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La Moustache © Les Films des tournelles
 
"Le film ne mène nulle part..."

Après avoir pris un bain, Marc décide sur un coup de tête de se raser la moustache, petite coquetterie qu'il arborait, selon lui, depuis toujours. Mais personne de son entourage ne semble remarquer ce changement pourtant apparent, puisque tout le monde est convaincu que Marc n'a jamais porté de moustache ! Si le postulat apparaît au début comme assez amusant, l'indifférence générale vis-à-vis de cette moustache disparue va mener petit à petit le héros vers la folie. C'est alors que le héros craque et finit par s'enfuir à Hong-Kong où il erre pendant plusieurs jours... Comme l'affirme Claudie : "Même en y mettant la meilleure volonté, le film ne mène nulle part". Si les deux premiers tiers du film apparaissent plutôt limpides, difficile d'en dire autant pour la dernière partie tant cette fuite vers Hong-Kong apparaît tel un cheveu sur la soupe ! Voyage symbolique ? Pamphlet philosophique ? Tentons d'y voir plus clair...


Notre tentative d'explication

 
Elle était là ou pas ? © Les Films des tournelles
 

Les propos d'Emmanuel Carrère sont clairs. L'écrivain / réalisateur convie le spectateur à "une expérience de déboussolage, de montagnes russes psychiques, qui doit donner à la fois du trouble et du plaisir". Pour ce faire, Carrère construit son film en trois parties. La première consiste à établir une situation de base très réaliste : un couple de bobos parisiens vivant une existence tranquille, une discussion anodine du type : "Tiens, si je me rasais la moustache ?". La deuxième partie amène peu à peu le héros vers la folie lorsque l'entourage du héros affirme très clairement qu'il n'avait jamais eu de moustache de sa vie. Le troisième segment bascule soudainement vers l'onirisme quand le personnage principal, harassé par l'indifférence générale de ses proches et la dérive de son couple, s'envole pour Hong-Kong où il passe ses journées à faire des allers retours en ferry. La séquence finale où il retrouve sa femme (alors qu'elle était censée rester en France) dans une chambre d'hôtel ramène subitement l'action vers la réalité. La Moustache est donc avant tout le récit de la dérive psychologique de Marc, le réalisateur prenant ainsi un malin plaisir à brouiller les repères spatio-temporels, la logique des événements pour que le spectateur se retrouve dans le même état d'esprit que le héros : c'est à dire perdu !

 
Déchéance psychologique © Les Films des tournelles
 

Puisque la fin ne nous apporte pas de réponses franches quant à l'existence réelle ou fantasmée de cette satanée moustache, difficile de chercher une explication rationnelle à l'intrigue du film. A vrai dire, même le réalisateur est incapable de nous répondre lorsqu'on lui demande ce qu'il a voulu raconter dans ce film : "Le problème, c'est qu'à cette question, je suis incapable de répondre. Le propre de cette histoire est que son sens échappe, à moi aussi bien qu'au lecteur du livre et maintenant au spectateur du film. C'était d'ailleurs amusant pendant le tournage, parce que tout le monde était persuadé que moi, je détenais le fin mot de l'histoire et en gardais délibérément le secret. J'avais beau dire que non, et que c'était même cette ignorance qui me permettait de la raconter, on ne me croyait pas". Egarons-nous donc dans l'univers d'Emmanuel Carrère, les interprétations sont ouvertes...

 

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