recommandé de regarder un film en particulier : Reservoir Dogs. Je l'ai vu, puis revu, et encore... 7 fois en une semaine ! Quentin ne se sert jamais d'artifices. Jamais. Dans Boulevard de la mort, Zoé Bell est VRAIMENT accrochée au capot de la voiture. Je voulais vivre cette expérience. Absolument. J'ai auditionné encore et encore pour faire partie de cette aventure. Il y avait un casting de 8 filles et il fallait que j'en sois. Ce film, c'est le cinéma dans ce qu'il a de plus magique.

 
Quentin Tarantino © L'Internaute Magazine / Julien Abadie
 
"Etre à Cannes, c'est génial"

Comment avez-vous composé votre casting ?

Quentin Tarantino : On ne peut pas prendre une liste et choisir des noms au hasard. Pour choisir des individus cela peut marcher ; pour composer un groupe non. Je cherchais la combinaison idéale. Au final, je ne suis pas peu fier de ce casting.

Beaucoup de gens vous voient dans la peau d'un favori pour la Palme...

Quentin Tarantino : S'il est vrai que je suis l'un des fils préférés du Festival, je le prends comme un honneur. Depuis que j'ai 14 ans, j'entends parler de Cannes. J'ai vite compris que c'était l'Olympe. Etre là, c'est génial ! L'un de mes meilleurs souvenirs reste cette Palme d'or que me remet Clint Eastwood en 1994. L'organisation du Festival nous avait demandé de revenir : nous savions donc qu'un prix nous serait remis. Puis la soirée avançant, la Palme d'or s'est rapprochée, encore et encore. Au moment de la remise de l'avant-dernier prix, Harvey Weinstein s'est tourné vers moi, tout excité : "C'est toi Quentin, tu vas être Palme d'or !". Je ne voulais pas y croire... Clint Eastwood a alors ouvert l'enveloppe et lu le papier : "Pulp Fiction". Je n'en revenais pas.

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