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INTERVIEW
 
Février 2007

Julien Seri : "Je voulais des barbares"

Jeune réalisateur rompu aux arts-martiaux, Julien Seri a eu un parcours chaotique. Avec Scorpion, il accède enfin au devant de la scène. Conversation à bâtons rompus avec un cinéaste passionné et foncièrement attachant...

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Julien Seri rêve depuis l'adolescence de cinéma d'action et d'aventure. Devenu réalisateur de pub, le jeune homme touche son rêve du doigt le 3 janvier 2000 : Luc Besson l'engage pour mettre en scène Yamakasi. Mais la belle histoire tourne à l'aigre lorsqu'il est débarqué du tournage. Les motifs sont obscurs et Seri obtient naturellement réparation devant les tribunaux. Il trouve quelques années plus tard les ressources pour rebondir. Dans un premier temps avec Les Fils du Vent (son film avec les yamakasis), et aujourd'hui grâce à Scorpion, un film sur le Free-fight mâtiné de romantisme. Entre les deux, des progrès et toujours la même sincérité.

 

Scorpion a vraiment l'air de te tenir à coeur et la sortie approche. Tendu ?

Oui. Scorpion compte beaucoup pour moi. C'est grâce à mon ami Chris Nahon que le script m'est parvenu et j'en suis immédiatement tombé amoureux. J'ai bataillé 6 mois pour qu'on me le confie. C'est aussi pour cela que je tourne actuellement, que je me plonge dans le travail... Pour rester actif et éviter de péter un plomb en attendant la sortie ! (rires). Les critiques ? Une partie de la presse me tombe dessus, une autre a semble-t-il apprécié... La presse féminine surtout. Tant mieux en un sens : je ne voulais pas qu'un film de mec. Scorpion, c'est d'abord l'histoire d'un homme qui aspire à une vie normale. Avec une femme et un gosse.

 

 

© Bac Films
"J'avais Scorpion dans les tripes. Plus qu'un film, c'est un miroir"

Trois ans se sont écoulés entre Les Fils du vent et Scorpion. As-tu la sensation d'avoir progressé ?

Sur tous les plans. Pas mal de mes amis estiment d'ailleurs que ce film est mon premier... Les Fils du Vent n'est pas parfait, loin de là. Mais avec les yamakasis, on voulait aller au bout d'une aventure. Comme moi, ils se sont fait avoir par Besson et par son film. Nous avions tous besoin d'une réparation et Les Fils du Vent est arrivé au bon moment. A sa sortie, le film s'est fait descendre, mais tant pis : c'était avant tout une question d'honneur. Sur Scorpion, mon défi consistait surtout à démontrer que je savais diriger des acteurs. Mais j'accepte toujours les défauts et les qualités de mon travail. Ce n'est qu'en risquant que l'on grandit.

 

La première chose qui se dégage de ton travail, c'est la sincérité, le respect du genre. Jamais de second degré avec vous.

J'ai du mal avec le mélange des genres, les films "entre les deux". Je préfère prendre un axe et m'y tenir. Ma démarche, elle, n'est que sincérité. Je travaille dans la publicité et n'ai vraiment pas besoin du cinéma pour vivre. C'est d'abord un rêve de gosse. Scorpion, je l'avais dans les tripes. Le parcours du héros, Angelo, ressemble un peu au mien. Plus qu'un film, c'est un miroir.

 

Mais cette sincérité a un revers : tu prends le risque du cliché. Scorpion n'évite pas certains lieux communs...

Tu trouves ? A quels moments par exemple ?

 

Le parcours d'Angelo est sans surprise notamment. Cette structure narrative a souvent été vue ailleurs.

Je vois ce que tu veux dire... Mais dans un film de genre, il y a des codes, des règles à respecter. Après, c'est au cinéaste d'y ajouter son regard personnel. Il y a des clichés dans Scorpion, mais ils sont propres au film de genre. Le scénario de Julie Verheyde était parfait et, en pub, j'ai appris à faire confiance au script. Maintenant, je n'avais peut-être pas la maturité pour exploiter certaines idées à fond. Ce n'est que mon deuxième film après tout ! (rires)

 

© Bac Films
"Je me suis appuyé sur la sécheresse des coups pour la mise en scène"

Le film est bourré de références. A l'introduction d'Ali, à Scarface entre autre. C'est une régurgitation consciente ?

(Etonné) Mais alors pas du tout ! (rires) A aucun moment je n'ai pensé à Ali. Quant à la scène de la baignoire qui rappelle Scarface, c'est surtout une blague improvisée sur le plateau. Marcus est une petite frappe qui se prend pour Tony Montana, alors on a poussé un peu l'analogie dans cette séquence. C'est tout.

 

Ta mise en scène aérienne était l'un des points forts des Fils du Vent. Dans Scorpion, tu reviens à quelque chose de plus terrien, plus basique, plus brutal. Pourquoi ce choix ?

D'abord pour des raisons financières. Avec 9 millions d'euros, nous n'avions ni le temps ni les moyens d'effectuer des mouvements sophistiqués à la grue ou autre. Et puis le Free-fight est un sport brutal. Je me suis donc appuyé sur la sécheresse des coups pour penser ma mise en scène. Je voulais des barbares à l'écran. En revanche, je ne voulais pas d'un montage hyper découpé, avec des plans très courts. Je préfère les bastons lisibles. En free-fight, tout est tellement complet, complexe, précis, que tu peux très vite être perdu. L'entraînement de Clovis m'a bien aidé : comme il pouvait tenir tout un combat, j'étais libre de faire de longues prises !

 

Parlons de Clovis Cornillac justement. Il s'est beaucoup investi dans ce rôle. Ca doit être une bénédiction un acteur prêt à s'entraîner 10 mois pour pratiquer le Free-fight ?

C'était tout l'enjeu de Scorpion. Le script a plu à Clovis, mais il avait 10 mois pour devenir quelqu'un d'autre. Jérôme Jimenez et moi nous sommes déplacés jusqu'à Cannes pour lui proposer le film. Le projet l'a emballé, mais il ne pouvait pas le tourner avant 2008. Beaucoup trop tard pour moi. Quelques jours plus tard, il nous a rappelé : il avait repoussé l'un de ses tournages pour nous. Mais il nous a dit : "Vous avez 8 semaines pour tourner, pas une de plus." Je lui ai répondu : "Tu as 10 mois pour être prêt physiquement". Il a affronté la peur, la douleur, mais il était prêt... Clovis voulait être boxeur plus jeune. A 39 ans, c'était sa dernière chance pour s'approcher de ce rêve. Une sacrée rencontre pour moi.

 

Que penses-tu du Free-fight ? Tu ne l'idéalises pas vraiment dans le film...

Je suis fasciné par ce sport. C'est la symbiose de tous les arts-martiaux existants, un retour à la lutte antique : le pancrace. Mais c'est la version clandestine de ce sport que l'on découvre dans Scorpion. Là, aucune règle et peu de valeurs. En compétition internationale, le Free-fight est tout à fait différent. Des règles, un arbitre...

 

 

© Bac Films
"Le vrai combat d'Angelo n'est vraiment pas sur le ring..."

C'est tout de même un sport ultra-violent...

Un chiffre : la boxe anglaise tue 59 sportifs par an. Le Free-fight aucun. La raison ? Les gants. En boxe, on encaisse plus de coups qui, s'ils font moins mal, peuvent provoquer de graves lésions internes à la longue. En Free-fight, les combats sont à mains nues et un seul crochet bien placé peut suffire à mettre KO l'adversaire. Le résultat est plus impressionnant, plus sanglant parfois, pourtant le risque est moindre. Mais pas d'équivoque : le vrai combat d'Angelo n'est vraiment pas sur le ring... Pour lui, le Free-fight n'est qu'un moyen de renaître.

 

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