INTERVIEW
Mars 2007
Ewan McGregor : "Beatrix Potter défendait ses droits"
Après un cursus scolaire traditionnel, Ewan McGregor entame des études de théâtre... qu'il ne finira jamais : le jeune homme est engagé en 1993, à l'âge de 22 ans, dans la série Du rouge à lèvres sur ton col. Son destin bascule 2 ans plus tard en croisant celui de Danny Boyle. Petits Meurtres entre amis, Trainspotting, Une vie moins ordinaire... Leur collaboration le propulse star du grand écran et bientôt tête d'affiche hollywoodienne. Il devient Obi Wan Kenobi (Star Wars), étreint Nicole Kidman (Moulin Rouge), joue les clones chez Michael Bay (The Island)... Et cette semaine, en éditeur transi d'amour, séduit Renée Zellweger, alias Beatrix Potter, célébrité de la littérature enfantine.
Connaissiez-vous l'oeuvre de Béatrix Potter avant de commencer ? Oui, j'étais très familier de son travail. Depuis tout jeune, je trouvais ses dessins uniques, son style très personnel et touchant. Mais je ne savais rien d'elle jusqu'à ce que Renée m'appelle pour faire ce film. Elle a toujours été passionnée par Béatrix, son oeuvre, mais aussi sa personnalité. C'était une femme forte, iconoclaste, qui allait à l'encontre des codes et des bonnes moeurs de son époque. Elle aurait dû demeurer chez ses parents toute sa vie, mais a refusé et s'est battue. Elle a suivi son propre chemin.
Vous aviez déjà travaillé avec Renée Zellweger à l'époque de "Bye, Bye Love"... C'est vrai. Nous avions d'ailleurs tous deux très envie de collaborer de nouveau, mais sur un projet différent. Bye, Bye Love était une comédie, Miss Potter penche plus vers le drame. Quand Renée m'a appelé pour me proposer le rôle, elle a dit : "Ca y est, je crois qu'on tient notre projet !". C'était fantastique de retravailler avec elle...
Auriez-vous pu tomber amoureux de Miss Potter dans la réalité ? Je ne crois pas... Nous n'aurions probablement jamais été amis. Elle était trop... lunaire. Trop perdue dans ses rêves, déconnectée du monde. Ce n'est pas mon type de femme. (Rires)
Miss Potter peut-il être vu comme un film féministe ? Que pensez-vous du combat pour les droits des femmes ? Je pense évidemment que ce combat est important. Mais je ne crois pas que Béatrix Potter se serait définie comme "féministe". Elle s'intéressait d'abord à ses propres droits. Elle n'est pas dans une logique revendicative, et se bat surtout au nom d'elle-même. Bien sûr, elle va à l'encontre des bonnes moeurs, bouleverse les traditions familiales, impose sa personnalité et son travail... Mais est-ce suffisant pour en faire une féministe ? Il faudrait en parler avec Renée, elle connait mieux cette femme que moi.
Danny Boyle, George Lucas, Woody Allen... Que peut-on vous souhaiter de mieux pour votre filmographie ? Que ça continue ! J'ai eu la chance de travailler avec de grands réalisateurs. On apprend beaucoup sous la direction de grands maîtres, comme Woody Allen par exemple (Ewan McGregor joue dans Cassandra's Dream, sortie prévue en décembre 2007. NDLR). J'adore tourner pour la première fois avec un réalisateur. Mais c'était particulier avec Woody Allen : c'est une légende vivante ! Le plaisir de jouer ne m'a jamais quitté. Vous devez élever votre jeu, être plus rapide et efficace que d'ordinaire. Vous devez vraiment donner le maximum.
Avec quels réalisateurs aimeriez-vous travailler ? Les premiers qui me viennent à l'esprit sont Michel Gondry et Guillermo del Toro. Le Labyrinthe de Pan est un film incroyable, extraordinaire ! Et Sergi Lopez... Son personnage est si méchant ! (Rires). J'adorerais tourner un autre film avec Ridley Scott. Avec Tim Burton également. Ce dernier m'impressionne beaucoup. Alors que sur d'autres tournages règnent beaucoup d'agitation, les siens sont calmes, sans le moindre stress. C'est fascinant. Dans un tout autre genre, je voudrais continuer à travailler avec des metteurs en scène débutants. C'est très difficile de faire un film, très long, mais les jeunes sont si passionnés, si engagés ! Bosser avec eux me stimule.
La réalisation vous tente ? Beaucoup. J'ai déjà dirigé un film de 10 minutes et j'ai adoré ! C'était pour un collectif de court-métrages appelé Tube Tales. Dès que je terminais une prise, je courais voir les rushes, incrédule devant ce que pouvait créer mon imagination... Mais le plus terrifiant, je crois, c'est l'horloge, le temps qui passe et le délai qui se réduit. Voilà une expérience que j'aimerais revivre. Mais dans quelques années seulement, quand je serai un peu plus vieux : un film prend facilement un an de votre vie, et je ne veux pas pénaliser ma famille.
Et la musique ? Vous poussez souvent la chansonnette dans vos films... J'adore chanter. C'est un acte très émouvant. Je joue aussi pas mal de musique : de la guitare et de la batterie notamment. Mais je ne me sens pas du tout prêt à enregistrer un album entier. Pour chanter, j'ai besoin d'avoir un personnage à défendre, un rôle à interpréter. Je n'ai rien d'un professionnel...
Il paraît que vous pourriez jouer Kurt Cobain... (Rires) Je n'ai jamais été approché pour ce rôle ! En revanche, j'ai entendu dire que Courtney Love avait pensé à moi... Mais pourquoi pas ? Ce serait fabuleux d'incarner Kurt Cobain. Il faudrait juste se dépêcher, car je suis presque trop vieux pour le rôle... A quel âge est-il mort déjà ? 27 ans... Aïe ! Je suis déjà trop vieux. Tant pis, j'aurais pourtant fait un Kurt Cobain formidable ! (Rires)
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