INTERVIEW
08/09/2006
Cécile de France : "Depardieu n'a aucune limite !"
Il y a cinq ans, le charme et la fraîcheur de Cécile de France illuminaient la petite comédie de Richard Berry, L'art délicat de la séduction. Depuis, l'amoureuse s'était éclipsée de l'écran au profit de personnages gouailleurs et populaires. Seul Xavier Giannoli, réalisateur de Quand j'étais chanteur, aura su réveiller la séductrice endormie. Sous l'œil du cinéaste, Cécile devient Marion, une trentenaire au charme discret et mélancolique dont un chanteur de bal usé et extraverti (Gérard Depardieu) tombera amoureux.
C'est la première fois que l'on vous voit dans le rôle d'une femme fragile et réservée.Cécile de France : C'est un grand honneur que Xavier (Giannoli), qui est issu du cinéma d'auteur, ait pensé à moi et me fasse confiance alors que je suis effectivement connue pour des rôles plus légers. Je suis très heureuse qu'il ait eu l'imagination nécessaire pour me voir dans la peau de cette femme tourmentée, pudique et complexe. Je voulais depuis longtemps m'essayer à des choses différentes. Après tout, je suis comédienne et c'est le propre du métier !
Regrettiez-vous justement que le cinéma d'auteur n'ait pas davantage fait appel à vous?Chaque chose en son temps. Et puis, je n'ai jamais analysé ce qui m'arrivait et encore moins pleuré dessus. Depuis mes débuts, j'ai eu la chance inouïe de tourner avec Etienne Chatilliez (La Confiance règne), Cédric Klapisch (L'auberge espagnole et Les poupées russes), Danièle Thompson (Fauteuils d'orchestre)… Il n'y a vraiment pas de quoi se plaindre ! La comédie me plaît et contrairement aux idées reçues, il est au moins aussi difficile de faire rire en jouant les excitées que d'émouvoir en jouant les cœurs solitaires.
Aviez-vous peur que le film ait un regard un peu snob sur l'univers du bal populaire ?Xavier n'a jamais porté un regard condescendant sur les chanteurs de bal et leurs "fans". Il s'est au contraire efforcé de gommer tous les a priori pour se concentrer sur la poésie de ces chansons populaires que souvent l'on oublie par excès de moquerie.
Le bal est un univers que vous connaissiez bien ?Vous savez, comme tous les gens de mon âge (31 ans), j'avais un regard un peu moqueur sur cet univers. Et puis, nous sommes allés à un concert d'Alain Chanone, l'homme qui a inspiré le personnage d'Alain Moreau, pendant les préparations du film à Clermond Ferrand. Xavier voulait que nous nous imprégnions de l'atmosphère des bals et j'ai été très surprise. Il y avait une véritable communion, une complicité entre le chanteur et les clients que je ne m'imaginais pas. La plus grande réussite de Xavier est d'ailleurs d'avoir retranscrit cette émotion sans aucune condescendance.
Vous aimiez les chansons de variété?J'ai redécouvert beaucoup de chansons avec le film. Nous connaissons tous les titres du répertoire de variété par cœur mais finalement, nous ne les avons jamais vraiment écoutés ni compris. Ils parlent pourtant avec une grande simplicité de thèmes universels.
Quelles chansons symbolisent pour vous le mieux le film ?L'Anamour et Les Paradis perdus parce qu'elles ont rendu les scènes qu'elles rythmaient magiques. C'est grâce à la chanson de Gainsbourg qu'Alain séduit Marion et grâce à celle de Christophe qu'ils exprimeront le mieux leurs sentiments. Quand j'écoute le titre de Christophe, les paroles me renvoient à tout ce que nous avons vécu sur le tournage et mes poils se hérissent au bout de cinq secondes.
Comment étaient vos rapports avec Gérard Depardieu sur le plateau ?Jouer avec Gérard, qui est d'une créativité, d'un naturel et d'une énergie déconcertante, est d'une réelle simplicité. Il n'a aucune limite et vous emmène très loin avec lui. A tel point que, sur le plateau, Xavier le surnommait "le cerf-volant". Malgré tout, jamais son expérience ne m'a mise à l'écart. Il m'a traitée d'égal à égal de la première à la dernière scène.
Vous êtes issus de deux générations d'acteurs différents. Vos méthodes de travail s'en ressentaient-elles ?Le cinéma est intégré en Gérard. Sur le plateau, il est chez lui, alors que je suis parfois stressée et mal à l'aise. Je cherche encore à faire mes preuves alors que Gérard est naturel et très détendu. Cela n'exprime en rien un excès de confiance : c'est juste dans sa nature. Moi, j'ai besoin de beaucoup travailler. Non seulement pour me rassurer mais aussi parce que j'ai encore beaucoup à apprendre. Je suis loin d'avoir l'aisance et l'expérience de Gérard.
Vous dîtes avoir beaucoup appris sur votre métier sur le tournage. En quoi ?Grâce à Gérard, j'ai appris à m'amuser et à inventer librement. Xavier a lui aussi tout donné pour mettre ses acteurs en confiance. Sur le tournage, tout était réuni pour que nous puissions laisser libre cours à nos émotions. Ce qui fatalement nous facilitait la tâche quand le clap tombait.
Enfin, un dernier mot sur vos projets à venir.Je viens de finir le tournage du dernier film de Claude Miller,
En secret, avec Patrick Bruel. J'ai aussi joué dans La
Parure, un téléfilm de Claude Chabrol. Il s'inscrit dans une
série de huit adaptations de nouvelles de Maupassant commandées
par France 2 à de grands cinéastes.
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