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 NATURE  
Septembre 2005

Forêt et écrivains

Chambord
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Nos bois ont toujours occupé un lieu privilégié dans la tradition littéraire française ; les différentes facettes que l'on lui prête y sont révélées aux lecteurs. Voici un échantillon des genres et auteurs qui sont liés à la forêt.

Une terre de contes et légendes
La forêt a toujours fasciné les grands comme les petits : Blanche Neige, le Petit Chaperon Rouge, les Trois petits cochons... la plupart des contes de fée en fait un lieu-clef de leur récit. C'est qu'elle canalise peurs et envies d'évasion ; elles sont un ailleurs mal connu, paradoxalement proche de l'homme.
Dans l'hexagone, Brocéliande doit ainsi sa célébrité aux mythes qui s'y déroulent ; elle est désormais indissociable des aventures des Chevaliers de la Table Ronde. Dès les Xllème et Xlllème siècles, les auteurs français se passionnent pour elle, et dans Yvain, le Chevalier au lion, Chrétien de Troyes y situe de nombreuses aventures. C'est que Brocéliande est une forêt étrange, demeure de Merlin l'Enchanteur et de la Fée Viviane. Le tombeau de Merlin, ou le Val sans retour où Lancelot s'opposa à la fée Morgane, attirent toujours les visiteurs. Aujourd'hui encore les légendes de Brocéliande intéressent le grand public : Jean Markale leur a consacré son Cycle du Graal, qui retrace les aventures des Chevaliers du roi Arthur.

La forêt paradis et enfer de l'homme
Des approches plus pragmatiques mais non moins personnelles de la forêt ont vu le jour à partir de l'époque des Lumières. Rousseau, toujours nostalgique d'un état de nature, Eden perdu et idyllique, confiait ainsi être accoutumé à aller "chercher quelque lieu sauvage dans la forêt...quelque asile où (il) puisse croire avoir pénétré le premier". Elle est pour l'écrivain un refuge permettant d'entrer en contact avec soi-même. Plus tard, dans les textes romantiques, c'est la contemplation des beautés de la nature qui est exaltée. Les Méditations Poétiques de Lamartine donnèrent naissance au genre ; on peut y lire le poème suivant, Automne :

"Salut, bois couronnés d'un reste de verdure,
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes égards.

Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire ;
J'aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine mes pieds l'obscurité du bois."

Victor Hugo l'utilisera lui aussi comme lieu du recueillement et du souvenir dans Les Contemplations.
Mais la forêt peut être également le lieu de toutes les peurs ; pour Baudelaire et Théophile Gaultier, c'est une terre d'angoisses révélatrice des bas instincts humains. On est loin alors des bois bienveillants de Rousseau, mais tout près de la tradition du conte qui enjoint les enfants à craindre cet espace et, implicitement, leur propre instincts animal. Dans Le Chevalier Double de Gautier, c'est dans une obscure forêt que le héros doit livrer combat avec lui-même afin de se libérer de sa mauvaise nature ; il en ressort homme, rejetant de lui-même tout ce qui n'est pas culturel.

Forêts d'écrivains
Source d'inspiration inépuisable, la forêt est égalemet le théâtre de la vie d'écrivains célèbres.
Fontainebleau est devenue pour certains indissociable de la scandaleuse George Sand. C'est là-bas qu'elle et Alfred de Musset se rendirent quelques jours après le début de leur liaison, en 1833. Sand fait le récit de ce séjour dans son roman Elle et Lui. Plus tard, en 1837, elle retournera à Fontainebleau avec un autre de ses amants, l'acteur Bocage, puis en 1856 avec Alexandre Manceau ; elle y inscrira l'action de son roman La Filleule en 1853, faisant de la forêt un lieu emblématique de sa vie et de son oeuvre.
Espace de la découverte de soi, la forêt tient également une place prépondérante dans le chef d'oeuvre d'Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes. Pour explorer les lieux-clefs du roman, rendez-vous dans le Canton de Sauznais-le-Potier, dans le Cher ; vous y trouverez le Musée-école du Grand Meaulnes mais aussi la Forêt des Mille Poètes, une forêt de 1200 chênes plantée en 1994. Tous les cent arbres, une stèle triangulaire en marbre rend hommage à un poète disparu (Max Jacob, Alain-Fournier, Aristide Briand...). Connaissez-vous une balade plus poétique ?


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