Interview
 
Octobre 2007

"Voici une exposition à l'image de mes passions : la photographie et la protection de la planète"

Sebastian CopelandL'Internaute Magazine vous emmène à la rencontre du photographe Sebastian Copeland. Entrez dans l'univers de ce fervent défenseur de l'environnement, élu meilleur photographe professionnel de l'année 2007, section Beaux Livres, lors des International Photography Awards.
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Sebastian Copeland
 
 

 

Quand avez-vous commencé à faire de la photographie ?

Sebastian Copeland : C'est en Afrique que tout a commencé. Mes grand-parents y vivaient. C'est là-bas que j'ai pris mes premières photos. J'avais 12 ans. Mon grand-père maternel, qui était chirurgien et Irlandais de naissance, avait mené des expéditions dans le Bengale-Occidentale, en Inde et en Afrique. C'était un fervent défenseur de l'environnement et un passionné de photographie. Il adorait me montrer ses photos, tout en me contant des histoire sur la Terre. Il m'a ainsi transmis son goût pour la photo et la nature. Il a eu une grande influence sur moi. A 14 ans, ma mère m'a offert son vieil Olympus OM2 puis, au fil des années, j'ai acquis des appareils plus sophistiqués. J'ai toujours aimé regarder le monde à travers un objectif. Cela me permet de capter certains événements ou moments de vie à ma manière. Je trouve que mes photos révèlent une certaine réalité qui n'est pas forcement celle perçue par les autres.

Sebastian Copeland
 
Détroit de Neumayer, Antarctique, Février 2006. Photo © Sebastian Copeland
 

J'ai également fait des études d'audiovisuel à l'université avant de devenir réalisateur publicitaire. J'ai été aussi commercial pendant plus de 15 ans. En parallèle, je continuais à faire de la photo réalisant des portraits, des photos de nature ainsi que des nus. J'ai fait jouer mes relations et j'ai réalisé un book avec des photos de célébrités, ce qui m'a permis de décrocher un agent. Pour certains de mes clients, j'ai même réalisé des photos pour des campagnes de pub.

 

En 2000, j'ai pris la décision de me consacrer uniquement à ma passion et de faire de la photographie mon activité principale. C'est essentiellement vers la réalisation de portraits que je me suis tourné. Cependant, je n'aime pas me cantonner à un seul registre. C'est la raison pour laquelle j'ai continué à prendre des photos de paysage. Pourquoi choisir un domaine en particulier alors qu'il y a tant à voir et à découvrir !

 

 

Sebastian Copeland
 
Livingston Island, South Shetland Islands, Antarctique, Février 2006 Photo © Sebastian Copeland
 

Qu'est-ce qui vous a séduit dans le métier de photographe ?

Je trouve que les photographes ont un rôle particulier dans la vision que l'on peut avoir de notre société. Nous sommes d'une certaine manière des historiens de notre époque. La photographie est ainsi le témoin d'un passé collectif. Comme la musique, la photographie parle un langage universel. J'ai très vite compris quel impact pouvait avoir une image. Ce n'est pas moi qui suis allé vers la photographie mais plutôt l'inverse. C'est la photo qui est venue à moi. Je trouve que j'ai une chance incroyable de pouvoir faire passer des messages grâce à mes photos. Pour moi, une photo vaut mille mots, ce qui m'épargne de faire de longs romans.

 

Sebastian Copeland
 
Livingston Island, South Shetland Islands, Antarctique, Février 2006. Photo © Sebastian Copeland
 

Vous venez d'être élu meilleur photographe professionnel de l'année 2007 aux International Photography Awards pour vos photographies relatant votre épopée en Antarctique. Qu'avez-vous ressenti ? Ce type de récompense est-il un plus dans la carrière d'un photographe et est-ce que cela ouvre des portes ?

C'est agréable de recevoir une récompense de vos pairs pour le travail que vous avez accompli. Je suis ravi mais ce n'est pas pour ça que je fais des photos. Une bonne série de clichés est la combinaison de plusieurs facteurs : le travail, la discipline et la chance. Le livre que j'ai publié avec les photos prises en Antarctique, traduit surtout mon amour pour deux choses : la photographie et la défense de l'environnement. Je ne veux pas trop accorder d'importance à cette récompense.

L'Antarctique est à mon avis un espace environnemental très favorable à la photographie. Si vous êtes bien encadré et que l'on vous emmène dans les bons endroits, tout le monde peut réaliser de bonnes photos. Telle est la clé de la réussite. Dans ce cas précis, j'avais le sentiment d'être plus un photo-journaliste. Cette récompense a conforté mon rôle d'avocat de la cause environnementale. Pour moi, c'est le plus beau cadeau qu'on pouvait me faire. Ce titre légitime mes efforts et me donne une crédibilité que je n'avais peut-être pas avant auprès de certaines personnes, surtout dans le domaine de l'environnement.

Avec un peu de chance, cela va peut être m'ouvrir des portes et m'aider à financer mes prochaines expéditions. Mais comme le dit si bien l'expression : "Encenser un jour, oublier le lendemain". Il y a tellement de photographes talentueux qui méritent autant que moi de recevoir cette récompense. En tout cas, cela m'incite à continuer sur ma lancée.

 

Sebastian Copeland
 
Photo réalisée en association avec John Quigley de Spectral Q, pour Global Green USA. Détroit de Gerlache, Antarctique, le 6 février 2006. Photo © Sebastian Copeland
 

Dans quel cadre êtes-vous parti faire des photographies en Antarctique ?

Je suis parti dans le cadre d'une mission pour "Global Green USA", organisation affiliée à la Croix verte internationale présidée par Mikhaïl Gorbatchev. Je siège en effet au sein du conseil de direction de cette organisation. Depuis 2005, j'essaie de sensibiliser la population sur la situation critique des Inuits en Arctique. Les boulversements climatiques auxquels ils doivent faire face ont profondément modifié leur culture et leur mode de vie.

En 2006, j'ai décidé de renouveler l'aventure en partant en Antarctique avec mon ami et artiste, John Quigley. Ce dernier a formé sur la banquise le mot "SOS" avec les corps des membres d'équipage de notre navire et moi, j'ai immortalisé l'événement sur pellicule après 1h30 d'attente, accroché en haut d'un mât. Une image incroyable qui a été reprise dans le monde entier. Nous avons voyagé à bord d'un navire de recherche "The Ice Lady Patagonia". J'ai été marqué par l'immensité de ces étendues de glace. J'ai été inspiré par la quiétude des lieux et cet environnement naturel préservé de toute présence humaine. Après le travail que j'avais effectué sur place lors de ce voyage, j'ai décidé de revenir en 2007 pour prendre des photos supplémentaires pour le livre.

 

Sebastian Copeland
 
Iceberg, près de la baie de Nekko, Antarctique, Février 2006. Photo © Sebastian Copeland
 

Quel type de matériel photo avez-vous utilisé ? Y a-t-il des précautions à prendre lorsque l'on part réaliser une telle expédition ?

Après l'expérience que j'avais vécue en Arctique où mon matériel photo avait beaucoup souffert des conditions météorologiques extrêmes, j'ai pris mes précautions avant de me rendre en Antarctique. En Arctique, les températures glaciales avaient endommagé mes appareils. L'obturateur de mon grand angle s'était gelé tout comme mes doigts lorsque j'ai voulu changer la pellicule.

 

Pour l'Antarctique, j'ai pris un appareil photo numérique. Un 35 mm a un objectif plus rapide, un autofocus et une plus grande profondeur de champ, ce qui est bien utile dans de telles conditions. Je me suis servi d'un Canon Mark II 1DS 16.8 mp et d'un Canon 5D 12.8 mp. Il n'y a rien qui égale un numérique dans de telles conditions climatiques. Lorsque l'on emprunte des bateaux comme des zodiacs, on n'a aucune stabilité. Du coup, on prend beaucoup de clichés que l'on regarde plus tard. Les cartes numériques peuvent contenir jusqu'à 250 photos contrairement aux 36 d'une pellicule. Ca fait une grande différence quand on voyage dans de telles conditions. C'est un investissement qui vaut vraiment le coup. En plus, la qualité est vraiment bonne. J'avoue quand même que je préfère la pellicule. Il est vrai qu'avec le numérique, certains formats ont disparu comme le format moyen (Mamiya 7) et le format panoramique (Linhoff 6X17). Je suis très attaché aux rendus sur pellicule mais cela ne représente que 10% du travail final pour un livre.

L'équipage du Ice Lady Patgonia m'a permis de monter à bord de zodiacs, ce qui est quelque chose de rare et d'exceptionnel. J'ai donc pu accéder à des endroits qui n'étaient pas forcement sécurisés. J'ai également pu plonger plusieurs fois et entrer dans ces énormes cavernes d'icebergs. J'ai pu réaliser des photos uniques. Sensations garanties !

 

Sebastian Copeland
 
Les manchots papous, Petermann Island, Antarctique, Février 2006 Photo © Sebastian Copeland
 

Aujourd'hui, une exposition est organisée à Paris pour présenter vos photos sur l'Antarctique. Pourquoi l'avoir intitulé « Antarctica - Alerte sur la planète » ?

J'ai voulu inviter les gens au voyage, leur faire découvrir ce bout du monde. Aussi exotique et éloigné qu'il soit, il fait partie de notre univers et il change. Tout ce que l'on peut faire, même à des milliers de kilomètre de là, a des répercutions sur ce continent et le transforme. Et les conséquences que cela a sur les pôles auront une incidence sur le reste de la planète.

J'ai voulu sensibiliser les gens sur le devenir de cette étendue de glace en en révélant sa beauté primitive, ses paysages préservés et son équilibre. Je souhaite les faire réfléchir sur leur part de responsabilité dans la sauvegarde de cette partie éloignée de la planète. Parce qu'en fin de compte, nous sommes à l'origine des bouleversements qui affectent notre planète et non l'inverse. Les photos exposées et que l'on retrouve dans le livre que j'ai publié, ont pour but d'amener les gens à réfléchir sur ce sujet. Les mots jouent un rôle plus informatif mais leur portée n'est pas toujours évidente. Or, je sais pertinemment que le message est loin d'être clair et évident pour beaucoup de personnes. Alerter la population sur ce sujet est un travail fastidieux mais qui, avec le temps, portera ces fruits. En tout cas, c'est l'objectif d'où le terme "Alerte". Avec ce livre et cette exposition, j'espère toucher le plus grand nombre.

 

Sebastian Copeland
 
Nekko Bay, Antarctique, 2006 Photo © Sebastian Copeland
 

Pensez-vous vraiment que la situation en Antarctique soit si catastrophique que ça ?

Les pôles sont les véritables baromètres du monde. Leur sort présage celui du reste de la planète. Ils régulent notre écosystème ( températures, saisons...) Les changements qui se déroulent peuvent paraître infimes, mais d'un point de vue environnemental, ils ont un impact fort.

 

Le fait que l'Antarctique ait gagné 2,5° en 50 ans, destabilise notre écosystème. La fonte des glaces a par exemple une influence sur la diminution de krills dans cette région. Or, les manchots papous, qui se nourrissent essentiellement de ces minuscules crevettes, ont vu leur nombre diminuer dans cette partie du globe. Il faut ajouter à cela le réchauffement climatique qui a amené l'apparition d'espèces végétales qui n'existaient pas ici auparavent comme de l'herbe par exemple. L'Antarctique a un environnement climatique complexe. Si certaines parties sont soumises à des baisses de températures et des précipitations plus importantes, d'autres se réchauffent. Les glaciers fondent à grande vitesse et le niveau des océans montent. A terme, certaines villes cotières sont menacées de disparaître sous les eaux si la situation venait à perdurer. Le constat est moins évident en Antarctique qu'en Arctique. Mais les scientifiques font des contrôles réguliers et pour l'instant, ils ne sont pas très optimistes sur l'évolution de la situation.

» Voir les sites : www.globalgreen.org et www.greencross.fr

» Chat : Sebastian Copeland répondera à toutes vos questions le mercredi 28 novembre à 14h. Posez-vos questions

» Exposition : découvrez toutes les expositions du moment sur L'Internaute. Voir

EN IMAGES  Antarctica, Alerte sur la planète


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