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INTERVIEW
 
04/11/2006

Kim Rossi Stuart : "Libero est très personnel"

Un père esseulé, une mère absente et des enfants déboussolés. Libero dresse avec pudeur le portrait d'une famille italienne brisée. Un drame magnifique signé Kim Rossi Stuart, acteur talentueux et réalisateur prometteur.

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Kim Rossi Stuart
©
MK2 distribution

Né le 31 octobre 1969 à Rome, Kim Rossi Stuart compte parmi les meilleurs acteurs italiens de sa génération. Au cours de sa carrière sur les planches et devant la caméra, il a été dirigé par de grands metteurs en scène transalpins : Michelangelo Antonioni (Par-delà les nuages), Roberto Begnini (Pinocchio), Gianni Amelio (Les clés de la maison), Michele Placido (Romanzo Criminale)... Dans Libero, il marque de nouveau les esprits dans le rôle d'un père esseulé. Surtout, il passe pour la première fois derrière la caméra et transforme ce coup d'essai en coup de maître. Entretien avec un homme doux et talentueux...

 

D'où vous vient cette envie de passer derrière la caméra ?

C'est quelque chose que je voulais faire depuis très longtemps. Depuis l'âge de 17 ans à vrai dire, quand je réalisais mes premiers court-métrages avec des amis. La suite de ma carrière m'a conduit vers le jeu, mais, sur les tournages, je n'ai jamais cessé de m'intéresser à la mise en scène. Je volais tout ce que je pouvais aux réalisateurs. A force de persévérance, j'ai pu réunir l'argent nécessaire pour mon premier film.

 

Cette histoire de famille brisée mais soudée, de mère volage et de père seul semble vraiment vous tenir à coeur...

J'avais d'autres sujets en tête, d'autres films possibles, mais cette histoire-ci évoquait des choses profondes en moi. Je ressentais comme une urgence de la mettre en scène. C'était une occasion unique de me replonger dans ma propre enfance. Même si Libero n'est pas autobiographique, beaucoup d'éléments de l'histoire me sont très personnels...

 

C'est un film pudique, et pourtant traversé par des sentiments très violents. Je pense à cette scène tétanisante où vous découvrez que votre femme est revenue...

Le plus important à mes yeux était de construire des personnages loin des clichés habituels. Avec des contradictions très fortes. Je voulais pénétrer dans l'intimité de cette famille. Et emmener le spectateur avec moi. C'est aussi pour cela que la caméra bouge en fonction des mouvements intérieurs des personnages, et surtout de Tommi, le fils. Le film adopte son point de vue. En un sens, c'est presque lui qui tient la caméra. Pour la scène dont vous parlez, ce qui m'importait c'était Tommi et sa réaction. Voilà pourquoi la caméra reste sur lui et sa mère et ne me montre jamais. Le suspens est aussi plus intense.

 

Libero rappelle le cinéma populaire de Vittorio de Sica et Ettore Scola. Ce sont des références revendiquées ?

Ce sont deux réalisateurs que j'aime beaucoup, mais je ne sais pas jusqu'à quel point ils m'ont inspiré. Vous savez, j'ai essayé de faire le film avec le moins de références possibles. Réaliser, c'est un moment privilégié qui permet de sortir ce que l'on a au fond de soi, qui permet de dire ce qu'on est. Cela doit donc rester très personnel. J'ai 24 années de cinéma derrière moi. Ma vie, mon histoire influence forcément ma manière de réaliser.

 

© MK2 distribution

"Je voulais pénétrer dans l'intimité de cette famille. Et faire entrer le spectateur avec moi."

Libero est très épuré et tranche sur ce point avec de nombreux films italiens trop exubérants...

Il reste des cinéastes italiens qui, comme moi, opèrent par soustraction. Tous ceux issus de l'école néoréaliste notamment. Pour Libero, j'ai jeté beaucoup de versions du scénario parce que je voulais toucher l'essence de cette histoire, faire de ce film un parcours émotionnel.

 

Un mot sur Barbora Bobulova qui joue cette mère absente et pourtant si présente...

Je n'avais pas du tout pensé à Barbora pour le rôle. Je craignais qu'elle ne puisse jouer que la fille volage, soit une seule facette du personnage. Et puis, en la rencontrant, je me suis rendu compte qu'elle pouvait faire 20 ans, comme 40 ! Idéal pour le rôle. Je ne voulais pas que cette femme passe pour une traînée... C'est un personnage très névrosé, qui cède à de violentes pulsions sexuelles tout en gardant une vraie candeur. Surtout, Barbora est une actrice très technique, un talent indispensable pour jouer les scènes les plus fortes.

 

L'acteur qui joue le petit Tommi est incroyable ! Où l'avez-vous trouvé ?

Tommi (Alessandro Morace) est un cadeau du ciel. Ce n'est pas facile de dénicher un enfant à la fois introverti et si courageux. Ne trouvant pas l'interprète idéal, nous avons décidé d'écumer les écoles, de frapper aux portes des maisons. J'ai découvert Alessandro dans une école de province. Il se cachait derrière les autres. Je cherchais un garçon sans expérience, timide, avec une fracture intérieure, une rupture dans le regard. Et c'était une évidence : Alessandro était Tommi. Ses émotions étaient en lui, bloquées, et ne demandaient qu'à sortir.

© MK2 distribution
"Alessandro m'a donné un regard fugitif qui prouve qu'il a gagné en maturité."

 

Le dernier plan va crever le coeur des spectateurs...

Je crois que ce plan était nécessaire. Il fallait, d'une manière ou d'une autre, revenir sur l'absence de la mère. C'est le seul moment où Tommi craque vraiment. Pour un temps du moins. Car Alessandro m'a donné, à ce moment-là, un regard fugitif, un regard qui prouve que Tommi a gagné en maturité. Il a pris conscience de lui, de sa place dans sa famille et a enfin rompu avec la figure mythique du père. Dans Libero, Tommi grandit de 10 ans en deux mois.

 

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