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INTERVIEW
 
27/10/2006

Sergi Lopez : "Je préfère jouer le méchant loup !"

Dans Le Labyrinthe de Pan, Sergi Lopez incarne le terrible capitaine Vidal, officier franquiste cruel et mégalomane. L'acteur nous parle de ce méchant d'anthologie et du film fantastique de Guillermo del Toro.

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Sergi Lopez
©
L'Internaute Magazine

Né près de Barcelone en 1965, Sergi Lopez ne s'est jamais adapté au système scolaire. Il s'est alors dirigé vers la comédie et le cirque, activités créatives qui convenaient mieux à son caractère tapageur. C'est le cinéaste français Manuel Poirier qui, le premier, décelera chez lui un vrai talent. En 1993, il lui offre la notoriété grâce à Western, un road-movie breton qui rencontre un joli succès. Ensuite les rôles mémorables s'enchaînent (Dirty Pretty Things, Janis et John, Peindre ou faire l'amour, Harry un ami qui vous veut du bien). On le découvre aujourd'hui en officier fasciste sans pitité dans le magnifique Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro. Avec bonne humeur, il revient sur cette expérience hors du commun...

 

Comment êtes vous arrivé sur ce film, si éloigné de vos univers habituels ?

C'est une histoire de charme. Le charme de Guillermo del Toro, le réalisateur. Je vais vous parler de Guillermo... Il m'a contacté en me disant qu'il avait un rôle de méchant à me proposer. Nous avons déjeûné et Guillermo a parlé... 2h30 sans s'arrêter ! Il m'a raconté tout le film, n'ommettant aucun détails, aucun personnage. Le Labyrinthe de Pan existait déjà... Dans sa tête. C'est vraiment un type fascinant, capable de vous embarquer dans des univers fabuleux, des histoires de princesses et de monstres. Je n'avais vu de lui qu'Hellboy et surtout L'Echine du Diable qui se déroulait déjà à l'époque franquiste. Mais d'ordinaire, je n'aime vraiment pas ce genre de films fantastique et préfère le réalisme. Et puis ce cinéaste barbu de 150 kg est arrivé avec son univers, un propos, un point de vue... Et il m'a séduit ! A la fin, il m'a simplement demandé : "Alors ? Tu le fais ?" Que pouvais-je dire à part "oui" ?

 

Et sur le tournage ?

Sur le tournage, il ne te laisse pas le choix ! Il sait exactement ce qu'il veut, à la seconde près, au geste près. Je n'en revenais pas... Alors je lui ai dit : "Putain

Le capitaine Vidal
© Wild Bunch distribution
"Le capitaine Vidal est une figure du mal, l'incarnation même
du fascisme"

Guillermo ! Je joue mieux que toi ! Laisse moi un peu faire !" (rires). Mais il faut le comprendre : Le Labyrinthe de Pan, c'est vraiment le film de sa vie. Heureusement, Guillermo est avant tout un type enthousiaste, qui te laisse essayer des trucs. Si ça lui plaît, il accepte sans réfléchir. C'est aussi un homme très cultivé qui cache son talent derrière son look. Depuis son enfance, il se comporte comme une éponge, aspirant tout ce qui passe à sa portée. C'est un vrai cadeau de l'avoir rencontré !

 

Votre personnage, le capitaine Vidal, est vraiment d'une cruauté sans bornes. Un méchant d'anthologie...

Oui, il ne sourit pas du film (rires). Ce personnage vit dans la haine. A aucun moment du film le spectateur n'a envie de le sauver, de lui pardonner. Il est la douleur, le franquisme. C'est ce que nous voulions Guillermo et moi : faire de Vidal une figure du mal, l'incarnation même du fascisme. En même temps, tu ressens un plaisir ludique, presque enfantin à incarner ce genre de sale type. A choisir, je préfère jouer le Grand méchant loup plutôt que le petit chaperon rouge (rires) ! Mais je ne suis pas du genre à m'imprégner du personnage au point de ne pas en sortir. Une fois que la caméra s'arrête, je redeviens Sergi Lopez. Je suis concentré quand je joue, et c'est bien suffisant.

 

Guillermo del Toro et le Faune
© Wild Bunch distribution
"Le Labyrinthe de Pan est vraiment le film de sa vie"

Vous n'avez rencontré aucune scène difficile ?

J'ai toujours essayé d'évacuer l'idée de "difficulté". C'est en y pensant que l'on prend peur de telle ou telle scène. Je me pose d'autant moins de questions que les scènes difficiles sont rarement celles auxquelles tu t'attends. Non, aucun problème, même dans mes rares scènes avec des effets spéciaux. Au moment où je dois me recoudre la joue en gros plan, j'avais juste de la peinture bleu sur la figure. Ce sont les infographistes qui ont tout fait derrière, recréant par ordinateur l'intérieur de ma machoire... Sur le moment c'était juste amusant ; mais à l'écran c'est beaucoup plus spectaculaire ! J'avais vraiment peu de scènes avec ce genre d'effets. Pas comme la petite héroïne qui devait jouer face à des fées, un faune, des monstres...

 

Le Labyrinthe de Pan se déroule pendant la dictature franquiste. D'origine espagnole, vous avez du être particulièrement touché par cette dimension politique ?

Effectivement. D'autant que j'aime avoir un point de vue, une position sur les choses, politiques ou non. Le choix de Guillermo m'a donc intéressé. Vous savez, le franquisme est encore étrangement présent en Espagne. Les jeunes de 20 ans ont l'impression que cette époque est vieille et révolue, mais non. Je suis né sous la dictature franquiste. J'avais à peine 10 ans quand Franco est mort. Aujourd'hui ? Nous avons un roi mis en place par Franco avant sa mort et un parti créé par tous les anciens franquistes. Le même parti qui dirigeait l'Espagne il y a 4 ans ! Beaucoup de gens ont souffert à cette époque et le deuil n'est pas encore fait...

 

Le Pale Man
© Wild Bunch distribution

"Guillermo craignait que les spectateurs n'entrent pas dans son univers noir et féérique "

Sur le plateau vous ne pouviez qu'imaginer le film. Quelle a été votre première réaction en le voyant ?

Je l'ai trouvé spectaculaire ! Le film a été projeté pour la première fois à Cannes, sur un écran immense. C'était impressionnant. Mais Guillermo avait un trac incroyable. Il était fier de son film, mais s'inquiétait des réactions du public, craignait que les spectateurs n'entrent pas dans son univers noir et féérique. Le vrai plaisir, c'est de voir le public rester jusqu'à la fin, pris par le film. Preuve que les choix de Guillermo del Toro étaient les bons. Je suis vraiment heureux que ce film d'auteur et de divertissement ait pu voir le jour.

 

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