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Les personnages dans "Les Damnés de Nanterre" sont-ils les reflets des vraies personnes de cette histoire ?
Chantal Montellier : Je l'espère. Cette bande dessinée ayant quelques prétentions au réalisme et étant partie d'un important travail de documentation.
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"La couleur rouge a une dimension symbolique."
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Le rouge est prédominant dans votre dernière BD... Cette couleur a-t-elle une signification ?
Oui, elle a une dimension symbolique. Le rouge a aussi une dimension politique. Florence Rey et Audry Maupin étaient proches des "rouges" et des "noirs", entendez des communistes et des anars.
Vous faites presque un métier de journaliste, en fait, mais sous une forme plus ludique ?
Disons que j'utilise l'information et la presse dans ce type de bande dessinée, mais il vient s'y ajouter une dimension fictionnelle et, je l'espère, artistique. Le ludique n'est pas ce qui caractérise ma production. Je pense que, comme la littérature, le théâtre ou le cinéma, la bande dessinée peut avoir d'autres finalités que de distraire ou d'amuser.
La journaliste Chris Winckler a-t-elle existé ?
Non, c'est une création à partir de plusieurs modèles de femmes journalistes ayant suivi l'enquête sur l'affaire Rey-Maupin. Notamment la journaliste de L'Humanité Cathy Capvert, mais aussi celle de Libération. Bref, c'est un mixte de plusieurs personnages réels et de moi même.
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"Toumi était une taupe des renseignements généraux."
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Chris court après un ornithorynque, que représente cet animal ?
Vous êtes très observatrice, mais j'ai cru dessiner une taupe ! Ceci étant, je ne suis pas une très bonne dessinatrice animalière, hélas. La taupe est comme vous le savez sûrement un animal qui mène une existence assez souterraine, comme par exemple le troisième homme de mon histoire, Toumi, qui était une taupe des renseignements généraux.
Peut-t-on parler d'un "style féminin" ?
On peut, enfin il me semble. Pas nécessairement dans le graphisme lui-même, mais plus dans l'imaginaire qui le soutient. Dans la symbolique, aussi...Et puis, je ne projette sûrement pas les mêmes fantasmes sur mon personnage féminin que si j'étais un homme... Enfin, je crois.
Qu'allez vous dessiner dans "Tchernobyl mon amour" ?
Beaucoup de choses. Je reprends mon personnage des "Damnés de Nanterre", Chris Winckler, chargée par son "boss" de remplir des pages d'un dossier sur la catastrophe de Tchernobyl dont c'est le vingtième anniversaire en avril prochain. Pour ce faire, Chris doit se plonger dans le dossier de cette affaire et fait beaucoup de découvertes. Elle finit par mener une véritable enquête, devant pour cela résister à bien des pressions... Cette enquête s'avèrera à hauts risques, contrairement à ce qu'elle avait d'abord pensé...
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"Tchernobyl était une catastrophe tout aussi grave qu'Hiroshima"
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"Tchernobyl mon amour", c'est volé à Duras comme titre. Est-ce que vous l'aimez comme écrivain ?
Volé, le mot est fort, j'espère ne pas aller en prison ! En fait, si j'ai choisi ce titre et cette référence c'est parce qu'en travaillant sur ce dossier, je me suis rendue compte avec ahurissement que Tchernobyl était une catastrophe tout aussi grave qu'Hiroshima, sinon, plus... Les pouvoirs et les médias ont parlé d'une trentaine de morts, alors qu'il y a des centaines de milliers de victimes, et que le césium 137 fait des victimes tous les jours, notamment chez les enfants. C'était une façon, dans mon titre, de placer Tchernobyl au même niveau de gravité qu'Hiroshima. Ce que peu de gens réalisent. Pour ce qui est de Marguerite Duras, j'aime beaucoup "Un barrage contre le Pacifique" par exemple, et beaucoup moins d'autres de ses livres écrits à la manière d'Antelme, (il me semble)... L'écriture "blanche" dont ont parlé certains critiques...
Ne craignez-vous pas que Tchernobyl soit un sujet un peu racoleur ?
C'est surtout un sujet d'actualité... A tout point de vue. Au moment où la France entreprend la construction de nouvelles centrales et où l'Iran se dote de l'arme nucléaire, etc... Il me semble que ce vingtième anniversaire est une bonne occasion pour sortir certaines questions et certaines vérités enfouies dans une chape de silence et enfermées dans le sarcophage de la centrale ukrainienne en même temps que le réacteur... La vérité sur Tchernobyl reste à dire et les dangers sont toujours là. Qui sait qu'à quelques jours près et sans le sacrifice de milliers d'hommes (800 000) l'Europe toute entière aurait pu devenir inhabitable ? Donc, ne parlez pas de "racolage" s'il vous plaît ou je deviendrai grossière.
Vous faites des BD à la française, engagées, que pensez-vous du phénomène manga, vous aimez ? Quelles différences faites-vous avec la BD traditionnelle ?
Oui, je fais de la bd française bien qu'étant américaine, ce qui est une trahison culturelle majeure. Je plaisante. Je ne pense rien des mangas, si ce n'est que le phénomène a un peu étouffé ce qui naissait ici, notamment du côté d'une certaine bande dessinée féminine et de son contenu pas nécessairement consensuel. Ils sont la forêt qui cache nos plantations et les empêche parfois de se développer et d'être visible comme elles devraient l'être. On connaît mieux les dessinatrices japonaises que les Nicole Claveloux, Jeanne Puchol, Johanna Schipper, Perrine Rouillon... et je ne suis pas sûre que ce soit absolument une très bonne chose. Notre identité culturelle me semble en souffrir, mais c'est très subjectif et ça n'engage que moi. Je ne suis ni journaliste ni sociologue, alors... Mon approche de ces questions est forcément subjective.
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"Chiennes de Garde est un titre imbécile et ambigu."
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Faîtes-vous partie des "Chiennes de Garde" ?
J'ai dit oui, dans un premier temps, et puis j'ai pensé non. Non, parce que je trouve ce titre imbécile et ambigu. Je pense en écrivant cela au beau livre de Paul Nizan" "Les chiens de garde" où il interpellait les journalistes et les dénonçait comme : "chiens de garde de la bourgeoisie". A juste titre il me semble. Les chiennes de garde me semblent représenter une catégorie sociale qui en définitive est plus du côté des maîtres que de leurs animaux de compagnie ou de garde... Le choix qu'elles font de certaines "causes" me mobilise peu et il me semble qu'il y a d'autres urgences que de permettre aux femmes non accompagnées d'accéder aux bars de grand luxe.
Quelle est votre position en tant qu'artiste dessinatrice et comme personne engagée sur ce dessin de presse qu'il y a eu au Danemark qui traite de la critique concernant Mahomet ? Personnellement je suis dessinateur et agnostique et je ne comprend pas une telle agressivité.
Je peux, pour ce qui me concerne, en comprendre les "raisons", mais ceux qui s'en prennent au pays se trompent, ils doivent s'en prendre au journal s'ils s'estiment insultés. Il y a des tribunaux compétents pour ça. Mais autres pays, autre culture et autres mœurs... Le dialogue sur ces questions risque d'être un dialogue de sourds, si dialogue il peut y avoir, ce dont je doute fort.
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"C'est un clin d'oeil à Siné."
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Pourquoi citez-vous Siné dans "Les Damnés de Nanterre" ?
Pourquoi pas ? Il était très présent et ses dessins avec lui, lors des grèves d'étudiants de Nanterre en 68, et mon histoire ramène à cette période historique et politique là. Siné est l'un des dessinateurs présents dans les livres consacrés à ce moment. C'est un clin d'oeil de dessinatrice à dessinateur. Au début c'était des grèves joyeuses, à Nanterre. A la fin, une dérive gauchiste sanglante, partant de ce même Nanterre. La boucle est-elle bouclée ? Pas sûr.
Fritz Lang, Pasolini et Tarkovski sont ils vos cinéastes de référence ?
Ils en font partie. J'ai beaucoup regardé et aimé leurs films. J'ai, pour les besoins de ma bande, visionné le film de Fritz Lang, "Métropolis", et il me semble que peu de films tournés depuis lui arrivent à la cheville... Mais c'est très subjectif, ça aussi.
Comment avez-vous vécu le festival de BD d'Angoulême ?
Je ne sais pas si je m'en remettrai un jour !!! Je plaisante, mais pas complètement. J'ai bien du mal à m'y retrouver et à retrouver les gens de ma génération... Munoz, Fred et deux ou trois autres... La production actuelle me déconcerte parfois un peu. Il me semble qu'elle est souvent hors références et sans beaucoup de mémoire. Il s'est passé des choses avant les mangas. Mais il y a tout de même des gens dont je me sens proche comme les italiens de "Coconino", par exemple. Igor Tuvéri me semble faire le lien entre ce qui s'est produit pendant les années 70/80 et ce qui se produit aujourd'hui. Il est question d'une interview Bazooka-Montellier, organisée par le même Igor (patron de Coconino). Il en faudrait d'autres comme lui qui ne marchent pas sur les têtes de leurs pères et mères (paires et maires ?) pour avoir l'air plus grands. La place des femmes ne me semble toujours pas acquise ; il y a encore beaucoup de chemin à faire pour une vraie reconnaissance à ce niveau là. Et puis aussi il faudrait qu'un jour l'on comprenne que la vocation ultime du neuvième art n'est pas d'être à tout les coups ludique, et seulement ça. Voilà.
Quand sortira votre prochain album ?
Pour le vingtième anniversaire de l'accident de Tchernobyl, le 26 avril. Il sortira sans doute un peu avant, si j'arrive à finir à temps.
Bon, j'y retourne. Merci à vous tous pour vos gentilles questions, soyez plus méchants la prochaine fois. Bonne année !
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Sur le web : le site officiel de Chantal Montellier.
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