L'archerie du Moyen-âge à nos jours

Quel héritage pour l’archerie, qui comptait autrefois d’innombrables adeptes dans le monde entier, une discipline durant longtemps aussi incontournable à la chasse qu’à la guerre ?


   Si l’archerie est aujourd’hui une pratique qui tombe en désuétude, la faute en incombe à l’émergence au cours des derniers siècles d’autres armes de tirs portatives – je parle bien sûr des armes à feu – qui ont supplanté l’arc dans son usage militaire comme dans l’imaginaire collectif. Son usage ne subsiste plus aujourd’hui qu’en tant que discipline sportive, et pour la chasse par quelques groupes d’initiés.

   Ce ne fût bien sûr pas toujours le cas, et même lorsque son premier concurrent, l’arbalète, fît son apparition, l’archerie avait encore de beaux jours devant elle. C’est ce qu’illustre parfaitement la célèbre bataille de Crécy en 1346 qui opposa les français aux envahisseurs anglais avec à leur tête Édouard III, le roi d'Angleterre en personne. Bien que les anglais combattissent à un contre trois, leurs arcs longs leur apportèrent la victoire là où les arbalètes ne furent que de peu d’assistance aux français. En effet, non seulement l’arc était une arme moins chère et moins complexe à produire, mais sa cadence de tir était supérieure : au minimum 6 flèches par minute pour l’arc contre 2 grand maximum pour l’arbalète. Sans compter que les arcs longs anglais en bois d’if disposaient d’une portée effective de 300 mètres, déniant aux arbalétrier l’avantage de la puissance de leur arme. La bataille de Crécy n’est qu’un exemple, mais l’archerie anglaise fût indéniablement un facteur décisif de leurs victoires durant la guerre de Cent Ans.

   L’archerie entama son déclin avec l'apparition de l'artillerie de campagne, lorsque l'usage de la poudre se généralisa à des armes de plus faibles gabarits – et donc plus facilement transportables – que les canons d'alors. L'archerie ne disparut définitivement des champs de bataille que lorsque l'arquebuse fit son apparition à la fin du XVème siècle. Ne nécessitant pas de formation prolongée et dotée d’une dispersion des tirs supérieure, cette arme devint rapidement un incontournable.

    Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Dans l’imaginaire collectif, l’arc a aussi perdu de sa splendeur. Prenez à titre d’exemple le duo typique et stéréotypé de l’indien et du cow-boy: l’arc n’est-il pas l’arme arriérée du "méchant", celle de l’indien, là où le "gentil" cow-boy est muni d’un plus moderne pistolet ? En Asie toutefois, l’archerie traditionnelle a conservé son aura de noblesse, et des pratiques telles que le kyûdô japonais ou le Kuk-gung coréen, qui parfois s’invitent dans nos contrées (et comptent quelques clubs d’adeptes en France notamment), sont encore très vivaces.

    D’autres influences bien moins perceptibles persistent toutefois dans nos sociétés occidentales en y regardant de plus près. Si vous tolérez de ma part un petit écart aux règles de bienséance en ces lignes, je vous raconterai l’origine d’un geste obscène qui est très probablement celui que vous avez imaginé à l’instant en lisant ces deux mots. Je parle bien sûr de ce signe provocateur et offensant, le majeur hargneusement dressé tandis que les quatre autres doigts se terrent de honte. Jadis au Moyen-Âge, lorsqu’en ces temps plus belliqueux l’avantage militaire accordé par l’archerie était indéniable du fait de la portée et de l’abondance de leurs traits, il était de coutume de sectionner aux archers ennemis capturés le doigt qui leur était le plus essentiel pour tendre leur corde : vous l’aurez compris, il s’agit du majeur. Ce châtiment préservait le camp du bourreau de goûter au piquant des flèches de l’archer tout en passant pour une sentence somme toute, et replacée dans le contexte, plutôt clémente. Pour cette raison, et en guise de provocation, les archers médiévaux dressaient-ils fièrement leur majeur en direction de l’ennemi (de préférence un ennemi encore lointain), l’air de dire : "vient le chercher si tu l’oses, mais soit prêt à subir la piqure des pointes de mes flèches ! Mon majeur trône au sommet de ma paume, et nul n’est encore parvenu à l’en ôter".

                                                                                                 Ryu, pour les ELFIC

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