Plus que deux heures à attendre
un frisson. Après ses onze années non cumulables, il fallut bien que le curé Armengo
passe la main. Si la paroisse finit par se remettre petit à petit de son départ,
ce fut une toute autre paire de manches pour le club du plateau dont il avait
fait une véritable machine à gagner. Plusieurs techniciens se succédèrent en l'espace
de quelques mois, juste le temps d'user considérablement les patiences et de conduire
l'équipe au bord du précipice que représentait une descente dans l'enfer de la
division inférieure.
Plus que leur honneur, ce bien grand mot avec quoi
on n'aimait pas trop mégotter dans le coin, ces pauvres diables perdirent surtout
leur bonne planque, chez Formica à Quillan ou à la scierie de cet ami de Papa
aux manières cyrilliques de prince syrien, le seul vrai mécène du pays. Ainsi
donc impitoyablement ostracisés, ils partirent se frotter au racisme des petits
pays voisins. Il paraît même que l'un d'entre-eux dévala la grand rue d'un village
de la haute-vallée, le corps enduit de lisier et le restant de sa vie en leasing.
Une histoire d'énième mi-temps un peu trop arrosée.
Ce sport à ses yeux
nobles entre tous, et en apparence, mais en apparence seulement, fait d'un tas
de rixes à rallonge et de raccourcis préhistoriques, n'était au fond que maîtrise
des corps et tempérance de caractères le plus souvent caractériels au civil. Il
n'aimait rien moins que tout cet agrégat de muscles impliqués dans beaucoup d'imbrications
savantes et presque aussitôt désagrégés en un gros lego gluant, où s'engluaient,
pas si sommairement, la somme impatiente de toutes les passions. C'était à peu
près la seule fois qu'il appréciait l'humanité, un peu par intermittence, beaucoup
en troisième mi-temps. Même si la culture rugby n'aurait pour lui que très peu
à voir avec cette civilisation avilissante, qui fournissait tous les prétextes
à de pauvres saouleries d'ivrognes et donnait parfois chair, comme ça avec de
ces quitus tacites très en deçà de ce qu'on sait, à une forme encore plus mesquine
de droit de cuissage...
Benoît,
32 ans, Vaucresson (92)