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Gerry © MK2 Diffusion
 
"Le film ne menait strictement à rien"

Si Gus van Sant est capable de réaliser des films tout à fait limpides (Prête à tout, Will Hunting), d'autres de ses oeuvres paraissent beaucoup plus obscures. Gerry est peut-être l'un de ses films les plus difficiles comme le confirme Benjamin de Melun : "Le film ne menait strictement à rien. On suit pendant plus d'une heure quarante deux gars qui se paument dans le désert. L'histoire est inexistante et on a du mal à cerner ce que voulait dire Gus van Sant dans ce film complètement halluciné ! J'avais l'impression de vivre un cauchemar éveillé, c'est peut-être de loin le film bizarre qui m'ait été donné de voir !". Tentons donc d'apporter un peu de lumière à cette longue traversée du désert...


Notre tentative d'explication

 
Gerry © MK2 Diffusion
 

Il devient très difficile d'expliquer un film aussi abstrait et évasif que Gerry puisque finalement il n'y a rien à expliquer. Comme Benjamin l'a précisé : "L'histoire est inexistante". L'argument est incontestable, Gus van Sant a en effet choisi de réduire le scénario à son plus strict minimum (à savoir deux amis qui se perdent dans les vastes déserts américains) pour se concentrer sur ce qu'il l'intéressait le plus : mettre au point une expérience cinématographique à la fois visuelle et sensorielle, en prenant le risque d'égarer quelques spectateurs habitués aux rigoureuses structures narratives des productions classiques.

On n'est donc plus ici dans la démarche habituelle de raconter une histoire mais plutôt dans la volonté d'amener le spectateur à littéralement "vivre" l'égarement des deux personnages principaux (Casey Affleck et Matt Damon). Pour ce faire, le réalisateur reprend les procédés de mise en scène qu'il avait développés dans Elephant, son film précédent, à savoir l'utilisation de longs plans séquences, des silences apaisants ou pesants, un montage quasi-inexistant et surtout un refus total de ce qu'il appelle le style MTV : une manière de faire ultra clippée qui, selon lui, limite toute réflexion pour le spectateur. En résulte alors une mise en scène quasi-hypnotique qui bouscule les repères cinématographiques du spectateur et lui permet ainsi de participer de manière presque viscérale à l'errance des deux héros.

 
Matt Damon / Casey Affleck © MK2 Diffusion
 

Mais rien de tout celà ne serait possible sans un minimum d'identification ou d'attachement pour les deux personnages. C'est là où le scénario (soit-disant réduit à son plus strict minimum) rentre en jeu. Coécrit par Casey Affleck et Matt Damon, le script humanise dans un premier temps pleinement les deux héros à travers des discussions anodines et un humour omniprésent, jusqu'à progressivement, au fil de leur longue promenade, les réduire à l'état de pantins dénués d'âmes.

Au vu des précédents films de Gus van Sant, il est difficile de ne pas noter dans Gerry, un véritable coup de gueule contre la rigidité de la société américaine qui exclut ceux qui s'écartent un tant soit peu de la "norme". Le titre en lui-même y fait d'ailleurs référence : "Gerry" signifie en français "raté", "looser" et définit bien la souffrance de ces deux jeunes personnages qui se perdent dans les grands déserts américains, reflet d'une société qui, malgré sa beauté, sa richesse, met les plus faibles de côté. D'autres lectures du film sont bien entendu possibles, et c'est sûrement ce qui fait la profondeur d'une oeuvre ouverte et moderne comme Gerry.

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