INTERVIEW
30/09/2006
Olivier Adam : "Je propose, le réalisateur dispose"
Olivier Adam est un jeune auteur français de 32 ans. Son premier livre, Je vais bien, ne t'en fais pas, vient de faire l'objet d'une adaptation au cinéma. Auparavant, un autre de ses ouvrages, Poids Léger, avait eu les honneurs du grand écran. L'adaptation de son oeuvre, Olivier Adam la vit avec intérêt, philosophie et sérénité. Devenu co-scénariste sur Je vais bien, ne t'en fais pas, il partage désormais son temps entre la littérature et le cinéma. Rencontre avec un auteur passionné et passionnant.
L'Internaute Magazine : Comment Philippe Lioret vous a-t-il contacté pour adapter Je vais bien, ne t'en fais pas, votre premier ouvrage ? Olivier Adam : Philippe m'a entendu à la radio et ce que j'ai dit lui a donné envie de lire "Passer l'hiver", le livre que je venais de publier alors. Son intuition s'est révélée juste : dans mes textes, quelque chose résonnait avec son oeuvre, ses préoccupations du moment. Nous nous sommes rencontrés dans un café. Là il m'a parlé d'un sujet de film qu'il voulait écrire avec moi. Nous avons discuté de tout et de rien, nous nous sommes surtout flairés, en fait. Nous avions prévu de nous revoir une semaine plus tard pour commencer à travailler, mais j'ai eu un problème de santé qui m'a contraint à repousser. En attendant, il a lu "Je vais bien ne t'en fais pas" et quand nous nous sommes revus, il m'a annoncé qu'il voulait adapter ce livre. Et l'adapter avec moi.
Quelle a été votre première réaction au moment où il vous a parlé de son envie d'adapter votre livre ? J'ai été ravi. En fait, je déteste ce livre tel qu'il se présente aux lecteurs. Je veux dire : j'en aime les personnages, l'histoire, mais j'ai honte de son écriture, et puis le coeur du livre est pollué par des tas de choses annexes, des comptes que j'avais à régler alors. Bref, je rêvais de donner une deuxième chance à l'héroïne, à ses parents, je rêvais de les servir mieux, de mieux les faire vivre. J'avais toujours pensé que cette histoire pouvait faire un film : au portrait d'une jeune fille d'aujourd'hui, à la chronique d'un deuil contemporain s'ajoute une dramaturgie, un genre de suspense, qui oblige les personnages à évoluer, à bouger de leurs lignes. Connaissant les films de Philippe et son attachement aux dramaturgies fortes mais traitées en finesse, il m'a paru évident qu'il pouvait en tirer un film très personnel.
Avez-vous fait des concessions pour mieux coller aux désirs de Philippe Lioret ? D'abord une chose. Dès le départ, pour moi il y avait cette évidence : il s'agirait du film de Philippe. Je n'en suis que le déclencheur. Il était essentiel que Philippe se sente absolument libre, qu'il puisse s'approprier cette histoire pour qu'elle devienne la sienne. Je propose, j'amène des choses, le réalisateur dispose. C'est son oeuvre, son film. Avec Philippe, par conséquent, il n'a jamais été question de faire des concessions, ça n'avait pas de sens. Seul son désir comptait, sa vision. Ce qui ne m'a pas empêché de lui donner mon avis sur tout, avis dont il a tenu le plus grand compte. Mais je n'étais qu'un regard extérieur, un regard qu'il voulait et qui l'aidait à mieux y voir lui aussi. Nous avions la même histoire en tête, et surtout, nous avions la même manière de la regarder. Cette question du regard est pour moi cruciale. C'est là que tout se joue.
Le casting a du être un moment crucial. Comment vit-on ce moment où les personnages imaginés prennent tout à coup corps ? J'ai eu là aussi beaucoup de chance. Pour ma première adaptation, Poids léger, avec Jean-Pierre Améris, je n'ai pas été consulté mais il s'est trouvé que les comédiens, Nicolas Duvauchelle, Sophie Quinton et Bernard Campan étaient l'incarnation exacte des personnages que j'avais en tête. C'était très très troublant. Et émouvant. Pour Je vais bien, ne t'en fais pas, à peine avions nous commencer d'écrire, que nous pensions aux acteurs. Philippe m'a consulté sur chaque rôle, a pris en compte mes idées, mes avis, ce qui est très rare pour un scénariste, je le sais. Pour Kad et Isabelle Renaud, c'est venu tout de suite. Pour Mélanie, il a un peu plus cherché, tatonné, mais quand il l'a rencontré, c'était une évidence. Elle ETAIT Lili.
Quelque part cette histoire ne vous appartient plus totalement… Que ressent-on lorsqu'un autre artiste se réapproprie votre travail ? A partir du moment où je la publie, l'histoire ne m'appartient plus. De toute façon, le livre, lui existe. Une adaptation ne peut rien lui enlever. Il reste présent, dans l'état où je l'ai publié, pour le pire ou le meilleur. Mon oeuvre à moi est achevée. Que d'autres s'en inspirent pour leurs propres travaux ne m'enlève rien. Au contraire, c'est plutôt une fierté. Et puis je suis trop conscient de ce qui me nourrit, films, chansons cinéma, je suis trop conscient d'être une éponge, un pilleur, pour être gêné par l'idée que d'autres en fassent de même avec ce que je produis.
Aviez-vous été mis à contribution pour l'adaptation de Poids Léger, un autre de vos ouvrages ? Comment aviez-vous vécu cette première expérience ? J'ai été associé de près au film. Nous en avons beaucoup discuté avec Jean-Pierre Améris. J'ai été consultant à l'écriture, ce qui signifie bien sûr que je pouvais donner mon avis sur tout mais que Jean-Pierre était tout à fait libre de n'en tenir aucun compte. Mais Jean-Pierre avait son idée du film, il aime écrire seul et voulait, sauf pour la fin, coller de très près au livre, il en a même repris des blocs de dialogue mot pour mot. De fait, ce que j'avais à lui apporter était dans le livre et pas ailleurs. Poids léger a été une très belle aventure. Mon seul regret, c'est bien sûr que le film ait très mal marché en salle (alors que Je vais bien, ne t'en fais pas vient de dépasser la barre des 600 000 entrées).
En règle générale, quelle est votre crainte lorsqu'on vous propose d'adapter l'un de vos livres ? Aucune crainte. Je ne risque rien. Et puis de toute façon, je fais conscience aux "auteurs" et à l'humain. Quand un réalisateur vient me voir, je visionne ses films, on discute. Si l'homme ou la femme, et ses oeuvres me touchent, on y va. Sinon je ne donne pas suite.
Comprenez-vous les réalisateurs qui considèrent le livre de départ comme un simple matériau, une base de départ malléable à l'envi ? Non seulement je le comprends, mais je souscris totalement à cela. Une adaptation n'a d'intérêt que si le réalisateur, au final, produit un film personnel. L'essentiel, au fond, c'est que le réalisateur ait ses raisons à lui et à lui seul de porter cette histoire à l'écran et de la raconter selon son regard, dans son langage, en en gardant ce qui l'intéresse. Sinon à quoi bon. Le livre existe déjà. Je ne vois pas l'intérêt de le porter fidèlement à l'écran. Je ne sais plus qui a dit "un bon film c'est une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire" mais il avait tout à fait tort. Un bon film, c'est un regard unique. Point barre.
Pensez-vous qu'il y ait des livres inadaptables ? Oui. Je crois d'ailleurs que dans tout livre, il y a une part "inadaptable". On peut traduire une écriture en lumière, faire entendre une voix par le montage, le rythme, la pulsation, mais ce qui reste opaque au cinéma, c'est le temps, la mémoire, les souvenirs. Le temps et la mémoire sont les grandes affaires de la littérature, quand le cinéma est un art du présent, de la capture. De toute manière, on adapte jamais un livre. On s'en inspire.
Comprenez-vous les spectateurs qui disent « le livre était mieux que le film ! » ? Pourquoi cette réaction à votre avis ? Le cinéma est parfois un art plus confortable pour le spectateur. Dans les films médiocres, tout est dit, montré, sans équivoque. Il n'y a pas de travail à faire. Un livre, c'est autre chose, ça demande au lecteur d'inventer le livre qu'il lit, de remplir les trous, d'accepter le flou, l'équivoque, le trouble. Ca demande aussi de donner de son temps. Or, malheureusement, une bonne partie du public veut du confort. Des films charentaises.
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